‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 47 sur 175 · PERSÉCUTIONS · texte numérisé non relu

PERSÉCUTIONS

Le parlement, du reste, avait déjà pris une mesure plus générale le 13 juillet, en interdisant toute fonction publique à ceux qui ne seraient point de cette religion.- Le S juillet, les membres du collège de France ayant été appelés à prêter uu serment de catholicité, huit professeurs seulement répondirent à cet appel , savoir : Charpentier, Duret, du Gbesne, de Cinqarbres, Lambin, Pèlerin, Forcadel et Goulu; el sur ce nombre, il y en avait peut-être deux ou trois qui ne le firent que par intimidation. Le remplacement des professeurs non catholiques offrait quelque difficulté pendant la paix ; mais , aussitôt que la troisième guerre civile eut éclaté, on prit des mesures plus énergiques.

Le 26 octobre 13(i8, ou déclara déchu des fonctions de chancelier de l'université le cardinal de Châtillon, protestant déclaré et l'un des plus chauds protecteurs de Ramus; et le 6 novembre on le remplaça par Jean du. Tillet, évêque de Meaux. Puis le roi, sur la requête de l'université, rendit contre les novateurs une ordonnance encore plus rigoureuse que les précédentes, et qui fut enregistrée sans retard le 29 novembre. Le chancelier de l'Hospital n'était plus là pour s'opposer à ces tristes ordonnances ou pour en retarder la publication. Sou équité l'ayant rendu suspect de protestantisme, il avait dû se retirer et remettre au roi les sceaux '.

Ramus semblait exclu à tout jamais de son collège et de sa chaire, lorsque l'édit de pacification de 1570 vint" troubler un moment la joie de ses ennemis, en rendant aux protestants leurs anciens droits. Mais, par une clause qui ouvrait la voie à toutes les violations du traité, et

' De Thon, liv. XUV, h l'année 1568.

VIE DE IUMDS,

qui facilita plus tard la Saint- Barthélémy, le libre exercice de la religion réformée était interdit à Paris et dans sa banlieue. « Le recteur Sagnicr partit de là, » dit Crevier, pour présenter au roi des remontra nées contre le rétablissement des déserteurs de la foi, comme on les appelait. Le cardinal de Lorraine et l'évcque de Paris , Pierre de Gondi, appuyaient vivement le recleur. Le roi, dit encore Crevier , « écouta cette sage et pieuse réclamation , » et le 8 octobre il donna des lettres patentes contre les professeurs protestants, dont pas un cependant, à ma connaissance, n'avait approuvé les guerres civiles, bien loin d'y prendre part. Mais il s'agissait bien alors de justice et de droit commun ! Le gouvernement était à peine assez fort pour se protéger lui-même contre les factieux : comment aurait-il pris la défense des opprimés? La royauté, chaque jour plus faible et plus irrésolue, impuissante à dominer les partis, ne pouvait guère que se décider pour le plus fort et se laissait gouverner par les circonstances.

Ramus, à peine arrivé à Paris, trouva sa place prise au collège de Prcsles aussi bien qu'au collège de France, par deus hommes dont je n'ai pu découvrir les noms nulle part : talents anonymes, tels qu'un pouvoir arbitraire en rencontre toujours à souhait, quand il s'agit de supplanter le vrai mérite. Cette spoliation, on vient de le voir, était en partie l'elîet des démarches du cardinal de Lorraine, dont Ramus depuis quelques années avait perdu la faveur : peut-être n'avait-il rien fait pour la recouvrer; mais il ne pouvait croire que son ancien Mécène fût devenu l'un de ses persécuteurs. 11 lui écrivit donc pour se plaindre à lui-même de ce que, l'abandon-

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