NAPOLI
RAMSÈS Ltë GRAND. -
que aussi vaste que l’aréa moderne de Paris, traversée par un fleuve dont la largeur, à l’époque de son plus bas étiage, est encore le triple de celle de la Seine au pont de Saint-Cloud, déroule, sous un ciel embrasé, ses larges ondulations, jonchées de fûts de colonnes, de blocs de granit, de pans de murs dont les éboulements ont formé des collines, de colosses mutilés, de sphinx et de béliers géants, décapités pour la plupart : — emblèmes des rois et des dieux des vieux âges !
Quatre énormes massifs, espacés sur ce champ de ruines, et contenant comme en faisceaux la collection de tous ces types rudimentaires ou ornateurs de l’architecture égyptienne, semblent avoir été, à des époques successives, les centres de l’antique métropole. D’après les appellations des misérables hameaux modernes qui s’abritent sous leur ombre, et en allant du nord au midi, ce sont Gournah et Médinel-About à l’occident du fleuve, Karnac et Louqsor à l’orient. Le premier de ces groupes 1 contient les monuments commémoratifs élevés à Ramsès I" par Séti, et à celui-ci par son glorieux fils ; le second, qui porte des traces qui remontent jusqu’à Toutmès III, fut réédifié sur un plan gigantesque par Ramsès-Hikpoun ( haq-an ), et forma la résidence des Pharaons de la vingtième dynastie.
Les édifices principaux de Louqsor, fondés par Horus ( Horemheb ), furent achevés par Meïamoun, auquel ils durent notamment les deux grands pylônes qui regardent le Nil, ainsi que les deux obélisques cités par Diodore, et dont le plus petit orne aujourd’hui la principale place de Paris. Enfin les constructions de Karnac, qui renfermaient le premier temple de l’empire égyptien, le sanctuaire révéré d’Ammon-Ra, datent des rois expulseurs des Hyksos; elles ont gardé les empreintes de leurs successeurs les plus renommés, et, par-dessus tout, le cachet grandiose de Séti et de Meïamoun.
A ces éléments généraux du plan de Thèbes il faut ajouter les arasements indescriptibles de temples et de palais sans nom, les canaux comblés, les quais de granit minés par le .Nil, ou croulant dans les sables, et les trois avenues de sphinx aboutissant aux pylônes de Karnac et dont l’une n’a pas moins d’une demi-lieue de longueur. Puis si l’on se représente, entre Gournah et Médinet-Abou, entre le fleuve et la montagne, le sol d’une longue série de terrasses factices, noyées de nos jours à chaque inondation, où des milliers de tronçons de colonnes, d’éclats de chapiteaux, de fragments de monolithes et enfin les deux colosses, si célèbres jadis sous le nom de Memnon, marquent l’emplacement
Colosses d’Aménoph III, dits de Memnon (restaurés).
du temple-palais d’Aménoph III et de ce Ramesséum, qui semble avoir été la demeure favorite de Meïamoun ; si en outre, du côté de l’occident, on donne à ce tableau mélancolique, pour bordure digne de lui, les parois à pic de la chaîne lybique, percée comme les flancs d’un navire immense, de galeries superposées où dorment les générations qui pendant plus de deux mille ans se sont succédé dans No-Ammon, l’on aura une idée bien imparfaite encore des restes puissants de cette cité , tels qu’on les contemple du haut de l’escarpement d’où leur aspect inattendu arracha, à la fin du siècle dernier, de longs applaudissements de surprise et d’admiration aux Français de l’armée d’Orient.
« Thèbes, a dit l’un d’eux, dans le livre monumental où ils ont consigné leurs impressions, Thèbes, la première ville du monde au temps d’Homère, en est encore aujourd’hui la plus éton-
nante. On se croit dans un songe quand on contemple l’immensité de ses ruines, la grandeur, la majesté de ses édifices et les restes innombrables de son antique magnificence 1 ! »
Pour émouvoir à ce point, du fond de son cercueil, des hommes que des luttes sans pareilles, l’étude aimée de l’antiquité et la conquête récente de l’Italie avaient imprégnés du sentiment du grand et du beau, qu’était donc Thèbes quand la vie animait ce corps immense et en harmonisait l’ensemble?
Qu’était Thèbes au temps où, partageant la plénitude de gloire et de puissance de ses chefs, cette ville voyait de tous les points de l’horizon des ghrazies triomphantes et des caravanes de trafiquants amener dans son sein les richesses des nations ; au temps où le noir indigène du Soudan oriental et le représentant des hordes vaincues du couchant de l’Asie, l’Hymiarile venu de la terre de l’encens et le Pélasge tatoué des bords de l’Hellespont, l’opulent marchand des côtes phéniciennes, le pêcheur de perles des mers Ërythrées, le Rotenou fils d’Assour, à la robe traînante, et l’humble Ben-Héber des plaines de Gessen, se rencontraient annuellement