‹ Rancune [microforme]Chapitre 8 sur 20 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

: IRÈNE, A RMAND, en costume d'écuyer.

ARMAND, s'avançant derrière Irène et s'appuyant sur le dossier de son fauteuil.

Bonjour, cousine !

TRÈNE, sans se déranger ct travaillant activement.

Bonjour, cousin !

ARMAND, Vous ne me regardez pas ?

[RÈNE, riant.

Pardon, mais... j'ai JÀ un, ouvrage un peu difficile. (Après une pause,

! Je vous regarderai tout à l'heure, au lunch.

ARMAND

Vous brodez des pantoufles ?

lrène, travaillant toujours, Jail'un signe affrmatif. d

Est-ce pour moi, petite cousine ?

IRÈNE, se retournant vivement.

Vous dites ?

ARMAND, un peu décontenuncé.

Je vous demandais si vous êtes pour me broder des pantoufles.

assez gentille

inner "di sus

ue IRÈNE, riant.

Ah! ah! ah! Il me semble que je suis g( ‘ille tant qu'il faut, mais j'avoue que je n'avais jamais songé à cela, cousin.

ARMAND

Alors c'est pour un autre.

ÎRÈNE.

A Probablement.

ARMAND. \ Et l'on ne peut pas demander qui, je suppose ? " TRÈNE.

A moins d’être indiscret.

ARMAND

Ainsi vous l'avouez...

OPA LE Je n’uvoue rien du tu Ce serait superflu. D'ailleurs je le demanderai à ma tante, car j'imagine que VOUS avez son approbation… IRÈNE, à part.

devient très ombrageux. (Haut.)

Mais c'es. qu'il cela, cousin. Gi vous me dénon-

Vous ne ferez pas . Et tenez, puisque vous voulez

cez, gare à vous 1.

le savoir absolument, c’est pour

parrain.

f dt DE me

ARMAND, à part.

Elle me trompe évidemment. (Haut) Ah oui,

Parrain, toujours parrain !

LRÈNE.

D'ailleurs, ne SOYez pas jaloux, j'ai aussi com- ; mencé un petit ouvrage À votre iitention.. …. ARMAND, à l'autre bout dur salon, se retournant.

Ah!

[RÈNE, après avoir cherché dunes SON papier à ouvrage, produit un bonnet grec en velours rouge, clle Le met sur son poing et l’exhibe.

Joyons, où est-il maintenant. Ah... voilà, Ce n’est pas fini. Il y a un gland qu'on met là et qui retombe sur l'oreille !...

ARMAND, après une pause, Vous ne supposez Pasgue je porterais pareille

horreur ?

[RÈNE.

Vous ne l’aimez pas 7...

ARMAND

Oui, sur la tête d’un octogénai:e paralytique. IRÈNE, regardant le bonnet d'un «ir désapjointé. Quel dommage ! (Le fourrant subitement dans son

papier.) Qu'importe ? je le donnerai à Eugène.

ARMAND

Eugène ?

er ü 1 ne IRÈNE. |

Le jardinier. $es cheveux aussi commencent à...

ARMAND, véré, va pour marler, puis 8e rATISONt, ; l Î -

hausse les épaules. Il <e rapproche d’Irène et s'asssied près Welle.

Pour moi vous ne songeriez jamais à broder ainsi ?...

IRÈNE

Je ne dis pas cela.

Mais vous ne dites pas le contraire ?

FRÈNE.

N...non, Franchement, cousin, vous devez com-

prendre cela. Un travail qui demande autant de

temps et de persévérance suppose enfin, qui ne se professe p

un certain.

enthousiasme que. s généralement de cousin à sousine.

ARMAND, piqué.

Tiens !

TRÈNE.

Non pas que je doute que vous Re puissiez à l'oc-

casion inspirer cet enthousiasme à d'autres, plus

étrangères... qui VOUS connaîtraient moins.

ARMAND

Charmant ! Ma parole !... Vous me dites là des

vérités très flatteuses |

IRÈNE, souriant.

Mon Dieu, je ne sais comment vous vous y prenez pour me faire dire des choses désagréables qui sont loin de ma pensée. Tenez, cousin, prenons un exemple: Démanderiez-vous à votre sœur et à

votre fiancée le même genre d'affection ?

ARMAND

Mais c'est que vous n'êtes pas du tout ma sœur, vous, méchante... Vous êtes même — entre nous, chère cousine—ma parente un peu bien éloignée, Mais voyons, dites-moi, vous-même, petite casuiste, de quelle façon particulière vous m'aimez… je serais curieux de connaître l’exacte nuance, Qu'est-ce que vous pourriez faire pour moi ?

IRÈNE

Moi ?.. (Comptant à demi-roix les points de sa brodérie.) Un... deux... trois. Ce que je ferais pour vous ? Oh! bien des choses !

ARMAND

Si par exemple vous me voylez tomber danse la

rivière et sur le point de me noyer ?...

IRÈNE

Oh! que m2 dites-vous là ? Je préviendrais les

gens, je crierais, je vous jetterais une corde | Est-

ce que je sais, moi ? Un... deux... trois. quatre...

PR en :

ARMAND

Et si j'étais malade dangereusement malade ?

