‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni Santi (volume 2)Chapitre 14 sur 73 · QUI FURENT EMPLOYÉS A URBIN SOUS LES DUCS FEDERICO ET GUIDUBALDO · texte numérisé non relu

QUI FURENT EMPLOYÉS A URBIN SOUS LES DUCS FEDERICO ET GUIDUBALDO

I. LuciANO Lauranna, fils de Martino le Dalmate, fît le plan du palais ducal à Urbin. Ce fait est prouvé d'une manière irrécusable par le témoignage des contemporains de l'architecte même.

Giovanni Santi, qui, dans son enfance, avait vu commencer la construction du palais, en parle ainsi dans sa Chronique rimée ;

H/t l'archilecto a tuUi gli allpi sopra

Fu Lucian Lauranna, huonio excellenlo Che il nome vive benche morte el cuopra.

Quai cum l'ingegno altissiojo e possenle Guidava l'opéra col parer del Conte, Che a clô il parer aveva alto e lucenle

Quant altro Signor mai, e le vogliepronli^ R ragion èclie l'oplimo arcliiteclo ' Sid quel che al spcndere âpre l'aurco fonli'.

Pungileoni, dans son Elogio storico di (jliovanni •Sanfi, p. 71, cite plusieurs documents relatifs 4 Luciano Lauranna; il a même publié depuis, dans la Vie du Bramo,nte, l'intéressante patente donnée par le duc Federico à notre architecte, datée de Castello di Pavia, le 18 juin. 1468 ' . Le même acte était déjà mentionné dans

1. Voy. Pungileoni, Memorie inlorno alla vila ed aile opère di Donato u Donnino Bramanlc (Uoma, 1836, p. 63). Cette patente est ainsi conçue ;

Federiciis M. F. Ureini et Durantis Cornes

ggpiiiac Ligae Cap. Ceneralif.

Quelli uoniini noi giudichiatno dover essere onorati, c commeudati, li quali si trovauo essore ornati di ingegno , e di virtù, e massime di quelle virtù che sempre sono statc in prezzo ap-

o7i AIICHITECTES ET SCULPTEURS

les Memorie concernenti lacittà di Urbino de B. Baldi (Roma, 1724, in-fol.), avec cette remarque (p. 44), que Luciano Lauranna avait été envoyé au duc, avec d'autres artistes, par le roi de Naples. Voici comment il est désigné dans cet ouvrage : (( Luciano nato in Lauranna, luogo délia Schiavonia. » Pungileoni, au contraire, cite un acte judiciaire du notaire ser Agnolo di ser Francesco d'Urbin, en date du 19 sept. 1483, où il est dit : (cEgregius vir Lucianus q. Martini de Jadia ', provincise Dalmatiaî architectus, etc. » . Bernardino Baldi, dans sa Descrittione del palazzo ducale d' Urbino, qu'il écrivait en 1587 (Voy. Memorie concernenti la città d'Urbino) , rapporte également que Luciano Lauranna fut l'architecte

presso gli aiilichi, e i moderni, com' è la -virtù dell' architettura fondata nell' arte dcll' aritinetica , e délia geomctria , che sono délie sette arti liberali e principali perché sono in primo grado certitudini , éd è arte di grande scienza, e di grande ingegno , e da noi molto stimata ed approvata, ed avendo noi cercato per tijtto, massime in Toscana ove è la fontana degli architettori, e non avendo trovato uomo che sia veraraente intendente, e ben perito in tal mestiero, ultimamente avendo noi per fama prima inteso, e poi per esperieiiza veduto, e conosciuto, quanto l'egregio uomo maestro Luciano Ostensore di questa sia dotto ed instruite in quest' arte, ed avendo deliberato di fare un 'abitazione bella, e degna quanto si conviene alla condizione, e laudabil fama delli nostri progenitori, noi abbiamo eletto, e deputato il dette maestro Luciano per ingegniero e capo di tutti li maestri che lavoreranno alla detta opéra, cosi di niurare, corne di mastri d'intagli in pietra, e mastri di legnami, e fabbri e ogni altra persona di qualunque grado, e di qualunque esercizio lavorasse alla detta opéra, e cosi vogliamo e comandiamo alli detti mastri ed operari, e a ciaseun de' nostri officiali c sudditi che avessero a provvedere, fare, ed operare alcunacosa in detta opéra, che al detto mastro Luciano debbano in ogni cosa obbedire e fare quanto per lui gli saria comaudato, non altrimenti che alla persona nostra propria, ed in ispecialità comandiamo a ser Andréa Catoni nostro Canceliere e depositario délie entrate deputate alla detta casa, e cosigp S. Matteo dell' Isola officiale deputato alla provvisione délie cose necessarie al detto lavoro, che nelli pagamenti si avessero a fare, ed ordinare non facciano ne più, uè manco se non in quanto dal detto mastro Luciano gli sarà ordinato, e comandato, dando al detto maestro Luciano pieno arbitrio, e potestà, liberté e possanza di dover cassare, rimuovere qualunque mastro, ed operajo che fosse alla detta opéra, che non gli piacesse, e non gli soddisfacesse a suo modo, o di poter condurre altri mastri, ed operari, e dargli a lavorare a cottimo o a giornata come gli piacesse, e cosi di poter puuire e condanuare e ritener da salario e da provisione di chi non avesse fatto ildovere., e tutte l'altre cose fare, le quali si apimrtienc ad un architettore e capo mastro deputato ad un lavoro, e quelle proprio che potessimo noi medesimi fare, se fussimo presenti. Ed iu fede di ciè abbiamo fatto fare questa patente présente, c sigillare del nostro maggior sigillo.

Datiim in Castello Papiae di 10 junii 1468.

1 . Peut-être Jadera, Zora, ville qui contient beaucoup de monuments antiques. Voy. J. Spon : Voyage d'italif. de Dalmalie, de Grèce cl du Lcvun'., t. 1, p. C4, et Fortis : Voyage en Ualmatic.

de ce palais, et fait remonter, avec Clementini {htoria di Birnini), les piemiers travaux à l'amiée 1447, ce qui mériterait d'être mieux établi par de nouvelles recherches.

