GRAMMAIRE FRANÇOISE
Je laisse de câté l'édition par trop singulière de la Gramere de 1502, n'espérant pas pouvoir en reproduire l'orthographe (voir plus haut, II' partie, ehap. I, p. 348 et suiv.J, et je me contente de transcrire la Préface de l'édition de 1S72.
Madame, si quelqu'un estime que grammaire soit une chose puérile et abjecte, et pourtant que ce soit ung présent indigue d'estre présenté à une Royni' *i fraude, et (aut occupée en si grandes affaires, je me deffendray de vostre authorité, que c'est par vostre suasion que le Roy m'a commandé de poursuivre le cours des artz libéraux, non-seulement en latin pour les doctes de toute nation, mais en françoys pour la France, où il y a une infinité de bons esprits capables de toutes sciences et disciplines, qui toutesfois en sont privez pour la difficulté des langues. Et a la vérité , il nous est aujourd'huy plus difficile d'apprendre une langue grecque ou latine, qu'il ne feut oneques ny â Platon ny i-Aristote d'apprendre toute la philosophie. Parqnoy je diray hardiment en parlant de la gloire de vos Majesirv.,
f-UtUS m HAMIS.
que tel commandement n'est point muins digne d'ung bien grand monarque, que d'ampliller sa monarchie de glandes conquestss et dominations. Car la grammaire est non-seulement la première entre les btIz libéraux, mais elle est la mire nourrice de tous, qui les nourrit comme au berceau et leur apprend à parler et déclaircr co qu'ils seaïoiil : et sans elle seroyen! muets et inutiles : et â cestu cause a eslé magnitii'v non seulement par les anciens philosophes , aius par les graus princes. A ee propos j'ai léguera y... (suivent do nombreux exemples, depuis Varroti jusqu'à Charlemagne)... Et de grâce , qu'a fait:t h grand Boy Prançeys, quand il a excité la science et l'usaige de toute langue, hébralcque, «roieque, latine , voire quand il a eslé luy-mesme si studieux de sa langue, qu'il n'y avoit homme en ce royaulme mieulx entendu et miculx csercé en la propriété et pureté du langaige francoys?
Parquoy (Madame) Dieu vous augmente de jour en jour ces généreux mouvements d'esprit, ei conseillez au Hoy de donner a nés subjects telle ebarge et commandement; et soyez cause que souus
sa conduicie le monde tremble une aullrc fois : mais surtout
faictes que les premiers fleurons de la couronne de France soyent de toutes sciences nobles et louables; cl persuadez -Iirj tousjours de plus en plus que les roys sont comme dieux en terre, mais que ces dieux sont honnorés et adorez en tant qu'ils sont roys, non-seulemfint de grandes puissances et seigneuries temporelles, mais beaucoup pins quand ils sont roys des vertus, roys des arli cl sciences. L'empire d'Alexandro-le- Grand fut incontinent brisé et aboly après sa mort, et passa soudain comme ung esclair, mais la philosophie des choses naturelles assemblée par Arislote d'une infinité de nations selon le commandement d'Alexandre, vivra tant que le monde sera monde : et sera célébrée une tulle libéralité deroy, qfll dtfnna, oultre les aultres fort grandes despences, a ung seul Arislote pour ce faict quatre cens cinquante mille escus. Et ù vray dire , ce grand Roy ne se pouvoit bastir ung tropliée plus royal, ny plus magnifique, ny de plus longue durée que cestuy-ia. Parquoy (Madame) pensez que Dieu vous a donné et l'esprit et le moyen de façonner aux Francoys ung aultre Alexandre, en luy bastissant ung royaulme de toutes disciplines. Vous l'avez dressé jusques icy, et dresserez (à l'ayde do Dieu) plus soigneusement que jamais, vous proposant bien faire d'un Charles de Vailoys, ce que feit Madame Loyse de Savoye Régente en France de son Francoys de Vailoys.
PRÉFACE DE LA Gfl A MUA 1RB.
Ccste Dame, voyant le gentil naturel de son fils, luy proposa une leçon oi'iliiiÈiii'i; ù soi) ili.-net', orre (lus lettres humaines, ores de la saineto Escripluro : ce que ne jeune Roy prïul a si grand plaisir, que l'on eust dict de eeste tnhli; royal! c ij m- e'estoil une. ncmlémie de Platon : ainsi esloit-elle garnie de toutes personnes doctes et scavantes. Et bien heureux s'estimoit celuy qui y pouvoit proposer eu un moment fi'- qu'il iivoit cr.iuilin rmiic s.i vie : aussi cïioîL ce Roy fort libéral envers tels esprits, de sorte qu'il excita par son exemple toui un monde à l'estude des bonnes lettres. Ainsi donques faites-vous, en proposant au Roy persounaiges d'excellent sçavoir, et entre tous aultres , pour son précepteur, Jacques Atnyof, évesque d'Auxerre, qui n'a moins fait pour sa patrie, en translatant si Élégamment en nostre langue les œuvres de Plutarque, que Plularque mestne avoit faiet pour la Grèce en les composant. Par ainsi donques préparant mon symbole à ceste royallo académie, je rends grâces a Dieu qu'il luy a pieu faire reluire le soleil de sa clémence sur la France, de manière qu'en invoquant et magnifiant son sainct nom , je puisse aussi faire service a cent* qu'il a commis et ordonnez au gouvernement de ma patrie.
Madame , je vous ay proposé au Proème des Mathématiques ung des beaux monuments qui fut jamais sur terre, et vous en ay ouvert un très ample moyen. Vous y penserez, s'il vous plaisL C'est à voslre Majesté de dresser pour la noblesse de France un corps d'bostel si magnifique : de ma part je m'estudieray de tracer quelque linéament de l'Ame de ce corps, en descrivant les artz libéraux ; et commenceray par la grammaire gaulloysc ou francoyse, anciennement célébrée par nos druides, par nos roys Cliilpéric et Charlemaipe, naguercs comme révoquée des enfers par le grand Roy Francoys, traictée en diverses façons par plusieurs autheurs. Jacques Sylvius, qui est décédé en la profession royalle de médecine, la présenta a la royne Léonor a son advénement, et tascha de réformer l'abus de nostre eseripture, et faire, qu'elle convins! à la parolle , comme appert par les eharactères iors figurés par Robert Estienne , et pracliqués par toute la Grammaire. Geoffroy Tory, maistre du pot cassé, lors imprimeur du Roy, en mil en lumière quelque traicté. Dolet eu acomposé quelque partie, comme des poincts et apostrophes; mais la conduitte de ccste œuvre plus haute et plus magnifique, et de plus riche et diverse estoffe, est propre à Loys Mégret, combien qu'il n'ayt point persuadé entièrement à un chascun ce qu'il prétendoit