‹ RaoulChapitre 8 sur 28 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Espsaei, vêtu comme les autres esclaves, — Magca, vieil esclave.

EMPSAEL.

Avec de longs efforts lentement je me traîne; Mes pieds mal assurés me soutiennent à peine*

Quoi donc! un homme brun, un enfant des forêts, De la fatigue ainsi peut redouter l'excès ! N'as-tu jamais porté la hache de la guerre? Sur les sables brûlants, d'une course légère N'as-tu jamais laissé l'empreinte de les pas? L'esclavage a-t-il pu briser ainsi tes bras 1

EMPSAEL.

Magua, c'est sur le cœur que pèse l'esclavage...

Zoraïde... Cinq fois a paru la lumière

Depuis que je n'ai vu Zoraïde et ma mère,

Oh ! si d'un seul regard, d'un regard de douleur,

D'un seul regard d'amour «lie échauffait mou cccpt \

Si sa main un instant frémissait dans la mienne,

Si ma bouche un instant respirait son haleine!...

Mon sang est tout glacé, mon courage est brisé,

Et sous le poids des fers mon cœur est écrasé...

Elle est venue ici! mon cœur est plus heureux.

Se» p.cds ont touché doue ce Syl... là... dans ces lieux.

Et je ne sais quoi d'elle est resté sur la terre- Dans l'air que je respire...

Et cependant ton père Était un grand guerrier; ensemble, aux premiers raegi, Nous avons combattu dans des combats saDglatta ; Son aspect noble et fier re'pandait l'épouvante. La mort suivait les coups de sa hache sanglante, Et sur la même natte on nous a vus souvent, Au retour du combat, reposer un moment. El le chef des guerriers, vaincu par l'esclavage, De vivre parmi nous n'a pas eu le courage.

Pour moi, vingt-cinq hivers de leurs sombres haleines

Ont refroidi le sang qui bouillait dans mes veines,

Et les fers sont moins lourds alors qu'on est moins fort.

Sans crainte, sans espoir, j'attends ici la mort;

Mon tour viendra bientôt... Tous les ans le feuillage,

Jeune et vert quelque temps, nous donne un doux ombrage;

Mais quand la froide bise amène les hivers,

Il jaunit, roule au loin, vole jouet des *.irs...

Du courage! Empsasl,

Ah! si tu m'avais va Traverser les forêts, leur ombrage touffu. F», bravant le couroux des ondes mugissantes, Franchir de nos torrents les vagues écumantes. Jetais heureux alors et j'étais libre eDcor; Mon pied rasait le sol comme le vent du nord... Aussi libre que lui, je foulais l'herbe épaisse, Je marchais au hasard, selon que ma parewe, Ou la chasse ou l'amour guidaient me* pas err»nti,f r

Page 1