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avec impatience son retour : — Pourvu., dit Maigusdt* que l'émotion ne soit ne soit pas trop violente et ne lui fasse pas de mal.
Voici l'heure du dîner, — Raoul n'est pas rentré, — on sonne une petite cloche qui d'ordinaire appelle aux heures de repas ceux qui sont dans le jardin. — ïl n=? vient pas, c'est qu'il est allé faire une prome; plus longue. — Il est six heures et demie, il ne vient pas.
A sept heures, Clémence et Marguerite, harcelées par la servante, prennent le parti de faire servir le dîner, — mais elles sont préoccupées et mangent à peine.
D'ordinaire il est assez exact pour le dîner. — Après avoir fait durer le repas autant que possible, après s'être interrompues dix fois au moindre bruit, en disant : Le voilà ! les deux femmes font desservir, mais en laissant sur la table le couvert de Raoul, et les fleurs et les quittances sous la serviette.
Peut-être est-il allé aussi à Paris et aura-t-il été retenu; peut-être toutes nos ruses vont être déjouées. 11 aura tout appris à Paris.
— - N'importe, dit la tante Clémence, d'aujourd'hui seulement datera notre bonheur. — Raoul ne s'avisera plus de se ruiner pour faire imprimer ses vers, — il va haïr les vers, et descendant à la prose, — chercher ou accepter, — car je me charge de trouver,— une occupation utile.
11 est huit heures, Raoul ne rentre pas.
On fait de nouvelles questions à la servante, elle ré-
i de. nouveau que Raoul est resté toute ia journée -. ; i maison, que du moins elle l'a vu plusieurs fois à
heures différentes, — mais que cependant il peut ,"ji<T au jardin et du jardin dehors sans qu'elle l'aperçi ive.
s, dix heures arrivent, pas de nouvelles
louI. Clémence et Marguerite ne se disent plus rien. Chacune ne conçoit que acs inquiétudes et ne veut pas augmenter celles de l'autre. — La tante (26e même s'efforce d'étahlir qu'il peut y avoir mille s pour que Raoul rentre tard, — peut-être môme ne rentre pas du tout. — Marguerite lui serre la main pour la remercier, mais ne répond pas. On fait coucher la servante. — À minuit, elles se couchent ellesmêmes, — mais dans le même lit. — Elles ne dorment pas ; elles pleurent, s'embrassent et prient.
La nuit se passe ainsi tout entière. — Les oiseaux annoncent le jour, dont les premières lueurs ne tardent pas à paraître. Elles se lèvent. —Marguerite reste assise, anéantie. — On entend une voiture. —Ah ! le voilà peutêtre, dit Clémence. — Ah ! je vais bien le gronder de nous laisser dans une pareille inquiétude. — Tu feras bien de le gronder, ma tante, — car moi je serai si heureuse que je n'y penserai seulement pas.
Mais la voiture ne s'arrête pas, — peut-être le cher se trompe; mais non, le bruit décroît, s'éloign. • t s'éteint. — Clémence ne peut tenir en place. — Marguerite n'a pas la force de se lever. — Clémence va dans le jardin, reste quelques instants absente, puis rentre pâle, les yeux égarés, — tombe assise,
Marguerite — se lève : — Qu'as-tu? qaeî malheur sais-tu?
Mais Clémence ne peut parler. — La plus profonde terreur hébète ses regards — et étouffe sa voix. -~ uerite appelle sa servante, — lui confie sa tante, veut aller au jardin voir ce qui a si fort épouvanté Clémence. — Mais celle-ci fait un effort surhumain, — se lève, prend sa nièce par le corps, — et s'écrie : — N'y va pas ! — Marguerite , au nom du ciel , n'y va pas ! — Aidez-moi, Ursule, — ne la laissez pas aller au jardin.
— Oh ! s'écrie Marguerite, — Raoul est mort !
— Du courage, — ma douce, ma pauvre Marguerite, du courage !
— Eh bien ! je veux le voir, — où est-il?
— Reste, — reste.
— Je veux le voir, dit Marguerite, — pâle et froide, et si résolue qu'Ursule et sa tante la suivent sans oser la retenir. — Mais Clémence reprend un peu de force, — elle prend sa nièce dans ses bras, — veut encore la retenir. — Attends! — je vais te d:re tout.
— Raoul est mort, — n'est-ce pas?
— Pourquoi affliger tes yeux — d'un affreux spectacle ? — Les hommes ne peuvent plus rien pour lui.
Marguerite ne répond pas, — mais s'élance, et, guidée par un triste instinct, — elle entre dans le kiosque du jardin, — où elle voit le cadavre de Raoul.
Elle tombe à genoux, — pose sa main sur son front,
— sur sa poitrine ; — il est mort, — tout est froid, — son cœur ne bat pas.