Selon Gio. Gallo Galh, le duc aurait dépensé 200,000 ducats à construire son palais.

B. Baldi nous apprend aussi que Luciano peignit sur bois plusieurs sujets d'architecture, et qu'il excellait dans l'art de la perspective. Malheureusement, il n'est resté de ses peintures que ce souvenir.

II. Baccio Pontelli, de Florence, fut le second architecte employé à la construction du palais ducal. On le désigne quelquefois sous le nom de Vaccio Pintelli da Urhino, parce qu'il résidait dans cette ville et qu'il y mourut. Giovanni Santi ne le cite pas dans sa Chronique rimée, ce qui nous fait supposer que cet architecte, tant que Luciano Lauranna vécut, n'occupa qu'une place secondaire auprès de lui , ou bien que la construction du palais fut seulement continuée par Baccio Pontelli, sous le duc Guidubaldo, après la mort du pape Sixte IV. Il est certain que Sixte IV employa Baccio pendant son règne (1471-1484), surtout pour des travaux exécutés à Rome. Or, comme le même architecte ne pouvait être à là fois au service du pape et au service du duc, on doit croire que Baccio Pontelh ne vint se fixer à Urbin qu'après l'année

Cette dernière présomption semble confirmée par ce passage du Traité inédit sur l'architecture bourgeoise, composé par Oliviero Olivieri d'Urbin : <( Morto Luciano, Baccio Pontello Fiorentino succède alla fabbrica del palazzo.» (Voy. Pungileoni, p. 82.) Dans les Memorie d'Urbino, l'auteur exprime une opinion analogue, p. 44 : « lo ho la fama non in tutto per falsa, giudico non impossibile, che]egh (Baccio Pontelli) fosse architetto, maovvero inferiore a Luciano, ovvero, se Luciano mori avanti a lui, egh succedesse in luogo suo nella fablirica cominciata. »

Des faits suivants il résulte encore que Baccio ne prit qu'une faible part à la construction du palais ducal, et seulement après la mort de Luciano Lauranna. On sait que le palais fut bâti par Fe-

derico da Montefeltro (mort en 1482), et que le duc Guidubaldo, son successeur, eut trop d'occupations à la guerre pour employer beaucoup de soins et d'argent à des ouvrages d'architecture. Ce qui le prouve incontestablement, ce sont les lettres F. C. {Federicm Cornes) sculptées à la partie inférieure du palais, ainsi que les lettres F. D. {Federicus Dux), inscrites en haut du grand escaher. Or, Federico da Montefeltro n'ayant été nommé duc qu'en l'année 1474, nous avons ainsi date exacte de la construction de cette partie de l'édifice, et cette date se rapporte précisément à l'époque où Baccio était employé à Rome par le pape Sixte IV.

En outre, nous voyons Baccio Pontelli occupé, vers l'année 1491, à bâtir l'église et le monastère de S. Maria délie Grazie, près Sinigaglia , pour le compte de Giovanni délia Rovere , proche parent de la maison d'Urbin, lequel fit exécuter ces grands travaux lorsque sa femme Giovanna di Montefeltro lui donna un fils, après une stérilité de quinze années (1491).

De plus, il ressort des actes du notaire Cristoforo Bartoli, en l'année 1492, que maître Baccio fit aussi le plan de l'église de Notre-Dame à Oriano, et qu'il en dirigea la construction. (Voyez Pungileoni, p. 82.)

Enfin, le P. Siena signale positivement, dans sa Storia di Sinigaglia (p. 160), le séjour de Baccio Pontelli à Urbin vers cette époque; et l'on voit, en effet, par les actes du notaire ser Agostino di ser Simone Vanni à Urbin, en 1499, que la fille de notre architecte fut mariée premièrement à Stefano Grassi da Milano, et ensuite à Giovanni di Giorgio da Urbino. Une autre des filles de Baccio était la femme de Gasparo Fazzini , dont le fils Francesco fit placer une inscription funèbre en l'honneur de Baccio Pontelli dans l'église des Dominicains à Urbin, inscription qui n'existe plus, mais qui fut recueilUe par Lazzari. (Voy. Elogio stor. di Gio. Santi, del Pungileoni, p. 81.)

Il résulte donc de cette discussion, fondée sur des faits authentiques, que la coopération de Baccio Pontelli comme architecte à la construction du palais n'a pu être que très-minime, et que tout le mérite de la belle architecture des palais d'Urbin et de Gubbio

appartient à Luciano Lauranna, malgré toutes les préventions du savant docteur Gaye en faveur de Baccio.

Néanmoins nous renvoyons le lecteur aux intéressantes recherches du docteur Gaye sur cet architecte, qui est un des meilleurs artistes de l'école de Brunelleschi ; car ces recherches, publiées dans le Stuttgarter Kunstblatt du 27 octobre 1836, portent, comme tous les ouvrages de cet écrivain estimable, mort à la fleur de l'âge, l'empreinte des plus solides études.

Nous avons dit que Baccio Pontelli avait construit l'église et le couvent de S. Maria délie Grazie, près Sinigaglia. Voici en quels termes s'exprime, à ce sujet, fra Gratio di Frantia, dans son ouvrage sur la construction de ce couvent :

<( Questo loco de Sancta Maria de le Gratie fu pigliato nel i491 . . . . Lo mastro che disegnô questo loco se chiamava mastro Vaccio da Urbino, questo fu homo de grande ingegno. Lui disegnô la rocca de Sinigaglia et altri edifici.... Lafelice et bona memoria del signore Gohan de la Rovere, prefecto de Roma, ducha de Sora, hedifîcè questo loco tucto da li fundamenti.... passô da questa misera vita questo principe S. Johan nel 1' anno doOl a di 6 de novembre, et fu sepulto a di XI del dicto mese co' lo habito de Sancto Francesco in questa chiesetta de S. Maria de le Gratie. »

III. Francesco m Giorgio Martini, de Sienne, né en 1423, fut employé à la cour d'Urbin comme sculpteur, comme peintre, et surtout comme ingénieur militaire, sous le duc Federico. C'est en cette quahté d'ingénieur qu'il dirigea la construction des écuries de la grande caserne, qui dépendent du palais d'Urbin. Il exécuta aussi plusieurs bas-reUefs pour le palais, comme l'indique clairement le passage suivant de la Chronique rimée de Giovanni Santi :

Et in basso rilievo el chiar Senese Sonimo architecfo con sua degnia chioma.

