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LES NOMS DE RAMSÈS II

(Note de M. de Rougé.)

Si le témoignage de Tacite rendait inattaquable la lecture du nom de Ramsès, cela n’aidait pas à comprendre comment les Grecs avaient écrit un nom aussi différent. L’état où les listes royales, extraites de Manéthon, nous sont parvenues, augmentait encore l’embarras. Dans la dix-neuvième dynastie, on n’avait trouvé dans ces listes que le véritable nom égyptien Ramsès Meiamoun. Les chronologistes grecs qui nous ont transmis ces listes ne crurent pas pouvoir se dis-

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penser d’y introduire quelque part le Sésostris d’Hérodote. Une liste de rois égyptiens où l’on n’eût pas nommé Sésostris, devait leur paraître quelque chose d’aussi monstrueux qu’une histoire de la Grèce d’où l’on eût banni le nom d’Alexandre. Or ces faiseurs d’extraits trouvèrent dans Manéthon, à la douzième dynastie, un roi dont le nom, Sésortasen , présentait quelque analogie avec celui de Sésostris. De plus, c’était un conquérant. Ses monuments encore existants aujourd’hui montrent qu’il a reculé les frontières de l’Égypte du côté de la Nubie, et que sa mémoire fut en assez grand honneur pour qu’on lui élevât encore des temples plusieurs siècles après sa mort. Sans doute il y avait dans les premiers extraits de Manéthon, après ce nom royal comme après plusieurs autres, quelques mots d’éloge qui, joints à la ressemblance des noms, auront décidé les chronologistes à placer en cet endroit le Sésostris des Grecs. La légende qui raccompagne est d’ailleurs trop clairement précisée pour être acceptée comme le véritable texte de Manéthon.

Ce n’est donc pas le Sésostris d’Hérodote qu’on rencontrait à la douzième dynastie; c’était, à la vérité, un roi victorieux sur ses frontières, mais ses armées n’avaient jamais pénétré en Asie, et cette fausse attribution de la légende de Sésostris peut avoir été causée par l’absence complète de ce nom fameux dans les véritables listes de Manéthon.

Depuis que le Musée britannique a publié sa belle

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collection des papyrus, tous les égyptologues ont remarqué dans les textes historiques de la djx-neuvième dynastie, un singulier cartouche royal qui se lit Sesou,

Le même nom s’est aussi retrouvé à Thèbes sur une inscription murale. Il semblait impossible de trouver une place particulière pour ce roi Sesou, et l’analogie de ce nom avec Sèsostris était si tentante qu’elle s’est sans doute présentée à l’esprit de plus d’un archéologue; mais il s’agissait de trouver quelque renseignement décisif pour classer le roi désigné par ce cartouche. Je crois avoir eu le bonheur de * rencontrer la preuve désirée dans la collection égyptienne du Musée impérial de Vienne.

Ce musée possède une petite pyramide solide en pierre calcaire ; ses quatre faces sont couvertes de gravures d’une belle exécution. J’ai décrit, dans le catalogue du Louvre, la décoration ordinaire de ce petit monument : elle est, pour ainsi dire, orientée, et se compose toujours d’invocations au soleil dans ses diverses positions. La pyramide de Vienne ne manque pas de remplir ce programme, et ces diverses invocations ont fourni l’occasion de répéter plusieurs fois le nom du dédicateur. Le personnage se nommait comme

le grand roi, Ramsès- Meiamoun Sauf le cartouche qui entourait le nom royal, ce sont

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exactement les mêmes signes. Or, deux fois sur la pyramide, le même Egyptien est nommé simplement Ses ,

PP

(écrit sans voyelle). Une troisième fois, son nom

est écrit Ses-Meiamoun , de manière à nous

faire parfaitement comprendre que Ses est une abréviation populaire de Ramsès. Ce nom royal, dans sa forme la plus complète, celle qui était usitée particu-

foMlVl

lièrement sous Ramsès I, se lisait : V lit Ramesesou. De cette forme dérivent diverses abréviations ; on trouve dans les papyrus historiques les

cartouches

Sesesou , et

PiV

[ Sesou ,

/ Ra-Sesesou , tous usités

indifféremment pour désigner Ramsès II : j’y trouve

même la variante

f Fn

, Sesou-Meia-

moun, identique avec celle qu’on lit une fois sur la pyramide de Vienne, où le surnom de Meiamoun accompagne l’abréviation du nom propre.

Il est donc certain qu’il existait une abréviation po-

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pulaire Sesou , tellement usitée pour désigner le grand Ramsès, qu'on a pu l’employer indifféremment pour écrire le nom d’un de ses homonymes. La forme des papyrus, Sesesou , est très-exactement celle qu’a transcrite Diodore, Sesoosis: Ce n’est pas que je regarde la forme Sésostris comme moins correcte, elle peut dériver du cartouche Ra-Sesesou. Les Egyptiens avaient eu une quantité de rois dont les noms finissaient par le mot ra, soleil (prononcé ri par iotacisme, suivant toutes les transcriptions grecques, dans les terminaisons). Quoique Ton traçât le signe soleil © au commencement du cartouche par un motif d’honneur, la construction grammaticale l’amenait très-souvent à la lin du nom. C’est ainsi que le nom du roi Ménkérès, écrit

invariablement

Ré rnen ke , devenait, dans la

prononciation,

Mm ke re

et c’est de cette dernière

manière que je l’ai trouvé écrit pour le nom propre d’un simple fonctionnaire saïte. 11 me semble très-probable que par suite de cette habitude, l’abréviation

peuple, Sesesourri ,

sera devenue, dans la bouche du et que c’est ainsi que l’on aura ré-

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pété devant Hérodote le nom qui a produit la forme grecque Sésostris.

(Extrait de YAthæneum français. 1856.)

LES IMAGES DES ANCÊTRES. (Page 81.)

Les statuettes des ancêtres et prédécesseurs de Ramsès II, que les peintures murales font figurer à la panégyrie de son couronnement ne sont qu’au nombre de treize. Ce sont, outre celles de son père Séti, de son aïeul Ramsès Ier, celles des neuf rois légitimes de la 18e dynastie : Aâhmès, Aménoph Ier, Touthmès 1er, TouthmèsII, Touthmès III, Aménoph II, Touthmès IV, Aménoph III et Horemheb. Ces souverains historiques sont précédés d’un Mentou-Hotep VI, de la 11e dynastie, qui n’a laissé aucune trace de sa personnalité dans les monuments, et du légendaire Ména; deux personnages seulement, et problématiques encore, pour représenter l’immense série de siècles attribués à l’histoire d’Égypte par delà les Hycsos!.... N’est-ce pas comme si, dans une galerie de portraits de la race des Bourbons, on ne trouvait à placer, au delà d’Henri IV,

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que les images de Robert le Fort et de Francus fils d’Hector?

Ceci uous conduit naturellement à quelques réflexions sur les tables ou listes de rois égyptiens découvertes et publiées depuis peu.

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