‹ Ramsès le Grand;Chapitre 51 sur 82 · Asiri · texte numérisé non relu

Asiri

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davantage; ce n’est point permis. Au bout de ces soixante-dix jours, ils lavent le corps et l’enveloppent tout entier de bandelettes du lin le plus fin, enduites de gomme, dont les Egyptiens font un grand usage au lieu de colle. Les parents reprennent alors le cadavre, le renferment dans un coffre de bois à forme humaine, et le déposent debout contre le mur dans la chambre sépulcrale. Tel est rembaumement le plus coûteux.

LXXXVII. Pour ceux qui préfèrent l’embaumement moyen et veulent éviter une grande dépense, les embaumeurs procèdent de la manière suivante: au moyen de seringues, ils injectent de l’huile de cèdre, dans l’abdomen du mort, sans l’ouvrir ni en retirer les entrailles, et ils ont soin de retenir le liquide, de telle sorte qu’il ne puisse s’échapper. Ensuite, ils plongent le corps dans le natron et l’y laissent le temps prescrit, puis ils font sortir des cavités l’huile de cèdre, que d’abord ils y ont introduite. Or elle a assez de force pour emporter avec elle intestins et viscères; elle a tout liquéfié. Plxtérieurement le natron a desséché les chairs, et il ne reste du mort que la peau et les os; ces choses faites, ils le rendent en cet état et ne s’en occupent plus.

LXXXVIII. Voici le troisième embaumement à l’usage de la classe pauvre : les embaumeurs font dans les intestins une injection de raifort et ils sèchent le corps dans le natron, pendant les soixante-dix jours; ensuite ils le rendent pour qu’on l’emporte.

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XG. Quiconque, Égyptien ou étranger indistinctement, est trouvé mort, après avoir été saisi par un crocodile ou entraîné par le fleuve, quelle que soit la ville où son corps ait abordé, adroit à une sépulture sacrée par les soins des habitants. Ce sont eux qui font ses funérailles de la manière la plus coûteuse et qui lè déposent dans leurs chambres sépulcrales. Il n’est permis ni à ses amis, ni à ses proches, de le toucher, mais les prêtres du Nil s’en emparent et l’ensevelissent comme un corps plus qu’humain.

(Hérodote, liv. II. Traduction de M. Giguet.)

Les renseignements précédents ont été pris par l’historien d’Halicarnasse au milieu de la société Égyptienne vieillie et en pleine décadence; on peut les compléter par les inductions tirées des peintures murales dont abondent les monuments quecette même société a élevés aux jours de sa jeunesse et de son développement : A cet égard quoi de plus curieux, de plus saisissant au point de vue de la vie privée et civile des Égyptiens primitifs que les grottes sépulcrales de Beni-Hassam, creusées sur la rive droite du Nil, non loin de l’ancienne Artémidos? Voici, d’après Ghampollion l’énumération des sujets représentés sur les parois de ces hypogées.

« I. Agriculture. Dessins représentant le labourage avec les bœufs ou à bras d’hommes; le semage, le foulage des terres par les béliers, et non par les porcs ,

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comme le dit Hérodote; cinq sortes de charrue; le piochage , la moisson du hlé et du lin ; la mise en gerbe de ces deux espèces de plantes; la mise en meule, le battage, le mesurage, le dépôt en grenier; deux dessins de grands greniers sur des plans différents ; le lin transporté par des ânes; une foule d’ autres travaux agricoles, et entre autres la récolte du lotus; la culture de la vigne, la vendange, son transport, l’égrenage, le pressoir de deux espèces, l’un à force de bras et l’autre à mécanique, la mise en bouteilles ou jarres, et le transport à la cave ; la fabrication du vin cuit, etc.; la culture du jardin, la cueillette des fruits; la culture de l’oignon, l’arrosage, etc.; le tout, comme tous les tableaux suivants, avec légendes hiéroglyphiques explicatives; plus l’intendant de la maison des champs et ses scribes.

II. Arts et métiers. Collection de tableaux, pour la plupart coloriés, afin de bien déterminer la nature des objets, et représentant : le sculpteur en pierre, le sculpteur sur bois, le peintre de statues, Je peintre d’objets d’architecture; meubles et menuiserie; le peintre peignant un tableau, avec son chevalet; des scribes et commis aux écritures de toute espèce; les ouvriers des carrières transportant des blocs de pierre ; l’art du potier avec toutes les opérations; des ouvriers pétrissant la terre avec les pieds, d’autres avec les mains; la mise de l’argile en cône, le cône placé sur le tour; le potierfaisant la panse, le goulot du vase, etc.;

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la première cuite au four, la seconde au séchoir, etc.; la coupe du bois; les fabricants de cannes, d’avirons et de rames; le charpentier, le menuisier; le fabricant de meubles; les scieurs de bois; les corroyeurs ; le coloriage des cuirs ou maroquins; le cordonnier; la filature ; le tissage des toiles à divers métiers; le verrier et toutes ses opérations; l’orfévre, le bijoutier, le forgeron.