On pourrait lui attribuer plusieurs chambranles en marbre des portes et des cheminées, qui sont richement ornementés avec, des trophées, des emblèmes guerriers et des jeux d'enfants, par-

ticulièrement la cheminée de Ja grande salle. Quant à l'opinion de Baldinucci, qui prétend que ces reliefs, avec les encadrements de fenêtres , ont tous été exécutés par maître Baroccio le vieux, d'après des dessins de maître Francesco di Giorgio, il ne faut l'admettre qu'avec une extrême réserve ; car nous verrons que Baroccio était un artiste très-distingué et qu'il travailla constamment à la décoration ornementale du palais.

Francesco di Giorgio , outre ses bas-reliefs et ses machines de guerre, exécuta encore, comme le rapporte Vasari, deux portraits du duc Federico; l'un peint sur un panneau, l'autre dans un médaillon; en outre, on peut lui attribuer un troisième portrait du même duc, bas-relief en pierre, qui, comme nous l'avons déjà dit, est encore dans le meilleur état de conservation, et qui se trouve dans la colonnade de la cour du palais.

Il y a quelques renseignements utiles concernant ce maître dans les Lettere Sanesi, vol. III, p. 61-124 ; dans les Italienischen Forschungen de CF. vonRumohr, vol. II, p. 182-200; dans VElogio storico di Giovanni Santi de Pungileoni, p. 79; dans le Giornale Arcadico, année 1823, n° XVIII, contenant quatre lettres du professeur G. del Rosso, relatives à notre architecte ; enfin, dans le Stuttgarter Kumtblatt du 27 octobre 1836 et du 26 janvier 1843, où se trouvent de nouvelles recherches parle D'' Gaye et Alfred Reumont.

A juger le mérite du maître dans les différentes branches de l'art, on peut dire que ce fut un architecte excellent, surtout dans les travaux de fortifications, un bon sculpteur, mais un peintre de moindre importance.

En effet, les doux tableaux de ce maître, qui sont actuellement dans la collection de l'Institut des Beaux-Arts, à Sienne, ne sont pas faits pour donner une haute opinion de son talent de peintre.

L'un de ces tableaux, signé : FRANCISCO GEORGII PINXIT, représente une Nativité. La Vierge est pieusement agenouillée devant l'enfant Jésus couché à terre, et deux anges sont derrière elle ; à gauche, saint Bernard et saint Ambroise sont également en adoration à geijoux. Selon Lanzi, ce tableau était autrefois en la

possession do l'abbé Ciaccheri. L'autre tableau, conservé à l'Institut de Sienne, provient di Monte Oliveto Maggiore, près Cliiusuri. D'après une note du maître, il aurait été exécuté en l'année 1474. Cette grande composition représente le Couronnement de la Vierge entourée d'anges et de saints. L'ensemble général des deux tableaux est peu agréable , le dessin dur et souvent trèsincorrect; les couleurs, jetées, pour ainsi dire, d'une manière criarde, l'une à côté de l'autre, sont à peine adoucies par le ton brun des ombres de la carnation. Le caractère des têtes manque de beauté, et leur expression de charme. Malgré les défauts de ces deux tableaux, on est forcé cependant d'y reconnaître un artiste de talent et de conviction.

IV. Ambrogio d'Antonio Baroccio da Milano , était l'habile sculpteur que le' duc Federico fit venir de Milan pour la décoration de son palads. Giovanni Santi, dans sa Chronique rimée, en parle ainsi :

AmbrosBo da Milan di cui è'n palese

Li mirabil l'ogiiami, ond egli agguaglia

Gli anlichi in ciô : cum le lor menU accese

Hor de «ht pinse sculpse : pinge et intaglia L'opère nel niondo ognhor se vede e mira El nome loro in qUanlo grado saglia.

Dans un acte judiciaire où il comparut comme témoin à la pubhcation du testament du défunt Giovanni Santi, il est dit : En présence magistri Ambroxii lapicidœ et sculptons egregii. — Il se trouve encore nommé sculptor lapicida dans un acte notarial du 18 février 1502.

On pourrait conclure de là qu'il exécuta principalement les chambranles des portes et des fenêtres , les chapiteaux des colonnes et d'autres sculptures d'ornement, qui sont véritablement d'une grande beauté et qui peuvent encore aujourd'hui servir de modèles dans la libre imitation de l'antique.

Maître Ambrogio était le chef de la famille Baroccio à Urbin, de laquelle sortit le célèbre peintre Federico Baroccio; mais,

comme P. Vernaccia est tombé dans plusieurs erreurs graves au sujet de cette famille, nous empruntons, à titre de correctif, le passage suivant à l'ouvrage de Pungileoni :

« A Urbin, il y eut alors plusieurs familles du nom de Baroccio, et aussi plus d'un Ambrogio da Milano ; mais ni les uns ni les autres n'étaient liés de parenté avec la famille de notre artiste. Celui-ci avait deux fils et trois fdles. Valerio, qui paraît avoir survécu à son frère , était sans doute un enfant naturel. Marié avec Apollina, il eut un fils du nom de Marc Antonio, lequel fut docteur en droit, et qui, en qualité de juge au service du duc, coopéra à la réformation des statuts de la ville d'Urbin. Valerio eut en héritage toute la belle fortune de son père. Sa sœur Girolaraa ne se maria point et vécut près de lui dans sa maison. Les deux autres sœurs épousèrent, en 1302, les deux frères Genga; l'une, Catterina, le peintre Girolamo, et l'autre Elisabetta, Niccolo Genga.

