‹ RaoulChapitre 11 sur 28 · l qu'elle a dû souffrir dans ce moment terrible · texte numérisé non relu

l qu'elle a dû souffrir dans ce moment terrible

Je crois l'entendre... là... d'un accent presque éteint,

Invoquer ses deux fils contre son assassin!...

Mes enfants, vengez-moi ! — Tu le seras, ma mère...

Tes accents n'ont pas fui sur la brise légère,

Ils ont résonné là jusqu'au fond de mon cœur.

Il va frapper Fernandès d'un poignard, lorsque Zoraïde se jette à genoux et demande la grâce de son père. — Il remet son poignard dans son sein; — mais on accourt, on saisit Empsaël. — Zoraïde demande à son père la grâce d'Empsaël, mais cette fois sa prière n'est pas écoutée. — Empsaël va périr, — d'autant que des bruits de révolte circulent dans l'habitation, il faut un exemple. — Zoraïde se jette dans les bras d'Empsaël: on les sépare ; on voit passer Almiri dans le fond du théâtre, — et le deuxième acte est fini.

Esther trouva cela magnifique.

— Un matin, à peine s'il faisait jour, Calixte arriva chez Raoul. — Il parlait vite, était ému... — Tu ne sais pas... il arrive une chose singulière... — J'ai absolument besoin de toi.

— - Pourquoi laire?

m RAOUL

— C'est Alexandre qui a un duel.

— Qui ça, Alexandre?

— Eh! mon ami... le flot du Cirque.

— Et que veux-tu que j'y fasse?

— Il faut absolument que tu sois témoin avec moi.. Raoul hésite, fait quelques objections, et finit par

consentir. Ils se mettent en route pour le quai Saint- Michel; chemin faisant, Calixte raconte l'événement, — On jouait hier deux pièces au Cirque. — La pièce où Alexandre joue son rôle de flot avait été sans encombre. — Dans la seconde pièce, Alexandre, qui d'ordinaire joue les Français, avait passé à l'ennemi par punition. — Mais tu ne comprends peut-être pas bien cela. — Dans tous les mimodrames du Cirque, il y a des combats dans lesquels les Français finissent toujours par être vainqueurs. — Outre que le rôle d'Anglais, de Russe ou de Prussien expose celui qui le remplit à une humiliation, il arrive souvent que les Français abusent de leur victoire et profitent du moment où l'étranger tombe ou fuit, pour lui donner quelque coup de sabre ou quelque coup de pied qui n'est pas écrit dans le drame, mais qui obtient le plus ;>rctnd succès et excite les applaudissements du public. Quand an figurant a mérité quelque punition par son inexactitude ou sa tenue, il cesse d'être Français pendant deux ou trois semaines, selon la gravité du cas : il devient Russe, Prussien ou Anglais. Alexandre est Anglais depuis huit jours; — il y a au deuxième acte de la pièce — un combat au sabre entre un Anglais et un Français, c'est toujours Alexandre qui avait joué le

Français, — c'est lui qui a créé le rôle; — tu avoueras que c'est humiliant, après avoir été vainqueur tous les soirs pendant trois mois devant quinze cents personnes. Hier, surtout, — le peuple français qui meublait le pa- ••adis du Cirque était, je ne sais pourquoi, furieux contre les Anglais; — il les avait accueillis par des huée* chaque fois qu'ils avaient paru sur le théâtre. — Tu conviendras que c'est vexant, — parce qu'après tout, — on est Français dans le fond. — Quand arriva le combat, ce furent des cris épouvantables et des encouragements, des battements de mains inouïs pour celui qui remplissait le rôle créé par Alexandre ; — il y avait surtout dans une avant-scène des jeunes gens qui avaient bien àxnè et qui faisaient plus de bruit que tout le reste de la salle; — Alexandre était vexé; — et son adversaire, se grisant bêtement du bruit des applaudissements et des cris, — commença à ne plus le ménager et iur donna un coup de sabre sur la main. — Ma foi, Alexandre était en colère, — il riposta par un coup de sabre .bien sanglé sur la jambe, — et voilà le combat qui s'engage pour tout de bon. — Du paradis et de l'avantscèneon criait: — Xi... xi... xi... tue-le! tape dessus! — Le combat devait naturellement finir à la ritournelle de l'air joué par l'orchestre, — mais le chel d'orchestre, voyant qu'on continuait, fait recommencer l'air guerrier, — les xi, xi, les clameurs, les applaudissements, — la musique belliqueuse continuent d'animer les combattants; — cependant le Français recule et va être mis en fuite ; — indignation du public ; — de l'avant-scène môme on jette des pommes à Alexandre;

— le Français se sentant inférieur — jette son sabre — et saute sur l'Anglais; — ils se saisissent, — ils s'empoignent, — les pommes pleuvent; — cependant ils arrivent près d'une coulisse où on les attire et où on les fait disparaître. — Mais nous voici au quai Saint-Michel... 18... c'est cela, — montons.

— Tu ne finis pas l'histoire... C'est donc avec le Français que ton ami Alexandre se bat aujourd'hui?

— Tu sauras le reste là-haut ; montons.

On monte, on trouve Alexandre qui se promène avec agitation dans sa chambre. — Il se plaît à se rappeler tous les rôles où il a été vainqueur.

— Voici mon ami Raoul Desloges qui consent à être ton témoin avec moi.

— Monsieur, veuillez agréer l'assurance de toute ma gratitude.

M. Alexandre est un homme grand et gros, avec des cheveux noirs ruisselants de pommade. — Sa voix, son geste, ses paroles, ses vêtements, tout est rempli d'affectation.

La chambre est fort délabrée, quoique M. Alexandre, attendant les témoins de son adversaire, se soit efforcé de lui donner un air confortable.

A peine Raoul et Calixte étaient entrés qu'on ontend monter bruyamment l'escalier, — et deux jeunes gem frappent à la porte sur laquelle est écrit :

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