« III. Caste militaire . L’éducation de la caste militaire et tous ses exercices gymnastiques, représentés en plus de 200 tableaux, où sont retracées toutes les poses et attitudes que peuvent prendre deux habiles lutteurs, attaquant, se défendant, reculant, avançant, debout, renversés, etc.; on verra par là si l’art égyptien se contentait de figures de profil, les jambes unies et les bras collés contre les hanches. J’ai copié toute cette curieuse série de militaires nus, luttant ensemble ; plus, une soixantaine de figures représentant des soldats de toute arme, de tout rang, la petite guerre, un siège, la tortue et le bélier, les punitions militaires, un champ de bataille, et les préparatifs d’un repas militaire ; enfin la fabrication des lances, javelots, arcs, flèches, massues, haches d’armes, etc.

« IV. Chant j musique et danse. Un tableau représentant un concert vocal et instrumental ; un chanteur, qu’un musicien accompagne sur la harpe, est secondé par deux chœurs, l’un de quatre hommes, l’autre de cinq femmes, et celles-ci battent la mesure avec leurs

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mains : c’est un opéra tout entier; des joueurs de harpe de tout sexe, des joueurs de flûte traversière, de flageolet, d’une sorte de conque, etc. ; des danseurs faisant diverses ligures, avec les noms des pas qu’ils dansent; enfin, une collection très-curieuse de dessins représentant les danseuses (ou aimées de l’ancienne Égypte), dansant, chantant, jouant à la paume, faisant divers tours de force et d’adresse.

« V. Un nombre considérable de dessins représentant ï éducation des bestiaux ; les bouviers, les bœufs de toute espèce, les vaches, les veaux, le tirage du lait ; la fabrication du fromage et du beurre ; les chevriers, les gardeurs d’ânes, les bergers et leurs moutons; des scènes relatives à l’art vétérinaire ; enfin la basse-cour, comprenant l’éducation d’une foule d’espèces d’oies et de canards, et celle d’une variété de cigogne qui était domestique dans l’ancienne Égypte.

« VII. Dessins relatifs auxyetuc, exercices et divertissements. On y remarque la mourre, le jeu de la paille, une sorte de main-chaude, le mail, le jeu de piquets plantés en terre, divers jeux de force; la chasse à la bête fauve, un tableau représentant une grande chasse dans le désert, et où sont figurées 15 à 20 espèces de quadrupèdes; tableaux représentant le retour de la chasse ; le gibier est porté mort ou conduit vivant ; plusieurs tableaux représentant la chasse des oiseaux au filet; un de ces tableaux est de grande dimension et gouaché avec toutes les couleurs et le faire de l’o-

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riginal ; enfin, le dessin en grand des divers pièges puer prendre les oiseaux; ces instruments de chasse sont peints isolément dans quelques hypogées; plusieurs tableaux relatifs à la pêche ; la pêche à la ligne ; à la ligne avec canoë; au trident ou au bident; au filet; plus la préparation des poissons, etc.

« VIII. Justice domestique. J’ai réuni sous ce titre une quinzaine de dessins de bas-reliefs représentant des délits commis par des domestiques; l’arrestation du prévenu, son accusation, sa défense, son jugement par les intendants de la maison ; sa condamnation et l’exécution, qui se borne à la bastonnade, dont procèsverbal est remis, avec le corps du procès, entre les mains du maître par l’intendant de la maison.

« IX. Le ménage . J’ai réuni dans cette série, déjà fort nombreuse, tout ce qui se rapporte à la vie privée ou intérieure. Ges dessins fort curieux représentent : 1° diverses maisons égyptiennes, plus ou moins somptueuses; 2° les vases de diverses formes, ustensiles et meubles, le tout colorié, parce que les couleurs indiquent invariablement la matière; 3° un superbe palanquin ; 4° des espèces de chambre à portes battantes, portées sur un traîneau et qui ont servi de voitures aux anciens grands personnages de l’Egypte; 5° les singes, chats et chiens qui faisaient partie de la maison, ainsi que des nains et autres individus mal conformés, qui, 1500 ans et plus avant J. -G., servaient à désopiler la rate des seigneurs égyptiens, aussi bien qm ,

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1500 ans après, celle de nos vieux barons d’Europe; 6° les officiers d’une grande maison, intendants, scribes, etc; 7° les domestiques portant les provisions de bouche de toute espèce ; les servantes apportant aussi divers comestibles , 8° la manière de tuer les bœufs et de les dépecer pour le service de la maison ; 9° une suite de dessins représentant des cuisiniers préparant des mets de diverses sortes; 10° enfin, les domestiques portant les mets préparés à la table du maître.

« XII. Navigation . Recueil de dessins représentant la construction des bâtiments et barques de diverses espèces, et les jeux des mariniers, tout à fait analogues aux joutes qui ont lieu sur la Seine dans les grands jours de fête. (Ghampollion , Lettres d'Egypte et de Nubie.)