(( Marc Antonio eut trois enfants. Sa fdle Camilla épousa le chirurgien Bernardino di M" Agostino; son fds Gian Alberti n'est connu que de nom; son autre fils Ambrogio, appelé le jeune, est qualifié de ser dans les actes notariés, ce qui annonce un personnage de distinction. 11 avait, dit-on, une grande habileté pour la confection des instruments de mathématiques. Ses fils se nommaient Simone et Federico; le dernier est l'illustre artiste qui s'est fait un si grand nom dans l'histoire de la peinture. Il est toutefois déplorable qu'au lieu de ramener l'art de son temps à des principes plus simples, le Baroccio ait été lui-même un des plus maniérés entre tous les peintres ses contemporains. »

V. Maestro Giougio Andbeoli , da Gubbio, modeleur et peintre, fut reçu en 1498 au rang de bourgeois noble de Gubbio. Il était fort apprécié par les ducs d'Urbin, ainsi que le rapporte Giov. Batt. Passeri, dans sa Storia de fossili (p. 308). Quant aux ouvrages qu'il exécuta pour eux, il ne s'est pas conservé de renseignement sûr, qui nous les fasse connaître. Mais néanmoins on peut citer un tableau qui se trouve dans la sacristie de l'éghse du couvent S. Chiara, à Urbin; c'est un panneau long, peint à la

EMPLOYES A LRBIN.

détrempe, avec de magnifiques édifices, d'une belle perspective. On le regarde comme un présent du duc Federico, et il est erronément attribué au Bramante. Le monogramme MG. FC, qu'on y remarque, indique suffisamment que c'est une œuvre de maître Giorgio. Ce tableau représente un édifice rond, avec des pilastres et une petite lanterne assez semblable à un baptistère. A droite et à gauche, on aperçoit en perspective deux rues, avec quelques superbes palais à arcades ouvertes, décorés de pilastres dans le goût antique.

Sur le fronton d'un de ces palais, on remarque une inscription grecque presque etïacée et le monogramme rapporté ci-dessus.

En somme, cette peinture donne une idée avantageuse des connaissances et du goût arcbitectoniques de maître Giorgio; aussi ne saurait-on nier que ses édifices ont quelque ressemblance avec ceux du Bramante, sans offrir toutefois la même beauté de proportion et la même pureté de style.

Nous citerons encore deux ouvrages plus importants du maître, exécutés en 1511. Ce sont deux autels en terre cuite, avec de hauts reliefs colorés : l'un se trouve dans la chapelle de la maison Bentivogh, comme le rapporte Giov. Batt. Passeri ; l'autre était autrefois dans la chapelle de la Madonna del Rosario dans l'église des Dominicains, à Gubbio; il représente, dans un motif architectonique, la sainte Vierge debout, avec beaucoup de figures à genoux qui s'abritent sous son manteau. Dans la partie cintrée du haut se trouve Dieu le Père bénissant, entouré de têtes d'anges. Les détails de l'architecture sont richement ornés de fruits et de feuillages. Cet ouvrage présente tous les caractères de l'époque florissante de l'art à la fin du quinzième siècle , sans égaler pourtant le dessin correct et la finesse des peintures émaillées de Luca délia Robbia. Lors de l'envahissement de l'ItaHe par les Français, ce curieux ouvrage fut démonté pour être transporté plus facilement. Néanrnoins, on ne l'emporta point, et les morceaux restèrent là jusqu'à ce qu'ils furent achetés, en 1836, pour l'Institut des Beaux- Arts de Staedel, à Francfort-sur-Mein .

On paraît aussi attribuer à maître Giorgio la belle terre cuite

38â ARCHITECTES ET SCULPTEURS

de la porte principale de l'église des Dominicains, à Urbin; cette attribution devrait toutefois être soumise à un examen plus attentif.

On rencontre souvent, de ce maître, des peintures sur majolica; Passeri en énumère plusieurs, avec son monogramme M. Gr. et une date, depuis 1519 jusqu'à 1537. Nous avons vu un beau plat représentant un Apôtre d'après Raphaël et portant cette marque M. G. 1525, dans la riche collection du chevalier Dom. Mazzi, à Pesaro.

VI. Maestro Francesco Papa , sculpteur. — Le notaire Simone Vauni nous a conservé, dans son procès-verbal du 25 mars 1462, un précieux renseignement, qui constate que chaque profession d'arts et métiers avait son chef dans le comté d'Urbin ; car on lit, dans ce procès-verbal :

Ser Dominicus de Ântaldis Capitaneus Docforum, Notariorum et Litteratortlffl.

Magister Franciscus Antonii Prioris Capitaneus Pictorum et Figulorum.

Magister Franciscus Papa Capitaneus Magisirorum petrœ, etc.

Ce dernier, Franciscus Papa, chef de la corporation des maîtres sculpteurs en pierre, exécuta, avec maître Antonio di Simone, les corniches , les frises et les voiites du petit vestibule de l'hôpital des vieillards infirmes, ainsi que sept colonnes à chapiteaux pour la cour de cet hôpital, ce qui est consigné dans le Livre rouge de la confrérie S. Maria délia Misericordia, p. 245.

VU. Maestro Jacomo, de Florence, maître de tarsia ou d'ouvrages de marqueterie, travaillait, en 1473, à la décoration de la salle de la confrérie de S. Maria délia Misericordia, ainsi que le rapporte le livre des archives de cette confrérie , dans lequel on lit, fol. 175 : « 1473, 2 sett., fior. 7. contanti per noi a maestro Jacomo fiorentino maestro di tarsia per parte del lavoro de.......

l'audientia. »

Comme il y a au palais d'Urbin, ainsi qu'au palais de Gubbio, des chambres décorées d'ouvrages de marqueterie, dont les premiers, comme nous l'avons déjà démontré , ont été exécutés en

l'année 147G, et les derniers en 1482, il nous paraît vraisemblable que ces ouvrages proviennent du même maître.

VIII. Maestro Clémente. — Selon Pungileoni, il était trèshabile fondeur, et ce fut lui qui coula en bronze sept médaillons, dont six représentaient des scènes de la vie du duc Federico, et le septième une Descente de croix, mais dont aucun ne se trouve aujourd'hui dans le palais d'Urbin.

