‹ Raoul Desloges; ou, Un homme fort en thèmeChapitre 11 sur 20 · RAO0L · texte numérisé non relu

RAO0L

mandé à Desloges, — mais j'ai un flair excellent, Je gage qu'il n'avait pas le sou non plus... Gomment allons-nous composer le menu de notre déjeuner ?

— Je suis en position de t'offrir à déjeuner, — j'ai «n crédit expirant — chez une sorte de restaurant derrière le Cirque ; — allons-y.

Les deux amis arrivent h un cabaret où Grandin connaît tout le monde ; il donne la main au mattre de la maisoii, — il offre à la femme du comptoir un bouquet de violettes d'un sou qu'il a acheté sur le boulevard, — Il appâte les garçons par leur nom; mais malgré le déploiement de ses plus aimables sourires, on le reçoit froidement ; — le chef de l'établissement se laisse secouer la main sans répondre à cette amicale étreinte ; — la reine du comptoir, qui est sa femme, — remercie froidement Grandin de son boaquet et le laisse sur le marbre du comptoir ; — les garçons sont distraits, — servent négligemment, — oublient de commander à la cuisine ce que demande l'amphitryon de Ga^ lixte.

•^ Diable I dit Alexandre, mon crédit est plus bas encore que je ne le supposais ; — il est aiort, il s'agit de Tenterret convraiablement. — Garçon, des filets de chevreuil, du pâté de foie gras, et du hordêouœ première.

Le garçon est longtemps sans revenir, »*** il est allé consulter au comptoir. — Alexandre le rappelle.

— Garçon, priez monsieur Gerdou de venir me parier.

— Mon bon monsieur Gerdou, dit Alexandre, vous joindrez à ma carte le relevé de quelques caries que je dois ici, — n'est-ce pas ?

Monsieur Gerdou se déride. — On s^ le pAté, le chevreuil et le vin de Bordeaux de la première qualité.

•«- Eh bien ! ingrat, dit Alexandre, regrettes-tu le déjeuner que tu aurais lÂctiement accepté de nos ennemis humiliés ?

— Non, et je ne veux plus désormais déjeuner autrement, répond Galixto, que le vin de Bordeaux tie tarde pas à animer singulièrement.

•^ U ne faut cependant pas t'y accoutumer, reprend

Alexandre ; une fois sortis d*ici,nous n'avons pas à espérer jamais un verre d'eau sans que nous le payions d'avance.

— Ce n'est pas sur l'Ignoble moyen du|>oti^et du cré«dt que je compte pour me nourrir convenablement.— J'ai un projet depuis longtemps... Tu connais bien ce petit monsieur qui vient au théâtre, — toujours bien mis, — couvert de chaînes d'or?

— Parbleu I — l'amant de la petite iridiana.

— Oui.

— Eh bien l... c'est une espèce de journaliste, — il fait dans un prétendu journal— le feuilleton des petits théâtres ;

— il a ses entrées dans les coulisses, il est aimé d*Indiana sans qu'il lui en coûte autre chose que de dire du bien d'elle dans ses articles; il est bien mis,— il dîne où il veut

— tous les jours — et très bien.... — Je veux me faire journaliste... mais il y a une difficulté : — j'ai envoyé cent

fois aux petits journaux des articles, —jamais ils n'en ont inséré un seul ; — le dernier... c'est quand ton propriétaire t'a donné congé... Je l'avais arrangé... là, de la bonne fa-

çon... J'avais signé... un de vos abonnés, -^po\xt leur inspirer un peu de respect. — Cela n'a servi à rien.— L'carticle n'a pas paru. — Vois-tu, — tout ça ce sont des coteries, — c'est une conspiration pour empêcher les jeunes talens de se produire... Mais il y a un moyen... c'est de faire un journal nous-mêmes, — un journal à nous... Ce serait déjà fait si, d'après des calculs irréprochables, — il ne me manquait juste cent cinquante mille francs pour commencer... Je n'ai pas pensé à te demander si tu les avais ; mais je suppose que tu ne les as pas.

— Je ne les ai pas, répondit froidement Alexandre. — Garçon, ajouta-t-il, du vin de Champagne!... Mais de Moët... Je n'en veux pas d'autre.

—Nous ne pouvons donc faire ni un journal politique ni un journal quotidien... ni un journal hebdomadaire... L'important est de faire un numéro; — c'est moins cher il ne faut que soixante francs.

— C'est beaucoup moins cher en efTet. Garçon I le café...

M BAOUL, ^

Ms ehaud t M je peux le balre... Je le venTOle,— La dUB-

eulté est d^aroir goiiaste francs.

-• En effet ; c'est précisément aussi difficile que d'avoir omi cinquante mille francs, — et ce n'est pas la peine d'abandonner ton premier projet pour celui-^.

— J'ai un projet pour les soixante francs... Avec quatre abonnemens de trois mois nous avons notre affaire... Mais il faut fladre imprimer des quittances ; — on peut môme tes faire lilhographier, — à la rigueur , il faudrait dix francs.

— La difflculté, qui, tu le vois , s'est fort amoindrie au feu de la réflexion, — ne consiste donc plus qu'à trouver dix francs.

— Dix francs ou cent cinquante mille francs , c'est tout un.

— Les dix francs, je les aurai, — et cela demain matin.

— Il fiant que dès aujourd'hui tu donnes ta démission au Cirque, pour deux raisons : la première est qu'il ne con- , vient pas qu'un homme qui va distribuer le blâme et l'éloge au^i^ artistes les plus haut placés reste dws cette con-

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dltion Inférieure 5 •— la seconde, c'est qu'on n'attend que ton arrivée aujourd'hui pour te faire mettre à la porte par les garçons du théâtre.

— Comment le sais-tu?...

— Tu comprends que tu l'as mérité hier, et que ce sera justice. — D'ailleurs, il faut nous consacrer exclusivement à notre ftitur journal.

Quelques jours après, le soir , Raoul lut à Esther le troisième et dernier acte de sa tragédie.

Ce n'est pas pour rien qu'Almiri a paru au fond du théâtre au moment où on menait Empsaël à la mort. — Il a donné le signal de l'attaque. — Deux esclaves commencent le troisième acte. — Les habitations sont détruites.

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