‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 4 sur 175 · COMMENT IL FIT SES ÉTUDES · texte numérisé non relu

COMMENT IL FIT SES ÉTUDES

pauvreté, dans la domesticité même, ces hommes énergiques conservaient toute leur liberté d'esprit et menaient à bonne fin des travaux dont le récit ferait pâlir la jeunesse de notre temps. Ramus pouvait donc dire plus tardavec un légitime orgueil : « J'ai subi pendant de longues années la plus dure servitude, mais mon âme est toujours demeurée libre; elle ne s'est jamais vendue ni dégradée '. » Il avait fait deux paris de son temps, servant son maître durant le jour, employant la nuit à étudier. Une longue et douloureuse ophlhalmie le contraignit d'interrompre ces veilles; mais à peine fut-il guéri qu'il se remit à la tâche avec une nouvelle ardeur. Ayant lu ou entendu raconter la manière dont Aristote luttait contre le sommeil, il inventa, pour son propre compte, un moyen de s'éveiller au milieu de la nuit. 11 allumait par un bout une petite corde dont l'autre extrémité supportait une pierre; lorsque cette corde était consumée, ce qui arrivait au bout de deux ou trois heures, le bruit que faisait la pierre en tombant avertissait le jeune écolier qu'il était temps de se lever*. Grâce à un travail aussi opiniâtre, il lit bientôt des progrès considérables, s'approprianl par des méditations solitaires les leçons qu'il avait pu suivre avec un nombreux auditoire, 3oit dans les cours publics de la rue du Fouare, soit au collège Sainte-Barbe sous Jean Péna, le sévère professeur d'Ignace de Loyola soit enfin au collège de Navarre, où il eut pour professeur en philosophie, c'està-dire en Aristote, Jean Hennuyer, plus lard évêque de

< Oratio initio prof, suie habita.

' Nancel, Vita Itami, p. il.

1 Voir plus bas, chap. X de lu première porlie.

VIE DE HAMUS

Lisicux, et pour condisciples deux futurs princes Je l' Egiise romaine, Charles de Bourbon et Charles de Lorraine ', sans parler de Ronsart, l'orgueilleux poëte".

On peut juger par ces détails de l'exactitude de certaines traditions qui ont longtemps passé pour véritables et qui ont exercé l'imagination de plus d'un écrivain. Adrien Baillet, par exemple, dans ses Jugements des sçavans (T. II, p. 211-212), cite Ramus parmi les enfants célèbres par leurs études tardives; et dans le Scaligerana '* il est dit qu'il avait l'esprit hébété , pesant et stupide (ingenio tardo, rudi et stupido), et qu'à l'âge de dixneuf ans, il ne savait pas encore lire (ne primas quidem notas didicerat), tandis qu'à dix-neuf ans, on vient de le voir, il allait terminer ses études. D'un autre côté, par l'effet d'une exagération toute contraire, Morhof et Naudé prétendent qu'il étudia seul et qu'il apprit la philosophie sans maître*. La vérité est que Ramus, suivant les expressions plus exactes de Morhof on un autre endroit (T. II, 1. I, ch. XII, § 1), «aborda un peu lard l'étude des lettres, » puisqu'il entra au collège à 12 ans, tandis qu'on y entrait alors à 8 ou 9 ans. C'est ainsi et dans ce sens seulement qu'il faut entendre les plaintes de Ramus lui-même sur l'époque tardive où il commença ses éludes En effet, ce retard de trois ou quatre ans,

1 Ramus, DMicace des Aristotelle» A nimad version es. Cf. J. Charpentier, Ad eiposit. de ranlhodo, contra. Thessalum Ossalum, etc. fol. 3 v. GénéLrard , Oraison funèbre de P. Danès.

' Voïcï plus bas (chap. X).

* Edit. déjà citée, p. 333. Voyez a ec sujet Bayle, art. Ramus, note B, 1 Morhof, Polyhist., 1. I, n. S, p. 8; G. Naudé, Syntogma de stud.

' Lettre à A. Papio : Cum îcias jam grandis me ad lileras aduiisissel

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