‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 34 sur 175 · VIE DE BANCS · texte numérisé non relu

VIE DE BANCS

tant, professeur de philosophie, lecteur du roi, et qu'il avait eu mission Je s'enquérir des abus de l'université : qt il n'y avait pas deux hommes h Paris qui réunissent ces caractères.

La plupart des abus que l'on voulait réformer dérivaient, suivant Itamus, d'une seule et même cause, savoir le nombre illimité des professeurs. « Une infinité d'hommes s'est eslcvée, lesquek, moyennant qu'ils ayeut acquis le nom et degré de maîstre en la faculté dont ils font profession , sans autre choix, tant les ignorans que les sçavans, ont entrepris de faire mestier d'enseigner en la philosophie, médecine, jurisprudence ou théologie (p. 8). » En philosophie, par exemple, une centaine de régents, dans vingt-cinq collèges de plein exercice, enseignaient ce que huit professeurs publics auraient facilement et mieux enseigné. Le nombre des maîtres s'étant ainsi multiplié, tandis que le nombre des étudiants demeurait le même, il en était résulté pour ces derniers une grande augmentation des frais d'études et de grades. Ainsi, pour la philosophie, la dépense des écoliers, qui avait été fixée d'abord à quatre ou six écus en tout, avait fini par s'élever à cinquante-six livres et même davantage. « C'est chose fort indigne, s'écrie Ramus, que le chemin pour venir à la cognoi séance de la philosophie soit clos et défendu à la povreté, encorcs qu'elle l'ust docte et bien apprise (p. 14). » Mais que dire des facultés supérieures? La faculté de droit, depuis Tan 1534, se contente, il est vrai, d'une redevance de 28 écus par élève ; mais les médecins et les théologiens, se comparant aux philosophes qui avaient quadruplé leur revenu primitif, ont augmenté le leur, non dans une

ÀDVEBTISSEMEHS At BOT.

proportion arithmétique, qui eût été au-dessous de leur dignité, mais dans une proportion géométrique (p. 18), en sorte que les médecins, au lieu de 28 écus, perçoivent plus de 880 livres, sans compter les présents des apothicaires et des barbiers, leurs anciens élèves (p. 24), tandis que les théologiens, sous prétexte de thèses, de bonnets et de banquets, demandent aux malheureux étudiants pins de mille livres. De plus, dans chaque l'acuité on met aux enchères l'honneur d'être proclamé le premier à l'examen de licence, en sorte que celui-là est réputé le plus savant qui paye la plus forte somme (p. 11,22, 59).

Le remède à cet abus, suivant l'auteur des Advertissemens, c'est d'établir dans chaque l'acuité un certain nombre de professeur? payés pur l'Etat, qui renonceraient généreusement à rançonner lu jeunesse pauvre et studieuse. «Que la seule cl légitime dépense que fusse l'écolier soit d'avoir vescu , de s'estre entretenu d'occoutremens, d'avoir acheté livres, d'avoir travaillé, veillé et pas*é les nuits entières, d'avoir employé la meilleure part de sa vie aux lettres (p. 14, 25, 26,34, etc.)» Noble appel de celui qui, dans une position brillante, se souvient des mauvais jours de sa jeunesse, lorsqu'il était pauvre écolier servant au collège de Navarre!

L'institution de professeurs publies, uvec un traitement fixe et fourni par l'Etat, couperait court à bien d'autres abus. «Car de ceste infinité de docteurs, non-seulement se sont engendrez des fraiz infinis, mais encore un infini mépris et contemnement de lu discipline (p. 35, 36). » La faculté des arts est la moins répréhensible peut-être. Ou regrette, il est vrai, l'interruption récente des leçons

TTE DE HAMtB.

publiques de la rue du Fcurrc 1 ; on regrette surtout que, dans les collèges , les philosophes emploient des questionnaires sans utilité sur Arislote, qu'ils feraient mieux d'expliquer lui-même; mais les grammairiens et les rhéloricieus donnent un enseignement irréprochable et presque parfait, discutant peu sur les règles, mais pratiquant la lecture et l'imitation des bous auteurs. Dans la faculté de droit, on n'enseigne que le droit canon, d'où les jurisconsultes ont pris le nom de canonisles, et l'on néglige le droit civil : lacune déplorable et qu'il serait temps de réparer. Mais que dire des docteurs en médecine et en théologie qui, par une paresse inouïe, ont totalement renoncé à leur enseignement, dont ils se moquent (p. 61), et qui, sans rien faire que présider à des thèses et à des disputes publiques, touchent de gros traitements, sur lesquels ils abandonnent quelques écus, d'un côlé à deux bacheliers en médecine pour faire de pauvres et obscures leçons, de l'autre « à quelque nouveau maître ès arts qui est loué pour un escu ! (p. 82.) » Abus criants, qui se commettent «tous les jours aux yeux de tout le monde,» et qui toutefois ont eu ce bon effet que plusieurs professenrs du premier ordre ont percé par l'enseignement libre dans la faculté de médecine : car c'est en enseignant en leur nom privé que les Jacques Dubois (Sjlvlus) et les Jean Goupyl ont fait leur réputation et leur fortune. Mais où sont les Sylvius et les Goupyl de la faculté de théologie? (p. 66.)

' Le Bavant doyen A<< la faculté des lettres de Paris, M. Le Clerc, a relevé, dans l'Histoire littéraire de la France, t. XXI, p. 109 (art. Siger de Brabant), ce précieux et unique renseignement qui donne la date de l'interruption des cours publics dans la laculté dus arts.

Diaiiizcd b/Googl

Page 1