Ampère, Correspondance d'Égypte et de Nubie, 9* lettre
les rochers de Derr par ordre du conquérant, on voit son image assise au fond du sanctuaire entre celles des trois grands ancêtres du Panthéon égyptien : Phtah, Ammon et Phra; et les légendes des , parois montrent le même Ramsès prenant part j£omme divinité à l’hommage religieux qu’il offre comme mortel, prêtre et dieu tout à la fois.
A Ibrim, qui, sous le nom de Primis, fut la borne de l’empire romain au temps de sa plus grande extension vers le sud, un autre spéos a été creusé en l’honneur du Pharaon et sous l’invocation de Toth et de Saté, les divinités locales, par les soins d’un royal fils de Koush , le même sans doute dont il est question dans la stèle relative au puits d’Okaou. Sur les parois ciselées et peintes du souterrain, « ce même personnage est représenté rendant ses respectueux hommages à Ramsès, à la tête de tous les fonctionnaires de son gouvernement. »
Champollion a fait remarquer que la seule présence de la femme du prince éthiopien, figurant dans cette cérémonie à côté de son mari et en avant de tous les autres fonctionnaires, constate une différence essentielle entre la civilisation égyptienne et celle du reste de l'Orient '. Si à cette dernière ex-
1. Champollion, Lettres écrites d'Égypte et de Nubie, p. 141.
pression l’illustre hiérogrammate français eût substitué celle de l’Orient moderne, il se fût tenu plus près de l’exacte vérité. Ce que nous savons de l’Inde à l’époque du second Rama nous dispense d’insister sur ce point. Entre le sentiment exquis qui révéla à l'antique poêle Valmiki la fraîche et pure création de Sita, et celui qui porta Ramsès à construire tout à côté de l’édifice le plus commémoratif de sa vie, une sorte de chapelle votive à la Vénus égyptienne pour l’usage de Nofré-Ari, la royale épouse qu’il aima *, n’y a-t-il pas comme un lien de contemporanéité ou d'origine ?
On comprend que nous voulons parler du spéos d’Athor à Ibsamboul, grotte de la pureté et de l’amour, aux détails pleins d’intérêt et de charmes, où, depuis la façade gigantesque fouillée dans le rocher jusqu’aux ornements des piliers qui supportent la voûte des trois salles creusées dans ses flancs, jusqu’aux moindres décors des parois ciselées et enluminées, tout révèle comme une tendre et religieuse
1 . Cette inscription est celle de la grande façade. « En revanche, dans la dédicace gravée sur l’architrave, dans l’intérieur du temple, à la suite de la légende ordinaire de Ramsès, on lit cette ligne dont Jes hiéroglyphes nous révèlent la tendresse de la reine pour Ramsès : Sa royale épouse qui l'aime, Nofré-Ari, la grande mère, a construit cette demeure dans la grotte de la pureté. » Ampère , loc. cit.
association de pensée entre Ramsès et la belle compagne de sa jeunesse, tout porte l’empreinte d’un sentiment d’harmonie et d'égalité conjugale *.
Lorsque , au temps de nos pères 1 2 , le célèbre voyageur Burckhardt découvrit la façade de ce monument et mesura ses cariatides, hautes de trentesix pieds, il crut avoir touché à ce que l’art égyptien avait créé de plus grandiose. Quel ne fut donc pas son étonnement quand, au détour d’un angle de cette falaise de rocher, il se trouva en face de quatre colosses de dimension double, taillés dans une seconde montagne, élevant leur front ceint du psehent et leurs vastes épaules au-dessus de l’avalanche de sable que le vent de Lybie roule incessamment du haut de la paroi dont ils font partie, et qui semblaient attendre dans le silence du désert qu’un représentant de la civilisation moderne vînt les tirer de l’oubli où, depuis trente-deux siècles, la renommée les laissait dormir.
1. Ampère, loc. cit, — La reine est charmante, dit le voyageur, et l’on ne se lasse pas plus de retrouver partout son image, que le Pharaon ne s’est lassé de la reproduire.
2. En 1817. Voy. les Voyagea de Burckhardt. Traduct. franc., tome I".
Depuis Burckhardt, de nombreux visiteurs se sont succédés à leurs pieds, et le grand temple d’Ibsamboul est devenu comme le but tinal dès nombreux touristes que l’Europe envoie chaque jour sur les rives du Nil. Dans les quatre géants de pierres, qui n’ont d’analogues dans le monde que ces deux colosses de Bamian, qui, depuis une date inconnue, rappellent aux populations du Paropanise les traits sans noms d’uri roi et d’une reine du midi *, on a retrouvé, même avaot d’être aidé par l’interprétation des cartouches, le galbe pur et fin, la placidité majestueuse qui caractérisent tous les portraits de Ramsès-Meï.imoun. Le portique du spéos, déblayé du sable séculaire qui l’obstruait, a livré à l’étude et à l’admiration des explorateurs un vrai musée* historique dont Ramsès est le héros. Seize salles,