QUI ONT TRAVAILLÉ A URBIN OU DANS SES ENVIRONS JUSQUE VERS LA FIN nu QUINZIÈME SIÈCLE.

I. GiuLîANO DA RiMiNi. — On coniiaît de lui un Christ en croix, peint sur panneau, grossier et vraiment barbare, dans la manière de Margheritone ; lequel se trouve dans la chapelle de l'archiconfrérie de S. Giovanni decollato, à Urbania (autrefois Gastel Durante); ce tableau, qu'on vénère beaucoup dans le pays, est dans un parfait état de conservation. Aux extrémités du haut de la croix, sur laquelle est attaché le Christ, la tête penchée et les genoux ployés, il y a des médaillons, dont le plus élevé représente le Père Éternel à mi-corps, et les deux autres la Vierge et saint Jean l'Évangéliste. Sur la croix, dans le bas, se lit l'inscription suivante : IVLIANVS. PIGTOR. DA. ARIMINO. FECIT. HANNO. MGCGVn.

II. GuiDO Palmeruzzi paraît être 'de l'école du Giotto; dans tous les cas, il s'en rapproche par son style. Il peignit à fresque en 1345, dans la maison de ville, à Gubbio, une Vierge avec l'enfant Jésus, ayant à ses côtés saint Ubaldo et saint Jean-Baptiste. Il est à regretter que cette peinture ait tant souffert par l'incurie. (Voyez, à ce sujet, le Giornale Arcadico, t. XXXII, p. 359 de l'année 1826.)

III. GiuLiANO. — Dans le livre des archives de S. Groce, à Urbin, des années 1363 à 1420, on lit :

« 1366 oct. Ebbe Giuliano dipintore fior. 23 per dipingere ne la Fraternità.

« 1367. A Giuliano depentore per cagione clio dopr^iise on lo nostro luoco fior. 3. »

Peut-être ce Giuliano est-il le même peintre originaire de Fabriano , auquel Lanzi , d'après un document dans les archives de l'église collégiale S. Niccolô de Fabriano, attribue deux tableaux, dont l'un se trouvait chez les Dominicains et l'autre chez les Capucins de la même ville. Mais aucun de ces tableaux n'a été conservé; il en est de même du maître-autel de l'église S. Francesco, exécuté à Urbin en 1391, mais dont l'auteur n'est pas connu.

IV. Antonio Alberti da Ferrara vécut assez longtemps à Urbin, et fit des peintures, au commencement du quinzième siècle, pour l'église des Franciscains de cette ville; mais ces peintures n'existent plus. On a seulement conservé un fragment d'un autel, dans le style gothique, représentant la Vierge et des saints, lequel se trouve dans la sacristie de l'église S. Bernardina (autrefois S. Donato), près d'Urbin; ce panneau porte cette inscription : « 1439. Antonius de Ferraria. p. » Bernardino Bïildi, dans un ouvrage manuscrit qui est à la bibliothèque Albani, parle de cette Vierge en ces termes : « Antonio da Ferrara, il quale ha dipinto l'ancona che è nel coro de' Frati di S. Bernardino, dipingeva nel 1430, il quale dipinse le cappelle de' Signori a S. Francesco. » Toutefois , cette peinture ne donne point une idée avantageuse du talent d'Antonio. On sait qu'il mourut avant le 25 novembre 1449.

V. Ottaviano di Martino Nelli, de Gubbio, né vers 1370, mourut vers 1444. Les ouvrages qu'il exécuta, en 1400, à Pérouse, lui valurent la faveur d'être inscrit dans la matricule des peintres de Portasole de cette ville. En 1403, il peignit, pour la famille Pinoli, un tableau à fresque dans l'église S. Maria Nuova, à Gubbio, où l'on garde précieusement ce tableau, mis sous verre, et d'ailleurs bien conservé. C'est une Vierge assise, portant un riche vêtement brodé d'or, et tenant sur ses genoux l'enfant Jésus, qui est dans l'attitude de la bénédiction. Quatre petits anges autour d'elle jouent de divers instruments , et deux autres étendent derrière elle un tapis rouge tissé d'or. A gauche, saint Pierre debout, et

à droite le saint abbé Antonius qui présente à la Viiirge les donateurs (un liomme et une femme; figures de petHe dimension). Dans la partie supérieure du tableau, le Christ, eatouré de chérubins, élève une couronne au-dessus de la tête de sa divine Mère '. La suave exécution de cette peinture répond au caractère gracieux des figures de la Vierge et des anges; elle semble justifier la tradition qui veut que maître Ottaviano ait été l'élève du célèbre peintre en miniature, Oderigi da Gubbio, avec qui le Dante se lia lors de son séjour dans cette ville % et qu'il a immortalisé dans ces vers du chant XI de son Purgatorio :

0, diss' io lui, non se' tu Oderisi

L'onor d'Agobbio, e l'onor di quell' arle Ch' alluminar è ciiiamala in Parisi?

Fraie, diss' egli, più ridon le carte Che pennelleggia Franco Bolognese ; L'onore è tutto or suo, e mio in parle.

Ben non sarè' io stato si corlese Mentre ch' io vissi, per Io gran disio Dell' eccellenza, ove mio core intese.

Di la! superbia qui si paga il fio.

Maître Ottaviano Martini était déjà établi à Urbin en l'année 1420, ce qui résulte d'un acte du notaire Antonio di Gubbio en date du 23 avril 1420, où est cité le Magnificum Spect. Magistrum Octavianum Martini pictorem de Eugubio habitantem nunc in civ. ifrbiniy etc. Plus tard, on retrouve son nom dans le livre de la confrérie S. Croce aux années 1424 à 1433, parce que ce peintre avait loué un logement dans une maison appartenant à cette confrérie.

Gualandi , dans son ouvrage déjà cité , a publié en outre une

1. Rosini, dans sa Slon'a délia piliura ilaliana, en donne nno gravure, pi. cci. — Michel Angelo Gnaldiui, dans sa Raccolta di lellcre 2"t('"''f'f<-' (Bologna, 184't), a publié encore quelques notices sur les ouvrages de ce maître.

