CONCLUSION
premier en fronçais un traité île Dialectique, réalisant ainsi à peu d'années de dislance le Vœu patriotique de Joachim Du Bellay : « Le temps viendra paraduenturc (et ie supplie au Dieu très bon et très grand que ce soit de noslre aage) que quelque bonne personne, non moins hardie qu'ingénieuse et sçauante, non ambitieuse, non craignant l'enuie ou haine d'aulruy, nous oslera eesle fausse persuasion, donnant à nostre langue la fleur et ie fruict des bonnes lettres '. »
L'histoire a tant célébré Bacon et Descartes, qu'elle a fini par laisser dans un demi-oubli le philosophe sans qui peut-être ils n'eussent pas été possibles'. Lorsqu'ils vinrent, l'un avec sa méthode nouvelle, l'autre avec le fameux Je pense, donc je suis, le terrain était préparé : un homme avait paru avant eux qui, pendant plus de trente ans, n'avait cessé de répéter que toute la science est dans la méthode et que la méthode sera connue le jour où l'on connaîtra l'esprit humain. Fendant plus d'un demi-siècle après ce philosophe, une nombreuse école avait propage dans toute l'Europe ce précieux enseignement et recommandé l'analyse des laits intellectuels. Si l'on songe que ce sont deux ramistes, Gocléoius et Casmann, qui les premiers ont cultivé sous son nom propre la science de l'âme, la psychologie, on ne pourra s'empécher de voir dans leur maître le plus excellent précurseur de la philosophie moderne, sinon l'un de ses fondateurs.
Affranchir l'esprit humain du joug d'Aristote et le tirer des ténèbres de la scholas tique, simplifier l'étude
' Déf. et illustr. de la langue françoise, !. I, ch. X.
' V Cousin, Kragm. de phil. cartésienne (1845, iu-H), p- 5.
COKLEBIOÎI.
île toutes les sciences et les populariser en leur faisant parler la langue vulgaire, encourager en France l'étude des mathématiques, fonder la liberté de penser par un noble et utile exempte, indiquer enfin à la philosophie sa véritable voie, en lui prescrivant l'observation de la nature humaine, tels sont les principaux services rendus par Ramus et le ramisme. Celte œuvre mérite déjà par elle-même tout notre respect. Mais quand on se rappelle cette vie dépensée tout entière au service de la vérité et de la vertu, comment ne pas éprouver la plus profonde sympathie pour cette victime de l'intolérance, payant de son sang une liberté dont elle n'a pu jouir, mais qu'elle nous a léguée comme un précieux héritage? Assurément, c'est un devoir et un honneur pour la philosophie moderne de compter parmi ses ancêtres un philosophe remarquable entre tous par les plus rares qualités du cœur aussi bien que de l'intelligence, et par un dévouement sans bornes à la grande cause de l'esprit humain.