SES PREMIÈRES ANNÉES
en 1508 ou même en 1502. Mais aucune assertion ne saurait prévaloir contre le témoignage de ses disciples et biographes Freigius (p. 6 et pass.), Banosius (p, 3), Scévole de Sainte-Marthe (Eloge de Ramus), et surtout Nicolas de Nancel, qui était de la petite ville de Tracy, à deux ou trois lieues de Guth, qui avait vécu vingt ans dans l’intimité de Ramus, et qui déclare avoir vu le lieu natal de son maître, « la maison même où il naquit, et le lit sur lequel il était venu au monde (1. c. , p. 9). » Tous ces témoins si bien informés attestent que Ramus était né en 1515, l’année même, disent-ils expressément, où François I er monta sur le trône.
A peine au sortir du berceau, Ramus fut éprouvé coup sur coup par deux maladies contagieuses. Peu de temps après, il perdit son père '. Tels furent les débuts d’une existence qui devait être marquée par tant d’épreuves.
Le jeune de la Ramée avait l’esprit vif ; il se sentit dé très bonne heure un goût décidé pour l’étude, et il eut bientôt appris tout ce que pouvait lui enseigner le maître d’école de son village., Le bonhomme, -il est vrai, ne savait pas grand’chose ; « mais il l’avouait naïvement, « et il engageait lui-même son élève à chercher mieux 1 .» Ce dernier n’avait guère que huit ans lorsque, poussé par le désir d’apprendre, il fit seul à pied le voyage de Paris. Il y vint deux fois sans y pouvoir subsister : deux fois la misère l’en chassa ’. Enfin son oncle maternel, Honoré Charpentier, touché d’une si grande persévé-
1 Nancel, 1. c., p. 10; Ramus, Defensio Arist. adv. J. Schecium.
* Ramus, Aristotelicæ Animadv. (1543), fol. 23 r.
* Banos., p. 3; Ramus, Defens. Arist. adv. Schecium.
VIE DE RAMt'S.
rance, consentit à le recevoir chez lui. Cet excellent homme, charpentier de lait aussi bien que de nom, était lui-même dans la plus grande gène. Ne sachant qu’imaginer pour en sortir, il projeta d’abord d’aller en Espagne. Puis il abandonna ce dessein, et comme on avait alors la guerre avec l’empereur Charles-Quint, il partit avec son neveu pour prendre du service dans les troupes du roi. Cette seconde résolution n’eut pas plus d’effet que la première, à cause de la paix qui survint en 1526. Il revint à Paris, où, avec son aide, son neveu put reprendre ses études. Mais après quelques mois, le pauvre charpentier se voyant à bout de ressources et ne recevant de sa sœur aucune pension, fut obligé de renoncer à une charge devenue trop lourde pour lui
Privé de son unique appui, le jeune de la Ramée, qui avait à peine douze ans, mais qui était grand et robuste, s’attacha en qualité dé domestique à un écolier riche du collège de Navarre , dont Scaliger a pris soin de nous donner le nom : c’était le sieur De la Brosse Une fois assuré de sa subsistance, il put suivre aisément les cours publics de la Faculté des arts, et il est certain qu’il fut inscrit comme écolier en 1527 sur les registres de l’Académie de Paris, ainsi qu’on le voit dans l’Histoire de l’université de Du Boulay (t. VI, p. 967). Il n’était pas sans exemple alors que des jeunes gens pauvres, mais studieux, fussent à la fois servants et écoliers ; c’est ainsi, dit-on, que le savant Guillaume Postel, dans le même temps que Ramus, trouva moyen de faire ses études. Admirable modèle de courage et de patience! Dans la
1 C’est Mancel (p. 10, 11} qui nous a transmis tous ces détails.
* Scaligernna, Cologne, 1695, p. 353. Cf^Bayle, I. c., noie B.