2. Près de l'Arco del Dante, à Gubbio, on lit encore cette iuscription commémorative :

UlC MANSIT DANTHES ALi;CHlKniV3 POGTA ET CAUMINA SCBIPSIT. FnBEnlCVS FALCVTIAS VIRTVTl ET

POSTEniTATi PosviT.On raconte, en effet, que le Dante composa deux (liants de la Divine Comédie dans la maison do campagne de Falcutio,

lettre inédite d'Ottaviani Nelli, du 30 juin 1434, adressée à la duchesse Catterina d'Urbin, dans laquelle le peintre s'excuse de ne pas avoir pu encore exécuter à Saint-Érasme, église à quatre milles de Guhbio, une fresque que la duchesse lui avait commandée et qu'il promit de faire le plus tôt possible. Cette église de Saint- Érasme ayant été badigeonnée entièrement, on n'y voit plus trace de peinture.

VI. LoRENzo et Jacopo di San Severino exécutèrent en collalioration des peintures .à fresque dans l'oratoire de S. Giovanni Battista à Urbin , peintures qui en partie sont encore bien conservées. Le sujet principal, qui représente le Crucifiement, offre quelques beautés de détail, que déparent le mouvement exagéré des figures et l'inexpérience des raccourcis. Dans le Saint Jean prêchant et dans le Baptême du Christ, qui sont deux tableaux plus petits, on remarque beaucoup de têtes expressives; ce sont sans doute des portraits des bourgeois de la ville. Le dessin du nu est maladroit et la couleur dure. Cependant les différents sujets empruntés à la vie de saint Jean-Baptiste sont traités d'une manière très-inégale; ainsi, par exemple, la Naissance de saint Jean-Baptiste et le Baptême du Christ accusent le style du quatorzième siècle , et pourraient être attribués à Lorenzo , lequel avait réellement plus de talent que son jeune frère Jacopo, dont les tableaux, entre autres la Prédication de saint Jean, offrent pourtant les caractères d'un art moins gothique. Sur les peintures on lit : ANKO. domini. mccccxvi. de xviii. nui. lavrentivs.

DE. SANTO. SEVERINO. ET. lACOBVS. FRATER. EIVS. HOC. OPVS. FE- CERVNT.

Il est incontestable que Lorenzo était le plus habile des deux frères, comme on peut en juger d'après un tableau d'autel, qui est dans la sacristie de l'église S. Lucia à Fabriano, et qui porte cette inscription : lavrentivs. ii. severinas. pïsit. C'est une Vierge sur fond d'or ayant sur ses genoux l'enfant Jésus , qui met un anneau au doigt de sainte Catherine de Sienne , agenouillée devant lui. Saint Dominique, en admiration, est debout derrière la sainte ; à droite saint Antoine, évoque de Florence, avec le

])ienlieureux Constanzo, à genoux auprès de lui. Cette scène est dominée dans le haut par un chœur d'anges qui jouent de divers instruments. Des fleurs et des fruits sont déposés sur le^ marches du trône, comme symbole des joies terrestres. Les contours du dessin, qui sont très-vigoureux, manquent de correction; les formes ne sont pas toujours belles ou étudiées, mais les têtes sont pleines de vie et de charme.

Les peintures à fresque qu'on voit dans la chapelle collatérale, ou plutôt de l'ancienne église S. Niccolô de Tolentino, à Tolentino, et qui représentent l'histoire du patron de cette église, pourraient bien être aussi l'ouvrage des frères San Severino. Mais on doit déplorer que ces peintures aient beaucoup souffert et qu'elles soient en grande partie repeintes ; cependant les Évangélistes et les quatre Pères de l'Eglise qui ornent la voûte,, sont encore dans un état passable.

VIL Gentile da Fabriano peignit, depuis le commencement du quinzième siècle jusque vers 1450, tant à Venise, à Florence et à Rome, que dans le duché d'Urbin, principalement à Gubbio et dans la Marche d'Ancône, comme le rapportent Vasari et d'autres écrivains. Ce maître fut très-célèbre de son temps, mais toutefois bien peu de ses ouvrages se sont conservés jusqu'à nos jours.

Pendant l'occupation française, son célèbre tableau représentant une Madone fut enlevé de dessus l'autel de la Romita in Val di Sasso, et transporté à Milan, tandis que trois autres tableaux, qui accompagnaient celui-ci et qui représentent Saint Jean-Baptiste et quelques saints Franciscains, passèrent dans la collection du comte Rosei, à Fabriano ; mais ces quatre tableaux ne sont pas de la même beauté que l'Adoration des mages, qui est exposée dans la galerie de l'Académie de Florence, et dont une gravure a été publiée dans la description de cette galerie.

Selon une ancienne version, le tableau de l'autel de la Romita représentait le Couronnement de la Vierge entourée de saint Jérôme, de saint François, de saint Dominique et de sainte Marie- Madeleine. (Voy. Memorie storiche délie Arti e degli Artisti délia

Marca di yincona, del raarchose Amico Ricci. Macerata 1834. Tome I. pp. 145 et 152.)

Un tableau de ce maître, représentant un Christ en croiX;, fut vendu ù Ancône, il y a peu d'années. *

Un autre Couronnement de la Vierge, sur fond d'or, ainsi qu'un Saint François recevant les stigmates , peint sur le revers du panneau, était autrefois en grand honneur à Fabriano; on les 'portait, par la ville, dans les processions aux grandes fêtes. Nous les avons vus, en 1835, dans la maison Bufera, à Fabriano.

Ces indications peuvent suffire, puisque nous ne devons citer que les ouvrages du maître qui se trouvaient dans les environs d'Urbin, et qui furent probablement étudiés par Giovanni Santi et par Raphaël.

Nous sommes forcé d'omettre beaucoup de peintres dont les noms se trouvent mentionnés dans de vieux registres ou dans des actes publiés de 1421 à 1479, mais qui sont tout à fait inconnus, du reste, et dont les ouvrages ne se sont pas conservés. (Voyez P. L. Pungileoni, Elogio storico di Giovanni Santi, pp. 47-51.)

