Reproduite dans l'ouvrage de Rosini, pi. LU
autrefois aux Orfanelli, mais il passa dans les mains du libraire Baduel, à Pérouse. Les draperies et le paysage de cette Annonciation rappellent, quoiqu'ils soient plus raidcs et moins délicats, les ouvrages de fra Angelico d^i Fiesole; la couleur s'en rapproche aussi, bien qu'elle soit moins limpide que celle du maître florentin. Dans cette belle peinture, les ornements et quelques vases sont très-fortement rehaussés d'or '.
A Pérouse, on conserve encore d'autres ouvrages de Buonfigli : à S. Pietro Maggiore,il y a une Vierge avec le Christ mort sur ses genoux, entourée de saint Jérôme, assis près d'un pupitre, et de saint Léonard, les jambes serrées dans un instrument de supplice ; ce tableau porte la date de 14G9.
BuonCgli peignit, pour la confrérie de S. Bernardino, une grande toile, vraisemblablement une bannière, avec un saint Bernardin de Sienne qui intercède pour la confrérie auprès du Christ entouré d'anges. Dans le bas, deux sujets de petite dimension représentent saint Bernardin brûlant des livres et des armes pour le rétablissement de la paix à Pérouse, et la distribution des cierges par Pie II, en 1459. Dans ces sujets il y a beaucoup de figures-portraits, faut hommes que femmes. Au fond, on reconnaît les deux églises voisines, S. Bernardino et S. Fi^ancesco, ce qui sert à fixer la date de ces peintures, puisque S. Bernardino ne fut bâti qu'après 1461.
On montre encore, dans la sacristie de la même église, deux anges peints par BuonfigU, et dans celle de S. Franccsco deux autres tableaux du même maître, avec deux anges tenant les instruments de la Passion. Ces tableaux sont réunis dans un seul cadre avec des tableaux de Fiorenzo da Lorenzo. Deux autres tableaux avec deux anges semblables (c'étaient probablement des tableaux votifs) se trouvent à l'Académie de Pérouse. Ces différents tableaux sont tous de très-faibles productions ; nous ne les indiquons ici que pour compléter le catalogue des œuvres du maître.
Nous ajouterons que, selon A. Mariotti, notre artiste eut à
1. Ueproiluit dans l'ouvrage de Uosiiii {pi. XXXVni), qui l'attribue à Geutile da Tabriauo.
peindre, en 1459, dans le réfectoire des Prieurs, le portrait de Brulus, qui est aujourd'hui absolument effacé. Vasari rapporte, en outre, dans la Vie du Pinturicchio, que Buonfîgli travailla beaucoup avec ce dernier au Vatican.
Nous ne savons rien de la vie du peintre, si ce n'est qu'il avait une femme du nom de Gioliva di Menicuccio di Agostino, qui lui causa tant de chagrins, qu'il intenta contre elle une action judiciaire en 1483 et 1486, et qu'il n'eut de repos qu'après l'avoir jetée dans un nouveau procès. C'est en haine de sa femme que Buonfiglio fit son testament en faveur de l'église des Dominicains, dans laquelle il demanda à être enterré, à la porte d'entrée, nommée del Castellare.
FiORENZO DI LORENZO. — Plus jeunc que Buonfiglio, Fiorenzo était aussi plus heureux et plus considéré à Pérouse : en 1472, il devint un des décemvirs de la villei Le 9 décembre de la même année, il passa un contrat avec le vice-prieur du monastère S. Maria Nuova pour peindre une Assomption de la Vierge pour le maître-autel, au 'prix, assez élevé, de 225 ducats. D'après le contrat qui existe encore, il devait y représenter la Vierge et l'enfant Jésus dans une gloire, avec saint Pierre, saint Paul, saint Benoît et saint Sylvestre d'un côté, et de l'autre côté saint Jérôme, saint Ambroise, saint Nicolas et le bienheureux Paolino ; de plus, les douze apôtres et beaucoup d'autres figures dans les ornements.
