‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 105 sur 175 · PRÉFACE DE IA DIALECTIQUE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE IA DIALECTIQUE

ces principes, j'ay pris \io\ne iirt'iïiiéi'fment i]'i!slire de tant de livres, voire beaucoup plus de ivi'liurclier |i;ir iiuiv-mesim: telz préceptes et reiglcs que la matière de l'art requiert : et puis après avoir laicl cesle redierclie et eslile, j'ay taschc a disposer toute celle matière en manière et façon, qui nous est mand ée par la méthode artificielle.

Cesle voye est universelle, et le fondement souverain de tout ce jugement. La deuziesnie voye est beaucoup plus difficile : car expérimenter par usage, observer par lecture des poètes, orateurs, philosophes, et bref de tous excellent! hommes, et non-seulleineiit approuver par leurs tesmoignages et exemples ce qui est convenable, maïs réfuter le contraire contre l'opinion si long temps publiquement recède, oultre ce que je confesse estre chose laborieuse, hélas (mon Mécène] c'est mettre les vcnlz orageux sur la mer : c'est courroucer les petits-fil! de ces philosophes, et les irriter a demander vengeance de leurs grands-pères. Ainsi en ceste commotion ay-je esté persécuté en manière fort estrange, par personnages non-seul lement grands d'authorité et dignité, mais aussi excellent! en sçavoir et doctrine ; et principal lement ay-je esté par eulx blasmé d'inec-nstance, et (comme Il semble) a nonne et juste cause : car certes combien d'années battons-nous ceste mesme et mesme enclume ? Combien de fois admonesté par l'usage, corrigeons -non s non seulement les escripts des autres, mais aussi plusieurs passages des nostres? Combien de fois à ceste parfaicle espèce de principes, requérons-nous exemple d'oeuvre plus absolut? Et voicy soubdainement, quand je retourne des eseholes grecques cl latines, et désire à l'exemple et imilaiion des bons escholicrs rendre ma leçon à la patrie, en laquelle j'ay esté engendré et eslevé, et lui déclairer en sa langue cl intelligence vulgaire le fruict de mon eslude, j'apperçoy plusieurs choses répugnantes à ces principes, lesquelles je n'avoyepeu appercevoir en l'escholc par tant de disputes : et pour ce, je eouppe el oste une grande partie de ce quej'avoys amassé paravant. Finahlemrnt je ne désiste pas moy-mesme corriger le tout, et émonder non-seul lement jusquos au neutiesme an (eomme Horace enseigne jusU'iiu^i:! umis presque jusques au vingLiesmc : et si ne cesse, en proposant publiquement mes pourlraiti et dessains (comme Apelle admoneste encore plus justement) d'apprendre, voire, surprendre le jugement des doctes et indoctes, des amys et ennemys, en considérant et observant soigneusement ce qu'ils y loûoyent ou reprenoyent. Et ja soit que paravaniurc je saiisface de soing et assiduité a tous autres, néantmoius me voyant en plusieurs lieux esgaré

ÉCRITS DE RAUUS.

de mon but, je m'accuse nioy-mcsme de lascheté et paresse comme ayant consumé si long temps kisi-hcrtn-itl cl paresseusement : ainsi donques esmeu ik> cesle vit^h^uiî. je m'employe de plus en plus, el employé voiles elventz par tout moyen rie !;il>ciir i'l diligence, désirant la perfection de l'œuvre pour lequel achever nous voyons tant de manœuvres, voire tant d'eicelientz architectes et maistres d'œuvre avoir esté occupez : ce qu'appellent en moy «es grandz personnages légèrelé et inconstante meiveilleuse. liais eertes ceste inconstance est pour grande constanee loi'iee ei ixléiirée non -seulement par Horace et Apeile, ains parles [ihilosi.jitu-s, il singulièrement par Aristote-, qui nous enseigna que le philosophe doiht pour la vérité, reprendre non-seullcmenl tous les aulres, mais aussi soy-mesme. Voire qui plus est, ceste consuincc accusée d'inconslance est ordonnée de Dieu et de nature, comme une monter' ilillieile el pissante, parles marelles de laquelle nous est dressé et limité un seul chemin a la cognoissance de science et doctrine. Et partaul non-seullement je me console contre telle répréhension, mais j'espère par ceste philosophique persévérance rapporter nouvelle victoire, sans respondre à injure aucune, ains endurant toutes choses adverses.

Ayons donc esté déjecté au jugement aristotélique par tous ventz et tentpestes ca et la : nous soi: minimums iienuis oublier ce temps : nous soit permis voire en cesic piiriie tellement faillir, que nous pensions estre tombez en cesle question, comme en quelque contention pour nous esveiller et exercer. El jà plustost considérons de Y03tre singulière clémence, par laquelle nous avons esté remis en nostre première liberté : mais surtout de vostre souveraine libéralité, [par laquelle] nous avons aussi obtenu dignité de profession royalle très souhaitée et très désirée a la vie laborieuse , a laquelle je me suis addonné. Et afin que la joye et congratulation de vostre bienfaîct soit entièrement du profond du cœur exprimée, empruntons d'Horace non-seullement le vers barpé, mais aussi la harpe :

£.«!«, to,:n,du à, fetN i«iin

Du M|>, S f> mii/rwl il II doalx icnmiir tient (Hosun.)

Persistez a. jouir de cesle vertu : exciter les affligez, consoler les misérables, délivrer de péril les oppressez, donner aux suppliants la main non-seullcracm glorieuse et puisante, maishumaine et salutaire, eslre prince débonnaire . bienfnire à ses suhjeetz, esire aymé, révéré, c'est chose vrayement glorieuse : mais qui tuieulx aiment eslre

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