VIII. Maître Justus de Gand. — Il paraît que cet élève des frères van Eyck a visité plusieurs fois l'Italie, car nous trouvons, dans le couvent de S. Maria in Castello, à Gènes, un tableau à la détrempe peint par lui sur le mur d'un corridor et représentant l'Annonciation, figures de grandeur naturelle. Ce tableau, signé : Justus de Allemagna pinxit iAoi . E , R. D. Z., est traité dans la manière des van Eyck. Plus tard, en 1474, maître Justus de Gand reçut d^ la confrérie del Corpo di Cristo la somme de 300 ducats, pour le tableau que cette confrérie lui avait demandé : les dons destinés à faire exécuter ce tableau d'autel avaient été déjà recueilhs depuis 1465. Les documents suivants, qui se rapportent à ce tableau, sont inscrits dans le livre B de la confrérie :

Au feuillet 4 : « 1465. Marzo 31. Giovanni de Luca altram. Zaccagna deve dare fiorini 33 e bol 22 délia promessa che fece per la tavola. »

Feuillet 33 : « 1468. Tre partite pagate per l'elemosina pro-

iiiessa por la tavola a conto di Battisto (di maestro Agostino Santucci medico). »

Feuillet 75 : « 1474. Marzo 7. Fiorini lo d'oro dati dal conte Federico pcr aiuto délia spesa délia tavola a Guido di Mengaccio per la fratcrnità. »

Feuillet 73 : « 1474. Ottobre 25. Fiorini 40 e bologn. 33 1/2 spesi in pezzi 4700 d'oro battuto per la tavola » (pour la dorure du cadre).

« A di d". Fiorini 300... A maestro Giusto daGuanto depintore per fiorini 250 d'oro a lui promessi per sua fatica per depingere la tavola délia fraternità. »

Feuillet 74, au verso : « A di d". Fiorini 250 d'oro, li d. sono per tanti che Guido di Mengaccio ha dato contanti a maestro Giusto da Guanto depintore per la promessa gli lu fatta per dipingere la tavola. Avemone el queto per mano di ser Francesco di Pietro da Spelle, et anche è accesa la scripta tra noi e maestro Giusto, et è in mano di Giolianni di Luca perché non fece el dovere, e da noi fu intieramente pagato a conto di Guido in questo a carte 73. Lire 600. »

Ce tableau d'autel fut placé, après la sécularisation de la chapelle de la confrérie, dans l'église de Sainte-Agathe, à Urbin, où il est encore; il représente la Cène. Le Christ, debout devant la table, dans -une vive attitude, distribue la sainte hostie aux apôtres agenouillés autour de lui. Saint Jean apporte le vin; deux anges l'aident à faire le service. Dans la salle, qui ressemble à une église, figure aussi le duc Federico avec deux personnes de sa suite ; un homme, la tête couverte d'un turban, se tient auprès de lui. Selon Baldi, ce serait l'ambassadeur ' que le scliah de Perse, Ussun Cassan, envoya aux princes de l'Europe pour les coaliser contre Mahomet II, et qui vint à cette époque (1474) à la

1. Il s'appelait (alheriiio Zcuo; il était natif de Venise, et il fut envoyé, en 1472, par la Hopublique, en mission diplomatique à la cour de Perse. Lorsque Zeno reviat de cette mission vers 1474, Ussun Cassan l'accrédita comme ambassadeur de Perse près les cours chrétiennes. (Yoy. Sisraondi, lluloirc des Républiques iUiliennes. t. x, p. 375.)

cour d'Urbin, circonstance dont le duc Federico voulut perpétuer le souvenir dans ce tableau.

L'ordonnance de cette composition est d'une beauté remarquable; elle offre de grandes masses; elle est riche en motifs pittoresques ; les caractères des têtes sont pleins de dignité ; on ne peut critiquer que le mouvement trop foi'cé de la figure du Christ.

Le dessin en général et surtout celui des mains est très-distingué; le coloris, vigoureux et limpide, est assez analogue à celui de Hugo van der Goes, dans ses tableaux de Florence.

Ce superbe tableau, d'environ dix pieds carrés, est généralement bien conservé ; il semble seulement avoir un peu souffert de la sécheresse. Autrefois il était accompagné d'un gradin représentant les Miracles du Saint-Sacrement.

Ce renseignement se trouve dans un manuscrit des archives de la confrérie del Corpo di Cristo. Ce manuscrit , intitulé : « Dcscrizione délia antica Chiesa fatta d'ordine del Sig. D. Lattanzio Valentinî Priore, e di tutta la sua suppellettile , » nous fournit le détail suivant : « Il quadro dell' altar maggiore è dei primi che si dipingessero a olio in tavola rappresentante la Cena degli ApostoU è di mano di Giusto Tedesco pittore habitante in Urbino del tempo del duca Federico Monfeltrio, la cui effigie in csso è dipinta, ed anche dell' istesso pittore, e d'altri. L'ornamonto è di legno indorato antico con la base in cui si vedono alcuni miracoli del SS. Sacramento. »

Justus de Gand peignit aussi une bannière pour la même con- • frérie, et, d'après la mention qui en est faite dans le livre B de la confrérie, on peut croire que ce (ut par reconnaissance, vu qu'il est question de sa peinture, mais nullement de payement. Voici le passage en question :

Feuillet 82. « 1475. Giugno 5... E più tela a maestro Giusto depentore che diceva voler fare un insegna bella per la fraternità. » Mais cette bannière s'est perdue, aussi bien que le gradin dont nous avons parlé plus haut.