Tous les renseignements manquent quant au sort de ce tableau. Mais toutefois, Mariotti s'est trompé quand, d'après une fausse indication de Crispoli, qui avait vu une Annonciation sur le maîtreautel, il suppose que ce sujet fut peint par Fiorenzo, au lieu de l'Assomption qu'on lui avait commandée. Le tableau de l'Annonciation existe encore dans l'église, mais c'est un ouvrage de Niccolo Alunno.
Cependant, comme à l'Académie de Pérouse on conserve les fragments d'un grand tableau d'autel avec les figures analogues au tableau de l'Assomption que Fiorenzo devait peindre pour le monastère de S. Maria Nuova, et comme l'exécution de ces figures
se rapporte assez à la première manière de Fiorenzo, il ne serait, pas impossible que ce fussent les peintures que nous cherchons. Sur un des tableaux on voit la sainte Vierge assise, avec l'enfant Jésus sur des nuages et deux anges en adoration au-dessous. Puis, quatre tableaux avec les figures de saint Pierre, saint Jean, saint François et saint Antoine, sur fond d'or. Puis, un saint Sébastien avec une figure-portrait agenouillée, quatre autres saints sur fond d'or et les deux figures de l'Annonciation. Enfin, deux gradins d'autel contenant sept médaillons avec demi-figures sur fond d'or. Toutes ces figures sont d'un beau caractère ; seulement les traits de la Vierge manquent de finesse, car elle a les narines et les lèvres un peu fortes. La tête du saint Sébastien, en revanche, rappelle, par sa suave expression, celle d'un ange d'un tableau du même maître qu'on admire dans l'église de Saint-Augustin, à Pérou se.
La seule inscription dans laquelle ce maître soit nommé se trouve sur les fragments d'un grand tableau d'autel conservés dans la sacristie de l'église des Franciscains de la même ville, fragments qui ont été réunis, dans un cadre, aux anges, déjà cités, de Buonfigli. La partie supérieure de ces peintures forme un demi-cercle où sont la Vierge et l'enfant Jésus, entourés de chérubins, et, plus bas, deux anges de chaque côté. Dans le gradin, trois médaifions : saint Bernardin au milieu, et deux évêques, de chaque côté. Deux autres cadres suspendus dans la même sacristie renferment les apôtres saint Pierre et saint Paul, avec cette inscription sur la bordure de leur manteau : FLORENTIVS. LAVRENTiï. F. PINSIT. MCCCCLXXXVn.
Le style do ces tableaux semblerait appartenir à une plus ancienne école, car il est dur et rude dans les contours, blafard et dépourvu de suavité dans la couleur ; le dessin, cependant, est généralement bien compris; les étoffes, à petits plis anguleux minutieusement brisés, sont très-étudiées, dans la manière du Mantegna. Les caractères des têtes, remplies de dignité et de vérité, ont une beauté 'véritable, surtout dans les anges et les enfants. Comme Fiorenzo occupe une place isolée et originale parmi les
408 ESSAI SUR LES PEINTRES DE I/OMIîniE
peintres de l'Orabne, il faut admettre qu'il s'est formé hors de l'influence des peintres de ce pays, peut-être chez Squarcione, le maître du Mantegna, avec lequel il offre parfois quelque ressemblance. Comme nous venons de le remarquer, du reste, ses tableaux rappellent aussi ceux des Vivarini, peintres à Venise, qui travaillèrent beaucoup pour la Marche d'Ancône.
Parmi les ouvrages de Fiorcnzo conservés à Pérousn, nous devons encore signaler une Vierge^ dans le palais du gouvernement. Cette Vierge se trouve dans un cinlre au-dessus delà porte d'entrée de la salle del Cadastro nuovo. La Vierge, derai-figure, tenant l'enfant Jésus qui ])énit le monde, est entourée d'ane gloire de chérubins, avec deux anges en adoration de chaque côté. Les têtes ont beaucoup de grâce; les mains sont d'un dessin intelligent et se recomriiandent par la délicatesse de leur forme.
