Voir Appendice ni
forme de civilisation dont les historiens ne devaient nous faire connaître que la décadence.
Scindées en plusieurs groupes, dont Béhéni en Nubie, Thèbes, Héracléopolis et Memphis, cités, tantôt indépendantes, tantôt vassales, toujours rivales les unes des autres, étaient les centres principaux, ces populations semblent avoir eu dès lors pour lien commun :
1° L’organisation sociale, fondée sur le système de castes, résultat d’immigrations et de conquêtes successives.
2° Le culte, sorti comme les castes de la superposition de races diverses sur un même sol ; dérivation synthétique des monstrueuses superstitions des Koushites, du sabéisme sémitique et du naturalisme Arian, il présentait dans les manifestations individuelles de la puissance divine les traces de sa triple origine ; mais, multipliant ces manifestations suivant les lieux et les intérêts du moment, et sur chaque degré de l’échelle qui rattache à l’invisible les phénomènes terrestres , il devait , de triade en triade, aboutir, pour la foule, au fétichisme le plus grossier, et pour les penseurs, à travers les mystères des initiations, à la mystique métaphysique dont l’école d’Alexandrie ne nous a transmis que de vagues échos.
3° Le langage, issu de la même source mélangée, et qui se ressentant de ses origines, différait assez grandement, de nome à nome, de métropole à métropole et surtout de la Tliébaïde au Delta, mais pour lequel, cependant, les prêtres avaient trouvé à la longue, dans l’innombrable personnel de leurs fétiches, animés ou inanimés, des symboles tangibles, une représentation graphique, un alphabet sacré, dont tous les temples avaient la clef.
4° Un mode de sépulture , étrange, mais impérieusement commandé par une longue et cruelle expérience des inondations périodiqnes du fleuve et des effluves empoisonnées résultant du contact des eaux avecles débris organiques enfouis dans le sol.
5° Enfin la vie sédentaire; des habitudes industrielles et agricoles, dérivées forcément, comme les mœurs et les coutumes sociales, des exigences impérieuses de leur habitat et de la forme bizarre de son cadre étroit et allongé ; — partant, l’amour jaloux du sol, la haine et le mépris pour l’étranger, surtout pour les nomades des frontières : race impure, dont l’insouciance rapace et les troupeaux avides, souillaient la terre et compromettaient sa fécondité.
Que manquait-il aux tribus riveraines du Nil, à cette période de leur existence, pour former un peuple?
Une de ces catastrophes qui rapprochent et resserrent les sociétés comme les individus ; la solidarité de périls, 'de luttes, de souffrances, de revers et de triomphes communs.
La Providence y pourvut.
Alors, à travers l’Asie occidentale, se précipita la première migration de peuples dont l’histoire ait gardé le souvenir; grossie de tous les nomades qu’elle entraîna en chemin, elle tomba àl’improviste sur la vallée du Nil.
D’où venait celte avalanche humaine ? Josèphe semble indiquer la Chaldée ; Volney parle de l’Yémen. A en juger par la puissance de son impulsion et par le temps qu’il fallut à l’écoulement de ses débris, par le nom maudit qu’elle laissa dans la mémoire de l’Égypte et surtout par la haine réactionnaire qui plus tard, à diverses reprises, poussa les armées égyptiennes jusqu’au delà du
Tigre et du Taurus arménien, nous pensons que c’est dans l’Asie centrale, dans cette officine toujours en ébullition de peuples et de fléaux de Dieu, qu’il faut chercher le point de départ des Hycsos.
L’histoire écrite ne renferme que quelques mots à l’appui de notre opinion, mais ils sont formels et caractéristiques. « Avant qu’il y eût des Mèdes et des Assyriens, » dit Justin d’après Trogue-Pompée, « les Scythes (c’est-à-dire des nomades venus du Nord), envahirent l’Asie et la tinrent sous le joug pendant quinze cents ans1. »
Les prophètes de Thèbes et de Memphis auraient donc pu s’écrier, comme devaient le faire plus tard ceux de Judée devant une irruption de hordes semblables :
« Voici qu’un peuple vient du Nord; une grande nation a surgi des flancs de la terre !... Ils portent l’arc et le bouclier ; ils brisent et détruisent sans pitié!... Le bruit de leur marche est comme le bruissement des flots.
« Ils montent comme une nue ; leurs chars volent comme un tourbillon. Malheur à nous!
« J’ai regardé le pays, et il est désert; j’ai vu les montagnes, et elles tremblent ; les collines, et elles