Quoique l'on ne puisse pas prouver que le séjour de Justus de

Gand à Urbin ait eu une influence directe sur les peintres de cette ville, il s'est pourtant conservé quelques tableaux qui, quoique peints- par des Italiens, présentent quelques points de ressemblance avec la manière de l'ancienne école des Pays-Bas. Entre tous ces tableaux, il faut en citer six, de forme allongée, représentant des figures isolées d'apôtres debout dans des niches, que Michel Dolci attribue sans raison à Pietro délia Francesca, mais qu'un écrivain allemand restitue à un élève de van Eyck. (Voy. Muséum du 2 déc. 1833.) En outre, il y a, dans la sacristie de l'oratoire S. Giovanni Battista, à Urbin, un tableau à la détrempe, composition faible d'ailleurs, où se fait sentir incontestablement l'influence néerlandaise.

IX. Paolo Uccello de Florence peignit aussi pour la confrérie du Corpus Domini, à Urbin, comme on le voit dans le livre B, feuillet 34 de cette confrérie : « 1468. Agosto 10. Batista di maestro Agostino Santucci (medico) duc. due d'oro a Paulo Uccelli. » Paolo Uccello est encore cité ainsi plusieurs fois, par exemple feuiflet 44 : « 1468. Ottob. 31. Fiorini tre a Paulo Uccelli e fiorini doi quando tornô da Fiorenza, etc. » Malheureusement il n'existe plus rien de ses ouvrages à Urbin.

X. Pietro bella Francesca, de Borgo di San Sepolcro, demeurait, en l'année 1469, chez Giovanni Santi, suivant le livre B, ci-dessus cité, f» 51. « 1469 aprile 8. Bolognini 10 dati a Giovanni di Santé da Colbordolo per fare le spese a maestro, Piero del Borgo cli'era venuto a vedere la tavola per farla a conto délia Fraternità. »

Au nombre des tableaux que Pietro délia Francesca exécuta alors à Urbin, il faut rappeler les portraits déjà cités du duc Federico et de son épouse Battista Sforza, qui sont maintenant dans la galerie de Florence. Ils appartiennent à un diptyque, dont les volets offrent à l'intérieur les deux portraits vus de profil, avec des fonds de paysage. Sur le revers du panneau avec le portrait du duc, on voit représenté ce prince couronné par la Victoire et assis sur un char triomphal que traînent des chevaux guidés par l'Amour, avec ces vers latins :

Claïus insigni veliitiir Irionipiio, Quem pareni summis diicibiis perhennis Fama virtulum célébrât decenler Sccptra lenenleni.

Sur le revers de l'autre panneau, la duchesse, également assise sur un char, a devant elle les trois Vertus théologales, et deux autres figures de femmes derrière elle. Le char est traîné par deux licornes et conduit par l'Amour. Ces vers latins sont inscrits sur le panneau :

Que modum rébus tenuit secundis Coniugis niagni decorata rerum, Laude gestarum volitat per ora Cuncla virorum.

Maître Pietro peignit encorC;, à Urbin , un petit tableau allégorique, qui, selon la tradition, aurait été donné par le duc Federico à la sacristie de la cathédrale. Ce tableau représente la Flagellation du Christ devant Pilate; au premier plan, on remarque trois jeunes seigneurs, dont l'un, à droite, est vêtu d'une riche étofife de brocard d'or, traitée dans la manière néerlandaise. Auprès de ces jeunes gens, on lit ces mots : Convenerunt inunum. Ce serait, dit la tradition, une satire contre trois princes ennemis du duc. Ce petit tableau, très-délicatement exécuté, porte encore cette inscription : OPVS PEÏRI DE BVRGO SCI SEPVLCRI.

On trouve encore des tableaux plus importants de ce maître à Arezzo et dans sa ville natale ; comme Vasari ne les cite que très-superficiellement, nous en donnerons une description plus complète.

Il faut d'abord citer, parmi les ouvrages de sa jeunesse, les peintures de l'autel , dans la sacristie du Dôme , à Città di Borgo di San Sepolcro, Le sujet principal est le Baptêmadu Christ; les tableaux qui forment pendants de chaque côté représentent les apôtres saint Pierre et saint Paul. D'autres petites figures de saints ornent, eu outre, l'architecture de l'autel, et le gradin est décoré d'un Crucifiement, avec quatre sujets empruntés à la vie de saint Jean-Baptiste. C'est un faible ouvrage du maître. Selon

la traduction allemande du livre de Vasari, le tableau principal du milieu serait seul de Pietro; les autres, exécutés par une raain inconnue, auraient été en partie repeints.

Le tableau d'autel, qu'on voit dans le chœur de l'église de Sainte-Marie des P.P. Serviti, est déjà meilleur que les précédents, quoiqu'il appartienne encore à la première manière du peintre. C'est une Assomption de la Vierge. Elle est assise, vêtue de blanc, sur un trône, entourée de deux chœurs d'anges; c'est une belle figure, et la tète est remplie de grâce. Les apôtres jettent des regards étonnés dans le tombeau d'où elle vient de sortir. Dans le haut, on voit le Christ avec les patriarches et les prophètes.

On trouve, dans la sacristie de la même église, d'autres tableaux qui faisaient sans doute autrefois partie de l'autel; ce sont deux voleta représentant saint Jean-Baptiste et saint Antoine, saint Paul et sainte Lucie; dans deux médaillons du haut, on voit les deux personnages de l'Annonciation, en demi-figures.

Le meilleur ouvrage de Pietro est, sans contredit, la grande peinture à fresque qui couvre la muraille dans le magasin actuel du mont-de-piété de la ville. Le Christ, sortant de son tombeau avec la bannière triomphale, est une figure véritablement grandiose et digne. Les quatre soldats endormis, au premier plan, témoignent d'une grande intelligence de dessin et de modelé dans leurs raccourcis. Les têtes sont d'une vérité étonnante, et l'exécution générale de la fresque est magistrale.

A l'oratoire de l'hôpital de Borgo di San Sepolcro, il y a aussi un excellent tableau d'autel, du même peintre. Le sujet principal est une Madonna délia Misericordia ou del Popolo. Aux deux extrémités du manteau flottant de la Vierge sont agenouillés quatre hommes à gauche et quatre femmes à droite. Toutes ces figures sont des portraits ^ Dans les autres compartiments du tableau se tiennent saint Sébastien, saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Bernardin. Les panneaux, qui accompagnent

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