Nous citerons enfin de ce maître un plus pciit tableau de Vierge, tableau très-vénéré, qui se trouve dans une chapelle latérale de l'église des Augustins à Pérouse. La Vierge, environnée d'anges, est assise avec l'enfant Jésus, dans une couronne de. fleurs peinte en grisaille, semblable à un encadrement de sculpture. La tête de cette Vierge est d'une beauté tout à fait remarquable, tandis que celle de l'enfant Jésus ne semble pas avoir le même mérite, ce qui provient peut-être do ce que cette tête se trouve à demi couverte et déformée par une couronne d'argent qui y est attachée et qui la cache en partie.
Il ne faut pas oublier de rappeler que Fiorcnzo peignit des bannières pour les trompettes du magistrat, en l'année JoOl, et qu'il vivait encore en 1521, puisqu'on a de lui une expertise faite cette année-là, de concert avec Tiberio d'Assisi, au sujet d'une peinture que Giacomo di Gugliehno di ser Gherardo avait exécutée à Castello délia Pieve.
Nous ne répéterons pas ici ce qui a été dit par M. von llumohr sur la pâle peinture murale d'une Vierge avec des saints, exécutée par Matteus de Gnaldo, et d'une autre fresque pi-él'érable à celle-ci et qui lui est postérieure, peinte par Petrus Antonius Mesastris de Fuligno en l'église S. Antonio di Via superba, à
ESSAI SUR Lt;S PEINTRES DE L'OMHRIE. 459
Assise. Nous ajouterons seulement que, dans un cintre au-dessus do la porte du couvent de Sainte-Lucie à Fulii^uo, on voit une autre peinlurn de ce dernier maître, très-inférieure à celle-là, et qui représente au milieu la sainte Vierge; à droite, sainte Claire, et, à gauche, sainte Lucie. Cette peinture porte cette inscription : Opus Peirus Anioniiis Mesastris de Fulginei pirmt 1-471. C'est par cette inscription que nous connaissons le nom de famille du peintre'. Nous remarquerons aussi la fresque de Fuligno , où nous retrouvons une seconde fois saint Jacques et saint Antoine avec le jeune S. Anzano. On peut constater deux faires absolument difïerents dans le même ouvrage : car le saint Antoine est exécuté complètement dans la manière de Pictro Antonio da Fuligno, tandis cjue saint Jacques, qui a les yeux levés au ciel, le S. Anzano, en costume de l'époque, tenant son cœur et son foie, et enfin le fond du paysage, rappellent tellement la manière de Bernardino Pinturiccliio, qu'on peut affirmer que ces figures furent exécutées par ce dernier, qui travaillait peut-être comme aide du vieux maître. Si de ce fait isolé ressort une relation quelconque entre l'école de Pérouse et celle de Fuligno, la difïéren(îe du faire chez les deux peintres prouve au moins que Mesastris n'eut pas d'influence sur le Pinturicchio, ni en général sur l'école de Pérouse. On ne saurait nier toutefois que Niccolô Alunno, qui était également de Fuligno, n'ait eu sur les peintres de Pérouse cette influence que nous ne pouvons attribuer à Mesastris.
NiGCOLo Alunno de Fuligno. — C'est lui qui a donné à ses œuvres cette tendance particulière et vraiment originale qui caractérise l'école d'Ombrie et que l'école de Pérouse a si ardemment cherchée pendant la seconde moitié du quinzième siècle et au commencement du seizième. Ses premiers ouvrages rappellent parfois encore la manière qui était traditionnelle avant lui, comme par exemple la Vierge entourée d'anges, peinte en 1465, actuellement à la galerie de la Brera à Milan. Mais son Annonciation, de l'année 1466, offre une telle douceur dans l'expression, une
i. Voyez le Mémoire du cK Gayc, dans le Kunslblall du 19 octobre 1837.
