MAGUA
ïe me rappelle encore ma case et le feuillage, Les deux hauts citronniers dont le mobile ombrage, Couronné de fruits d'or, s'étendait sur mon luit ; Quand, fatigué le soir; je revenais chez moi, Au-dessus des palmiers, de leur sombre feuillée. De ma case on voyait s'élever la fumée...
On entend du bruit; — les esclaves s'éloignent. Zoraïde entre avec Loyse et veut rester seule. — Elle rejette les ornements dont on veut la parer :
Oh! loin de moi toujours ornements superflu» 1
Et pourquoi me parer, il ne me verra plus...
Quand nous étions ensemble, alors de ma parure
J'empruntais tous les frais à la riche nature ;
Je mettais avec soin, dans l'or de mes cheveux,
Les fleurs dont les couleurs charmaient le plus ses yeux...
Ce monologue est fort long; — il est heureusement, quoique trop tard, interrompu par Empsaël que poursuit le chef des esclaves, qui veut le frapper. — Empsaël menace son agresseur — et voit Zoraïde. — Zoraïdc renvoie le chef des esclaves, qui sort sur ce vers ;
Je vais aller trouver le seigneur Fernandès.
Zoraïdc et Empsaël restent ensemble,
Àhi je revois encore, j'entends ma Zoraïde.
Tous mes maux ont passé comme une. ombre rapide.
Un seul de tes regards a calmé ma douleur.
zoraïde.
Que ses traits sont changés par le poids du malheur I Ses yeux seuls ont gardé ce regard dont la flamme Pénètre doucement jusqu'au fond de mon âme. Est-ce ainsi qu'il devait reparaître à mes yeux!
Fuyez, mes souvenirs, et laissez à mon âme
D'un bonheur passager goûter la vive flamme.
Je suis auprès de toi! mes fers sont plus légersl
Je suis auprès de toi 1 Depuis cinq jours entiers,
Zoraïde, ma main n'a pas pressé la tienne,
Je n'ai pas respiré cette suave haleine.
Ta voix n'a pas sonné jusqu'au fond de mon cœur.-
Oh! que de cet instant je sens bien la douceur I
Fixe, fixe sur moi ce douloureux sourire!
Oh! qu'il est pur cet air, cet air qu'elle respire!
Qu'il dispose mon âme aux rêves de bonheur I
Ces pleurs longtemps captifs, qu'ils soulagent mon coeur!
Zoraïde veut qu'Empsaël s'enfuie ; — mais Enipsaël refuse de quitter les lieux qu'habite son amante adorée.
Yivrais-je loin de toi, — loin de ma tendre amie! Loin de ma Zoraïde! En toi seule est ma vie! Elle est dans tes regards, quand leur triste langueur Répand dans tout mon être une douce chaleur. Ma vie! elle est encor sur ta bouche charmante Quand j'entends les accents de cette \où touchante r
Si Empsaël n'est pas très-sauvage, Zoraïde en revanche l'est beaucoup. Empsaël veut la presser sur son cœur, elle le repousse avec effroi, et s'écrie d'un ton de reproche :
Empsaël !
EMPSAËL.
Tu me crains?...