Dans une crypte de l’étrange nécropole qui a fourni ces détails, les restes mortels d’un gouverneur du nom de Sâh, avaient été scellés pour l’ éternité. Le défunt nous apprend par l’histoire de sa vie, relatée sur les parois de sa demeure éternelle , quels étaient à cette époque reculée les devoirs et actes d’un haut fonctionnaire de la caste militaire Gomme général il a accom¬

pagné le roi (un Ousourtassen de la douzième dynastie) dans la terre de Koush et a pénétré jusqu'aux extrémités de la terre. Plus tard, à la tête d’une troupe

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de 400 hommes, il a ramené des mines de la presqu'île de Sinaï un convoi d’or jusqu'à la ville de Keft (Goptos). Gomme nomarque, il a mérité les louanges du souverain et la gratitude de ses administrés.

« Moi, dit-il, j’étais un maître plein de bonté et « d’amabilité, un gouverneur aimant son pays. Pen- « dant des années, j’ai exercé mon pouvoir dans le « nome de Sali. Tous les travaux pour la maison royale * furent exécutés par mes soins. Des remercîments me « furent donnés de la part de la maison royale, pour le « tribut amené en gros bétail. J’ai apporté le fruit de « tous mes travaux à la maison royale. Rien ne me « fut volé dans tous mes ateliers. J'ai travaillé et le « nome entier était en pleine activité. Jamais petit encc fant ne fut affligé par moi ; jamais veuve ne fut mal- « traitée par moi; jamais je n’ai troublé pêcheur « sur les eaux ou pasteur dans les pâturages. Jamais « n’exista pentarque dont j’ai détourné les hommes de « leurs travaux. Jamais disette ne fut de mon temps, « jamais affamé sous mon gouvernement, s’il y eut des <£ années de famine. Car voici, j’avais labouré tous les « champs du nome de Sàh jusqu'à ses frontières au sud a et au nord. Je fis vivre ses habitants de ses produc- « tions , et ainsi il n’y eut pas d’affamés en lui. J’ai « donné également à la veuve et à la femme mariée et a je n’ai pas préféré le grand au petit dans mes distri— « butions. Et voici que le Nil fut en grande inondation, a les propriétaires des champs et les propriétaires des

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« vergers étant en bonne espérance pour l’année fertile, <. je n’ai pas coupé les branches du canal, etc., etc. »

La dernière partie de cette curieuse inscription où le nomarque, se reportant à une lamine qui eut lieu pendant les années de son gouvernement, se tait un panégyrique d’avoir prévenu, par sa bienveillante impartialité pour chacun, les malheurs de la disette, a semblé à plusieurs observateurs comme un pendant de l’histoire de Joseph en Égypte, et des sept fameuses années de famine de ce pays.

Une scène murale du même tombeau rappelle encore plus la légende biblique. Elle représente l’arrivée en Égypte d’une famille de la race sémitique des Aàm ou Ammonites. Forcés par des raisons inconnues, par une famine peut-être, ils ont, de même que les fils de Jacob, abandonné leur patrie ; ils se présentent, au nombre de trente-sept personnes, hommes, femmes et enfants, devant le gouverneur du nome de Sa fl , Chnoumholep , pour lui demander un asile ou des secours. Un basilicugrammate appelé Neferhotep , offre au nomarque une feuille de papyrus couverte d’une inscription portant en tête la date de l’an six d ’Ousertèsen II , et le nombre des étrangers. Le chef ou le scheikh de la petite tribu, nommé Abou-sa, s’approche respectueusement le premier delà personne de Chnoumhotep , et lui offre comme cadeau un bouquetin. Derrière lui sont ses compagnons armés de lances, de massues et d’arcs; leurs femmes, vêtues de tuniques ri-

Nomades d’Asie, venant en Égypte demander asile à un gouverneur de province.

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chement coloriées, et enfin leurs enfants portés dans des couffins sur des baudets. Le barde du clan ferme la marche en jouant d’une sorte de lyre.

Ne sont-ce pas là des éclaireurs, ou si l’on aime mieux des enfants perdus de l’avant-garde de ces hordes nomades, qui devaient, un peu plus tard, inonder la vallée du Nil ?

Les détails recueillis par Hérodote sur la vie civile et privée des Égyptiens sont postérieurs de neuf siècles à l’époque de Ramsès Meïamoun ; ceux que fournissent les grottes de Beni-Hassan se rapportent à des générations antérieures de beaucoup àce conquérant. Néanmoins le temps ne semble pas avoir mis entre eux de dissemblances sensibles. Nous croyons devoir les compléter par des notions sur les rapports de temples à temples et les relations diplomatiques de souverains à souverains, à une période de l’histoire où le sceptre de l’Égypte était encore tenu par des Pharaons du nom et du sang de Ramsès.

Ces renseignements nous sont donnés par une stèle trouvée à Thèbes, dans les ruines d’un temple de

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Khons, divinité qui paraît avoir été, sous la vingtième dynastie, l’objet d’un culte spécial et d’une renommée, propagée jusqu’au centre de l’Asie.

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