REMONSTHANCE AU CONSEIL PB1VÉ
On a expliqué partie, chap. VI, p. 1 80}, l'occasion de cet écrit, dirigé contre Jacques Charpentier. Les extraits étendus qui suivent compléteront le récit des démarches de Ramus comme doyen du collège royal.
(P. 3, 4). Messieurs, la questi [ni se présente devant vos seigneuries, est d'une profession rovalle des mathématiques en l'uni- • ïersïté de Paris, vacante par la mort de maistre Paschal du Hamel depuis quinze iinivs ou environ, iiccupée depuis par deux personnages qui n'en ont l'ail aucun dehvuir. cuiuliien qu'ils en ayclll receu e! [îréleiiileiiL recevoir les J^iiges. Le premier a eslé maistre Dampestre Cosel, le second maistre Jacques Charpentier, docteur on médecine.
Dampestre voyant que noslre professeur tendoit a la mon, prent lu poste, et en grande diligence s'en va demander ecsle profession , s'estimait y avoir le meilleur droit, s'il estoit le premier en datte. Estant donques de retour eu l'université , et prest de nuinter en la chaire niyalle, est admonesté par ic.oy comme par le plus ancien de la eompaLjule., et le plus prest à mettre en la fosse, que nous appelons doyen, etc.
(P. Ji-31). Alors Dampestre, se voyant environne de tant de rets et de la cour de parlement et du Roy, procède simplement et rondement : recognyissant qu'il ne pouvoit débiter sa marchandise en détail, il cherche marchant pour troquer et la vendre en gros, s'adresse à maistre. Jacques Charpentier, dootenr en médecine, et traflique,... a quel pris? je le laisse a penser, et désire en ce personnage singulièrement ïostre attention. Car Charpentier s'est monstré tant rusé et cauteleux comme Dampestre a eslé ouvert et manifeste. Or, messieurs, voici la première suhlililé de maistre Jacques Charpentier. H estoit encore moins versé aux nialhctuatiqucs que Dampestre : car Dampestre eu scaroit quelque peu pour sa provision, el pour dire la
ÉCRITS DE RÀIIUS.
bonne fortune îi ijlj j i- ii-nimi'lettc, non pas pour en départir a. autruy cl encore moins J'cti fiiho k-emi pumït:qur. Charpentier n'en sçavoit lotalemenl rien, cl n'en avoil fait ny cslude ny profession aucune, ains au contraire s'en estoit toujours mocqué, comme si les mathématiques estoient quelques abstractions phanlastiqucs qui n'apportassent aucune utilité a la vie humaine, ainsi qu'il dira luy-mesme présentement s'il vous plaist d'ouyr telles fadaises. Toulesfois désirant de prendre les gaiges du lecteur es mathématiques sans en faire aucune leçon , s'avise d'une subtilité de faite insérer en sa provision deux professions pour une, à scavoir la mathématique et la philosophie, et ce loulesfnis par la cession de Dampeslrc, qui n'avoil sinon que le tillre, le nom, la qualité île muihcimiticit'ii, et n'y avoil autre place vacante : car la Hiaire de philosophie est remplie île son professeur philosophique qui lit la philosophie en grec. Maistre Jacques Charpentier, dls-jc, f;iit insérer «s deux professions pour une, espérant que soubs la couleur de pliili.i.-npliit' qu'il t'siaindrolt et abolirait la professiot) de mathématique. Ce personnage avoit leu par l'espace de vingt-deux ans, comme il dit, la philosophie en latin, et en avoit je ne sçay quelle routinerie de collège, sans aucune litérature grecque, sans mathématiques, sans en sçavotr ny usage, ny pratique ny utililÉ aueune : ainsi s'estoil persuadé qu'il estolt le plus grand philosophe du monde. Voila l'arithmétique de Charpentier, de faire d'une profession deux , non pas, comme il se vantera tantost, pour faire deux professions pour une, mais aflin d'abolir la principale profession des arts libéraux pour eslablir une sophisterie.
Somme, quand maistre Chni'ïif uili'i' lit'iit pour monter en chaire, je m'oppose a luy comme ù son pt'éilOwssi-m' Driiiqicslrc-, et luy propose l'arrest de la Court, [et] l'ordonnance du Roy touchant l'examen. Il ne tient compte aucun de tout cela, mais au contraire me respond encore plus fièrement que n'avoit fait Dampestrc, qu'il m'examineroiL moi-mesmo. J'escris de rechef a la court et me complaios que nous estions tombez de liehvre en chaut mal, et que Dampeslrc estoit un Archimede au pris de Charpentier. Le Roy cependant nous cslargit sa patente, la plus belle qui entra jamais en l'université de Paris, touchant les arts libéraux, que les professions royales vacantes seraient publiées par toutes les fameuses eseholcs de la chrestienté, que les hommes doctes et sçavans seroyent receuz a la lecture et examen , et que les plus capables et sufBsans luy seraient présentez affln d'en choisir un digne de sa libéralité. Cesle patente est du 8 de mars sui-