Je vous enverrais porter des bouillons, des confitures aux prunes. J'adore ça les confitures aux prunes ; vous ?.. enfin des douceurs, comme on ‘

dit.

ARMAND

Rien que cela. petite cousine ?

IRÈNE

Comment, rien que cela? Vous êtes bien exigeant. Il ne faut pas attendre des a *. héroïques d’une “enfant.”

ARMAND fait un mouvement à cette insinuation,

puis se renversant dans son fauteuil.

Décidément vous ne me laissez aucune de mes illusions. J'étais assez fou pour me figurer que je comptais un peu pour vous.

JRÈNE.

Un peu !.… Oh ! cousin, beaucoup ! | ARMAND.

J'espérais, petit cœur de roche, que je vous nan-

querais peut-être quand je serai parti.

| TRÈNE.

Parti? où ça ?

ARMAND, se tournant vers elle, étonné.

Vous le savez bien...

En Europe ?

ARMAND

Mais oui.

IRÈNE

Mon Dieu, je commence à m'habituer à l’idée de - Cette Catastrophe. I] y a quinze jours, vous arriviez pour nous faire vos adieux et depuis.

ARMAND

En effet, je dois vous sembler bien ridicule ?

IRÈNE

Je vous trouve fort aimable, car enfin je suppose que VOUS nous reconnaissez quelque charme.

ARMAND

Nous ? ce pluriel est parfait !

IRÈNE

Pardon si je m'y suis faufilée, J'espérais que vous n’objecteriez pas.

ARMAND

Qu'importe, je vous surprendrai un de ces matins. Je me réveillerai avec le courage de vous quitter !—-vous au pluriel—et pour longtemps.

IRÈNE, cherchant dans son panier à ouvrage.

Voilà un mot qui n’est pas aimable, cousin. (Re-

gardant par-dessus l'épaule d'Armand.) La simple politesse eût dû vous engager à le retenir.

on Te

ARMAND, avec un SOUpir.

fl s'agit bien de politesse... Vous cherchez quelque chose ?

IRÈNE

Oui, ma laine jaune, voulez-vous me la donner ?

jà, sur la table. Merci.

‘ ARMAND, la regardant travailler.

Tous mélez de la laine jaune à votre ouvrage Vs savez-vous de quel sentiment cetle couleur est le L symbole ?.… IRÈNE.

De la jalousie !.….

ARMAND

Oui, de la jalousie. !

IRÈNE

En voilà une horrible chose Pour moi il n’y à rien d'aussi affreux qu’un jaloux.

ARMAND, se devant et marchant.

Dites qu'il n'y à rien d'aussi malheureux !

FRÈNE.

Vous dites cela avec une conviction--vous l'avez été peut-être ?

ARMAND

Mon Dieu! qui ne l’est pas ?... Qui ne l’a été à ses heures ?.. Le diable est si ingénieux pour

tourmenter ses... (/1 regarde à ses pieds.)

Ses amis ?.. Bon! vous avez les pieds pris dans ma laine bleue! F ‘anchement, vous manœuvrez assez Mal pour un grand garçon. Mais, c'est que vous êtes complètement pris dans mes filets !

‘ ARMAND

Le regrettez-vous ?

IRÈNE

“ Dans Je moment, puisque vous me mettez mes

filets, c'est-à-dire ma laine bleue, hors de service.

ARMAND, qui cherche à 8e dégager.

Vous ne m'aimez donc pas du tout, petite cousine ?...

IRÈNE, réa.

Mais si! Dites donc, cousin, vous êtes bien sentimental ce matin. Je vous ai fuit ma déclaration déjà, mais je vais la réitérer puisque vous êtes si incrédule : je vous aime comme toute petite cousine bien née doit aimer son grand et respectable

é cousin.

ARMAND

Pas davantage ?

IRÈNE

Excusez du peu, c'est de bon cœut ! (Armand lui donne la laine qu'il a pelotonnée : elle la Jette dans son panier.) Là! c'est assez travailler. Je in en vais

courir les bois. Vous ne savez pas comme c'est ra-

vigotant cet air Au matin !….

uen DB ce

ARMAND, lui barrant le passage.

Ainsi vous me verriez me noyer que Vous 16 vous précipiteriez pas pour me secourir !...

TRÈNF.

Que vous êtes drôle ! Vous savez bien que je ne puis pas nager... et puis, pardonnez - moi, mais vous auriez l'air un peu... bebète, un grand gar-

con comme vous, d'étre sauvé par une petite fille.

ARMAND, da laissant passer.

On est bien malheureux, frène, quand on sent que personne ne tient à soi, qu'on peut souffrir et puis mourir sans qu'une sympathie songe à nous

consoler ou à nous plaindre !

IRÈNE

Décidément, vous voyez Îles choses en noir aujourd’hui. Pourtant si vous vous mettez à prendre ces airs tragiques, vous allez certainement effaroucher les sympathies... Jainie les gen:, moi, qui ne souffrent jamais et qui ne se meurent point. Au revoir, cousin. (Elle se retourne sur le seuil.) Et surtout, je vous prie, prenez garde à votre précieuse

santé. Elle disparait.

ARMAND

[rène ! nous allons aù lac en phaéton, tout à

l'heure.

De ne DS

ne

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