Clémence, — d'ailleurs, quand elle» l'avait découvert, — avait eu le courage — de dénouer la corde, — car le malheureux s'était pendu, — et de chercher tous les signes d'une existence encore cachée comme le feu sous la cendre; — mais la mort remontait déjà à sept ou huit heures, — et c'est seulement quand elle fut convaincue qu'il était mort que Clémence s'était abandonnée à la terreur qui l'avait fait s'enfuir. Marguerite ne dit pas un mot, ne verse pas une larme, — elle reste à genoux, — et prie. — Bientôt elle se lève,
— il ne faut pas que son pauvre corps reste là. — Mais Ursule n'ose toucher le pendu, — d'ailleurs elle croit, d'après le préjugé répandu dans les campagnes, — que Clémence a agi contre la loi en coupant la corde. — Clémence et Marguerite ne peuvent le porter; — on envoie Ursule — chercher le jardinier. — Elle l'envoie et court prévenir le maire, — dans la crainte d'être compromise. On porte le cadavre dans sa chambre, — on le met dans son lit ; — Marguerite — s'assied près du lit, — reste les yeux fixés sur lui, — et ne prononce plus une parole, — n'entend rien, — ne répond à rien ; elle est anéantie, — elle ne s'occupe de rien de ce qui se passe. — Le maire et un médecin viennent constater le décès, — on veut lui adresser quelques paroles de condoléance, — on ne les achève pas, tant il est visible qu'elle n'entend pas; — il semble qu'il y ait deux morts dans cette chambre.
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On a trouvé dans le kiosque — une lettre de Raoul à l'adresse de Marguerite.
Elle l'a lue avec avidité, — puis l'a mise dans son èein.
La lettre est courte :
« Pardonne-moi, ma Men-aimée Marguerite, — ce nouveau, — ce dernier chagrin que je te cause.
» Je ne puis plus rester dans la vie ; — je m'en vais. — Loin d'être pour toi un appui, — je t'ai entraînée dans les précipices où ma mauvaise fortune , — où ma nature incomplète m'ont jeté. — De nouveaux gouffres sont ouverts sous mes pas; — je m'y précipite seul, — parce que tu voudrais m'y suivre.
» Je te recommande à la chère tante Clémence, — elle sera ton ange gardien, — comme tu as été le mien.
» Pensez quelquefois à moi toutes les deux. »
Marguerite passa le jour et la nuit dans le même fauteuil. — On n'ose la déraDger, — on espère qu'elle ne sent rien, — qu'elle ne souffre pas; mais, dès le même jour, — on vient pour enlever le cadavre, — Marguerite se laisse emporter dans une autre chambre. — La tante Clémence supplie tout le monde de ne pas faire de bruit, — pour que sa malheureuse nièce ne comprenne pas les détails de ce qui se passe. — Bientôt elle tentre auprès de Marguerite, qui lui dit : Raoul est parti?
Clémence lui prejid les mains. — Ma tante, dit Mar-
gui-rite, — dans cette lettre qu'il a laissée pour me dû > qu'il m'abandonnait, — il me dit de t'embrasser pour lui. — Viens, que je t'embrasse.
Elles tombent alors dans les bras l'one de l'autre, — et le cœur leur crèce en même temps; — d'abondantes •armes se font passage, et elles restent longtemps dans celle mutuelle étreinte.
Le soir, — Marguerite voulut aller prier sur la tombe de Raoul. — Elle s'y dirige avec Clémence; — des enfants, qui jouaient dans le cimetière, se taisent *{ s'éloignent à la vue des deux femmes.
— Mon pauvre ami, — dit Marguerite — après avoir prié, — ma vie entière te sera consacrée, quoique tu m'aies quittée bien tôt; — si je n'ai pu. faire ton bonheur en ce monde, — j'expierai par mes prières l'ofque tu as peut-être faite à Dieu en abandonnant la >ie; — ton souvenir remplira mon existence,— tous mes soins auront pour but de le garder présent. — i, mon Dieu! d'avoir gravé dans mon cœur celte complète à l'immorlalité de l'âme, à une autre vie. — Mon existence sera si austère et si innocente que vous me recevrez dans votre ciel, — au jour que vous avez marqué pour ma mort, — et, comme vous êtes juste et bon, — je retrouverai Raoul, sans lequel une vie éternelle serait l'enfer. Mon pauvre ami, — mon bien-aimé, — repose en paix, — dans la mort; — je ; seule la route qui doit nous réunir.
Le lendemain matin, il arriva un juge de paix qui mit celles partout. — Marguerite ne s'en préoccupa pas, pensant que c'était une formalité usitée.
Mais Clémence fît des questions, — et le juge de ï:?.ii lui dit qu'il agissait au nom de madame Esthc: Desloges, née Seeburg, épouse légitime du défunt, et héritière de tout ce qui lui avait appartenu, — aux termes ie leur contrat, qui les avait mariés sous le régime de la communauté.
