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Parlement Où, pour abréger chemin cl no point- redire ce que vous avez peu entondri: pur mon phid^e: niis en lumière, je remonstre que ce n'est point icy In cause de Cic-iplioii uv de Milon, qu'il faillit employer l'éloquence deDemosthcue nyda Cieéron, que e'estoit une que»* lion pythagoricienne, qui vouloiv-tn' initiée ci silence uvecun crayon cl une table, avec une rrigîe et tin compas. Je présente le livre d'Euctide qui avoit chassé Dampestre de la chaire de mathématiques, et chassera, s'il plaît à Dieu, tous les ignorans quelque hardis et audacieux qu'ils soient. Je fais instance que niaistre Jacques Charpentier print ce livre, et a il s^jvoil démonslrer une seule proposition de toutes celles qui y sont contenues, que je seroys des siens. Jamais ne fut possible par moyen aucun luy faire parler un seul mot de mathématique. Lors je suppliay messieurs de la Cour de penser à la hardiesse et audace de cest homme, qui n'avoil jamais entré en la boutique des mathématiques, qui n'en avoit jamais este apprentif et toutesfois demandoit d'en estre le maislre, voire en la plus belle boutique du monde, qui est l'université de Paris, voire en la chaire royallc.
Voila, messieurs, en somme, la remonstrance que je feis en la Cour de Parlement, contre laquelle maislre Jacques Charpentier respondit deux grosses heures d'orloge, avec aussi grande superfluité de paroles comme il avoit grand défaut de mathématique. La première heure et les trois quarts de la seconde furent employez, non pas à déduire les louanges et utilitez des mathématiques, car il n'yseeut oneques rien, mais a invectiver contre Ramus, « que c'est un « homme violent, importun, impérieux, qu'il avoit renversé la gramn maire, rhétorique, logique, philosophie, mathématique, qu'il avoit ■< faict tout un monde nouveau. j> En quoy, messieurs, il disoit quelque chose de vérité, encore que ce ne fust rien a propos ; mais il parloit ambiguëmcnt. Ailin donc de vous eselaircir cesto grande invective encommerxcc depuis vingt-cinq ans en 0 à rencontre de Ramus par un nombre infini de grands personnages en France-, Allemagne, Italie, qui se sont attaqués a Ramus, je vous descriray ma profession.
Vous scavez, messieurs, que les Athéniens durant leur empire et grandeur, eurent en leur cité un philosophe nommé Soc raie s, de petite estime envers le peuple et réputé pour un lourdeau entre les docteurs et maistres des escoles. Un jour vint que les seigneurs d'Athènes,
ÉCRITS DE EAMTJ8.
par curïogîLé, demandèrent a leur grand dieu Apollon qui cstoit le plus sage entre tous les Grecs : ils eurent oracle et responcc que c'esioit Socrates. Or, messieurs, entre les grandes et admirables parlies de la sagesse de Socrates, une fui qu'il maintcnoil que [ 0 us les arts libéraux se dcbvoient rapporter a la vie humaine, pour faire l'homme plus avisé a bien délibérer et plus prompt a bien exécuter, et qu'il y avoit es racoles trop d'cnseignemcns et de livres, trop de sublililcs et d'argoieries sans utilité, sans usage; que pour estro nautonnier, maçon, laboureur, n'est point assez de scavoir parler des régies de nautique, de maçonnerie, de labourage, mais qu'il falloit mettre la malu a l'œuvre, et bien naviger, bien maçonner, bien ial^mi'iT : le.- lîiat liiMiiniiques (qui estoient pour lors les arls plus traiciez et célébrez) se debvuient ainsi dcuiuiisticr, l'arithmétique pour bien «ombrer, la géométrie pour bien mesurer, l'astrologie pour la nautique, pour la médecine, pour l'agriculture, pour toutes choses naturelles sur lesquelles l'empire du ciel peut commander.
Messieurs, quand je. vins à Paris, je tombé ès sublilitez des sophistes, et m'aprit-on les ars libéraux par questions et disputes, sans m'en jamais monstrer un seul autre oy prollt ny usage. Après que je fus nommé et gradué pour maisire ès arlz, je ne me pouvais satisfaire en mon esprit, et jugeois en moy-mesme que ces disputes ne m'avoient apporté autre chose que perte de temps. Ainsi estant en cest csmoy, je tombe, comme conduit par quelque bon ange, en Xénophon, puis en Platon, où je eognols la philosophie socratique, et lors comme espris de joye, je mets en avant que les maistres ès arlz de l'université de Taris estoient lourdement abusez de penser que les arlz libéraux Tussent bien enseignez pour en faire des questions et ergos, mais que toute sopbislerie délaissée, il en ronvenoit expliquer et proposer l'usage. Messeigneurs, ee socrallsmc fut trouvé si nouveau et si estrange, que je fus joué et farcé par toute l'université do Paris, puis condamné pour ignorant, impudent, malitieux, perturbateur et calomniateur. La langue et les mains me furent liées par cesle mesme condamnai ion, en sorte qu'il ne m'estolt loisible de lire ny escrire aucune chose ny publiquement ny prlvémcnt. Pour le faire court, il ne me resta de l'issue de Socrates, sinon la segue. Voila le sommaire du jugemeut aristotélique mis ja par quelques diverses fuys en lumière par maistre Jacques Charpentier, affin qu'une telle histoire el si incroyable ne fus: csteinle et abolie de la mesmoire des hommes. Or, ie vray Dieu qui scalt 1 quelle lin il a produit ses créa-
REMONSTBANCB DË 1567.
