PERSÉCUTIONS
fut regardé comme son meilleur et son plus grand philosophe '.
De 1568 à lîi70 s , Charpentier et ses amis avaient habilement manœuvré pour exciter contre Ramus absent l'université, le parlement et le roi. Déjà, dans les premiers jours de l'année lofîS, comme trois principaux de collège , Ramus , Jean Dahin et Nicolas Charton avaient quitté Paris pour se réfugier au camp du prince de Condé, on avait dirigé contre eux des poursuites, mais en ayant soin de frapper d'abord ceux qui avaient le moins de défense. On commença par le maître es arts Jean Dahin , qui était principal du petit collège de Saint-Michel, et à qui le parlement retira l'administration de son collège. Le 27 janvier, ce fut le tour de Nicolas Charton, docteur en médecine et principal du collège de Beauvais. Le surlendemain, 29, le parlement rendit un arrêt semblable contre Ramus, et autorisa de nouveau Antoine Muldrac à exercer provisoirement les fonctions de principal au collège de Presles.
L'université, poursuivant à outrance l'exécution de ces diverses mesures, décida qu'elle présenterait au roi une requête « contre les transfuges et les déserteurs de la foi ; » les députés désignés dans cette circonstance furent, dans l'ordre des théologiens, Hugues, Vigor et de Saintes, et dans celui des médecins , Varade et Charpentier. Ce dernier, on le voit, ne se piquait pas d'une excessive délicatesse , quand il s'agissait de perdre ses en-
' De la Monnaye, note de l'article P. de la Ramée, dans la Bibliothèque française de Du Verdier.
' Pour toutes qui suit, voir Du Boula}, Hist- UnWersit. Paris., t. VI, p. GSS-660, 673, 71S ot EUiv. '
VIE DE RA.MUS
nemis. Le 3 juin, le roi donna un édit portant que « tous ceux qui enseignent et enseigneront ou feront lectures, soit en esclioles privées ou publiques en l'université... mesmes ceux qui ont fonctions et gages de Sa Majesté pour faire lecture et exercice publics, seront de la religion catholique et romaine. » Puis, comme le chancelier de l'IIospital refusait courageusement d'apposer le sceau royal à cette ordonnance, l'université adressa au-roi, le 26 juin, de concert avec le clergé et la ville de Paris, une nouvelle supplique, dans laquelle on se plaignait d'avoir présenté en vain les lettres patentes du roi « à M. le chancelier, pour y mettre le sceel, ce qu'il ne veut faire, ne mesme rendre lesdites lettres et requeste. Ce considéré, Sire. . . il vous plaise commander à mon dit sieur le chancelier de sceller les dites lettres et les délivrer aux dits suppliants. »
Charpentier n'était pas non plus étranger à celte démarche. Il l'avait provoquée, en appelant l'attention des écoliers et des maîtres catholiques sur le danger que créait à l'université la présence des professeurs hérétiques. Dans une harangue furibonde prononcée au collège royal , le 14 juin, et qui fut imprimée sans retard, il avait fulminé contre Y infâme doyen, qui compromettait la réputation et l'existence même de son corps.
Enfin le recteur Claude Sellier, une fois en possession de l'édit royal, obtint du parlement de Paris, vers la fin de juillet, un arrêt qui enjoignait à l'université, en termes . plus explicites, de pourvoir au remplacement de ceux de ; ses membres , principaux, régents, etc. , mesmes les lecteurs du roy, qui n'auraient point fait une profession publique de la religion catholique, apostolique et romaine.