Le juge de paix fit quelques questions à son tour à la tante Clémence, sur la situation de sa nièee : — il lui apprit que mademoiselle Seeburg avait éyté avertie de l'événement par les soins de M. Leroux, maire de la commune; — que tout appartenait à madame Esther Desloges, — qu'elle viendrait sans doute s'y installer pour la fin de l'automne, — et qu'elle ferait bien d'emmener Marguerite pour lui épargner la douleur et l'humiliation d'être expulsée légalement.
Clémence alla donner ces détails à Marguerite; elle lui expliqua que cette maison qu'elle avait payée, — qu'elle venait de racheter, — appartenait désormais à Esther, — Marguerite ne fit aucune observation, — et dit : Allons-nous-en.
Quand on est frappé d'un grand malheur, il arrive comme aux criminels condamnés pour divers crimes, — les peines moindres se confondent dans la plus forte. Le juge de paix, — honnête homme et homme compatissant, accéda volontiers à la demande de Clémence qui le pria de le guider de ses conseils. — Il les autorisa à emporter leur linge et tout ce qui était marqué à leur nom. — Il s'engagea à faire promptcment lever les scellés sur les meubles dont elles pouvaient prouver la possession par des quittances, — leur disant que
Cependant — elles pourraient plaider pour offrir la preuve que l'immeuble appartenait à Marguerite, — et que le gain du procès était possible.— Clémence refusa môme d'en parier à sa nièce, et alla chercher un peti L logement dans un faubourg à la porte de Paris. — Marguerite lui avait recommandé d'avoir à tout prix un petit jardin; — elles allèrent encore, à la fin du jour, prier sur la terre qui recouvrait le corps de Raoul, — puis elles partirent. — Marguerite avait laissé faire les paquets à la tante Clémence, — elle avait pris dans le jardin certaines plantes que Raoul préférait et qu'il avait plantées et cultivées lui-même.
De l'héliotrope d'hiver, — tussilage odorant, — et un rosier simple qu'il avait arraché à Saint-Ouen, en souvenir d'une si douce promenade qu'ils y avaient faite autrefois.
.Ile ne mit pas autre chose dans le jardin du petit logement du faubourg, — où elles s'installèrent dès le soir.
Au printemps suivant, Esther Desloges recevait ses amis, — plantait la crémaillère, et donnait une fête à ça villa. — On avait tout changé; la maison et le jardin n'étaient plus reconnaissables. M. et madame Leroux étaient de la fêle, — et félicitèrent la femme légitime d'avoir expulsé la concubine, — et d'être rentrée daa» sa maison.
Toute la société fit chorus; — mais, malgré cette lâcheté, Esther — fit bientôt dire qu'elle n'y était pas, quand Léocadie se présenta. — D'ailleurs elle épousa, à l'expiration légale de son deuil, — ce monsieur qui
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raccompagnait partout depuis tssez longtemps, et qu'elle avait présenté comme un ami de son pure.
Depuis, — le père Seeburg est mort, et Esther, qui s'appelle aujourd'hui madame Sorlain, est riche et jeureuse, — et reçoit l'été une société nombreuse à la Campagne; — l'hiver, elle n'y paraît pas.
Clémence et Marguerite, auxquelles il ne reste pas assez d'argent pour vivre, — brodent et festonnent ; — ieur travail, joint aux quelques cents francs de revenu restés à Marguerite, suffit à leur vie simple. — Une fois chaque mois, — elles viennent ensemble prier sur la tombe de Raoul et y apporter des fleurs ou des feuilles du tussilage et de l'églantier; — ces deux plantes, seules dans le petit jardin, et obéissant à leur vigueur ordinaire, n'ont pas tardé à le remplir.
La douleur de Marguerite est calme, — elle attend ;
— elles n'évitent ni l'une ni l'autre de parler de Raoul;
— loin de là, — elles s'entourent de tout ce qui le rappelle, — et en parlent sans cesse.
— Quel bonheur, dit la tante Clémence, qu'on ne se console pas ! — Nous ne saurions plus pour quoi vivre.
Il y a deux ans, — je me trouvais à Brest, — et je visitais le bagne. — Un homme, jeune encore, revota, de la livrée des forçats, faisait partie d'un groupe. —
A ma vue, il recula précipitamment et se cacha au milieu de ses compagnons, — mais j'avais eu le temps de reconnaître Calixte Mandron. C'est ce que je ne savais pas encore, et n'aurais pu vous dire, si je n'avais pas interrompu précédemment le présent récit.
Fl.N.
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EXTRAIT DU CATALOGUE MICHEL LfîVt
1 FRANC LK YOLCMl. — 1 ». 25 BAR LA FOSTÏ