lurea, réserva la déllnhivc île reste tiause au lion Roy Henry, lequel ayant entendu cette controverse, me délia cl In langue- fit Ira mains, et me donna pouvoir et puissante de poursuivre mes estuiles, voire m'establit son professeur pour faire ce que je désiroys ùs eseoles et professions des arts libéraux. Ainsi doneques estant délivre, estant Invité par pris et honneur royal, je me rais en toute diligence de tralcter les disciplines a la socratique, en cherchant et rtéwonstrant l'usage, en retranchant les supertluiiez des régies cl préceptes. En cesie laborieuse et pénible contention d'eslude, j'ay travaillé jour el nuict à enseigner et mettre en meilleur ordre la grammaire grecque, latine, francoise,la rhétorique et surtout la logique, instrument singulier a manier et traicter tous discours, soient de quelques faits particuliers qui se puissent offrir, soient de plusieurs intelligences universelles accouplées ak'ec les autres et toutes teudaules a mesme Un, comme sont les matières subjectes en toute discipline. Les premiers ans de ma profession ont esté employez en ces premières sciences. Fuis s'en est ensuivy par ordre la mathématique ès nombres et grandeurs, qui r;iriil]]iiHi:|iii> et géometric, en quoy est présenlemenl du tout occupé le cours de nos veilles et labeurs; et s'ilplaist a Dieu me donner la grâce de tirer ceste cluriie urnirt: quatre ans, je m'asseure de rendre bon compte de la tasche qui m'a esté assignée par le bon roy Henry, et au bout des vingt ans, d'avoir satisfait par tout dehvoir a la profession des artz libéraux.
Voila ce que maistre Jacques Charpentier comprend en toute sa malédicenec, et comprendra tantost, s'il a permission de vous lire un sac de chiquanerie3, qu'il tient en ses bras. Ainsi, messieurs, vous entendez presque toute la défense de cest homme, qui, pour prouver qu'il est suffisant et capable de la profession des mathématiques, s'efforce de dire le pis qu'il peut de Ramus. Mais passons ce propos tant hors du présent propos, 11 eut en la fin de sa grande harangue quelque couleur, disant que je demandais en lui un ordre qui n'estoit point raisonnable. Je lui disoys que e'esloit un acte de très mauvaise ame de s'efforcer par brigues et menées d'esteindre la mathématique qui est la première lumière des arls libéraux, pour en faire (comme il prétendoil} une je ne sçay quelle sophislcric en latin, notoire a tous les petits maistres ès ariz, non pas de l'université de Paris, mais de tout le monde. Lors maistre Jacques Charpentier met en avant qu'il n'y avoil jamais eu aucun ordre es professions royalles, et de luy, s'il faisoit d'une profession des mathématiques une proies
ÉCRITS SE IUHLS.
sion de philo snphie en lutin, qu'il ne faisait rien de nouveau, cl dit davantage, que moy-mesme j'avoys aboly la profession hébraïque de Callgnius. Messieurs, ce mensonge est aussi faux que si maistro Jacques Charpcnlicr disoit qu'en plain midi il n'y a point de lumière au monde. J'appelle en témoing lous ceux qui ont hamé l'université de Paris depuis trente ans en ça, et vous supplie de remémorer en vous-mesmes ce que vous avez veu ou pour le moins avez ouy dire.
(P. 36.) La lin ilnale des deux heures de maistre Jacques Charpentier fut de faire le miclot et le pleureur, que messieurs de la Cour eussent pilié de luy, et qu'il estoit perdu et déshonoré a jamais, s'il estait condamné à l'examen; que les mathématiques estoient faciles aux petits enfans; et luy, qui avoit la dextérité d'esprit telle que tout le monde seavoil (ainsi parla-il de soy modestement), que s'il n'y avoit satisfait dedans trois moys, qu'il fust chassé. Lors monsieur du Mesnil, advoeat du Boy, se leva, et remonstra que c'estoit chosa périlleuse de commettre une profession royalle a un homme qui confessoit n'y scavoir rien : ■ Toutesfois, dil-il, pour trois mois non ■ forcé; nous vous prenons au mot. ■
(P. 44-47.) Je vous ay dit qu'il avoit vendu la lecture d'Alcinous a quelques simples escaliers. En cest Alcinous, il y a une partie de mathématique. Et quoi donc, me direz-vous, comment s'est-il acquitté de ce passage, estant ignorant des mathématiques ? Certainement il s'en est acquitté par une nouvelle façon, en se glorillant d'ignorer ce qu'il disoit ne servir de rien. Ainsi il a pris argent de la marchandise d'Alcinous, et néanmoins a persuadé a ses aebepteurs qu'elle ne valoll rien, et qu'elle estoit inutile. Ainsi de teste mesme trafleque se sert pour le Jourd'huy, en commençant les mathématiques par l'astrologie. Ses escoliers luy demandent l'a h c et les élémens d'Euclide : il respond qu'il veut enseigner de belles ahslractions pour lesquelles la mathématique a esté inventée, et les presche par l'espace presque d'un moys, sans entrer a la lecture mesme de son De Sacrobosco; et crie tous les jours, voire publie par ses escrits imprimez, que de penser comme faisoit Socraies, que les mathématiques se debvoient raporter à l'usage de la vie humaine, que c'est upe grande erreur ; et dit que bien compter et mesurer sont les ordures et iientes des m allié ma tiques. Voila le langage de ce grand mathématicien publié par luy-mesme par tout le monde, affin que personne n'en soit ignorant, blasmant par une licence cllïonlëe les disciplines dont toutesfois il veut avoir les gajjes. Homme espurdu, quel laiigaige est-ce