COMMENT IL KIT SES ÉTUDES
pauvreté, dans la domesticité même, ces hommes énergiques conservaient toute leur liberté d’esprit et me- ( liaient à bonne fin des travaux dont le récit ferait pâlir la jeunesse de notre temps. Ramus pouvait donc dire plus lard avec un légitime orgueil : « J’ai subi pendant de longues années la plus dure servitude, mais mon âme est toujours demeurée libre; elle ne s’est jamais vendue ni dégradée 1 .» Il avait fait deux parts de son temps, servant son maître durant le jour, employant la nuit à étudier. Une longue et douloureuse ophthalmie le contraignit d’interrompre ces veilles ; mais à peine fut-il guéri qu’il se remit à la tâche avec une nouvelle ardeur. Ayant lu ou entendu raconter la manière dont Aristote luttait contre le sommeil, il inventa, pour son propre compte, un moyen de s’éveiller au milieu de la nuit. Il allumait par un bout une petite corde dont l’autre extrémité supportait une pierre ; lorsque cette corde était consumée, ce qui arrivait au bout de deux ou trois heures, le bruit que faisait la pierre en tombant avertissait le jeune écolier qu’il était temps de se lever*. Grâce à un travail aussi opiniâtre, il fit bientôt des progrès considérables, s’appropriant par des méditations solitaires les leçons qu’il avait pu suivre avec un nombreux auditoire, soit dans les cours publics de la rue du Fouare, soit au collège Sainte-Barbe sous Jean Péna , le sévère professeur d’Ignace de Loyola 5 , soit enfin au collège de Navarre, où il eut pour professeur en philosophie, c’està-dire en Aristote, Jean Hennuyer, plus tard évêque de
> Oratio initio prof, suæ habita.
1 Nancel, Vita Kami, p. 11.
5 Voir plus bas, cbap. X de lu première partie.