4i0 ESSAI SUK LES PEINTRES DE L'OMBUIE.
telle grâce dans la forme des têtes, malgré la dureté des contours, que cette peinture annonce déjà l'aurore d'une nouvelle et belle époque de l'art. A la vérité, Alunno n'était pas ce qu'on peut appeler un grand génie; il ne possédait pas le don de l'invention comme son contemporain Luca Signorelli; mais ses personnages ont quelque chose de si suave , qu'ils attachent et ravissent le spectateur ; c'est surtout ses têtes de femmes et d'anges qui expriment toujours une douce pureté de sentiment. On connaît de lui plusieurs figures de saint François qui se distinguent tout(;s par une expression de foi brûlante portée à la plus langoureuse extase ; quant à ses figures d'hommes, elles ont, en général, un sérieux saisissant. Sa manière de traiter la détrempe accuse un faire délicat plutôt que mâle, qui n'exclut pourtant pas certaine fermeté. Ses ombres, surtout dans les chairs, affectent un ton brunâtre plus prononcé que celui de Pictro délia Francesca, mais moins fort que celui de Luca Signorelli. En général, le coloris de sa peinture à la détrempe a quelque chose de vigoureux, qui la distingue complètement de celle de Fiorenzo. Le catalogue assez étendu de ses ouvrages encore existants est le meilleur témoignage de la prodigieuse activité qu'il a déployée on Ombrie et dans la Marche d'Aucône '.
L'éghse des Franciscains à Diruta, entre Pérouse et Todi, possède le plus ancien ouvrage d'Alunno. Le tableau du maître-autel montre au milieu la sainte Vierge sur le trône (nommée Madonna de Consoli), adorant l'enfant Jésus, qui est couché sur s.cs genoux. A droite est agenouillé saint François; à gauche, saint Bernardin, et, au bas du trône, une figure de plus petite dimension, Johannes Rubeus, le donataire. La Vierge est environnée d'une foule d'anges, du style le plus gracieux, et, dans l'encadrement gothique, on voit encore plusieurs demi-figures d'anges, avec l'inscription : NICOLAVS. DE. FVLGINEO. PLNXL MCCCCLVIIL
L'Annonciation, que nous avons déjà citée comme existant à l'église S. Maria Nuova de Pérouse, est peinte sur une grande
1. Comparez les LelUrc piU. perug., p. 12S, et le Mémoire du d'' Cayc, dans le SiilUgarier h'unslblalt, du 19 et du 25 octobre 1837.
ESSAI sua LES PEINTRES DE L'OMBHIE. 4il
toile. Dans la parlio supérieure du tableau, Dieu le Père, entouré d'anges et de cliéruijins, envoie le Saint-Esprit à la sainte Vierge. La tête de l'ange Gabriel , vue de profil , est de la plus parfaite beauté , et l'on ne peut trop admirer l'expression de modestie répandue sur le visage de Marie. Les figures des deux saints en adoration et des deux autres assistants sont beaucoup plus petites que celles de l'ange et de la Vierge. La peinture ne porte que cette inscription : SOTIEÏAS. ANVNTIATE. FECIT. FIERL HOC. OPVS. A. D. MCGCCLXVL
Un bel ouvrage d'Alunno se trouve dans l'église du castol de S. Severino. C'est un tableau d'autel, en cinq compartiments. Le tableau du milieu représente la sainte Vierge portant dans ses bras l'enfant Jésus, qui est remarquable par la vivacité de ses mouvements. Elle est entourée d'anges qui jouent do différents instrumciiits. Cette inscription se trouve peinte en or sur les marches du ttrône : MCOLAVS. FVLGINAS. PLXXIT. MCCCGLXVIIL Le Père Eternel, tenant une couronne, figure au haut de l'ogive du tableau. Sur les volets, de chaque côté, sont les figures isolées de l'apôtre saint Jacques et d'un saint évêque, à gauche ; à droite, saint François en extase devant l'enfant Jésus (c'est une des figures les plus profondément senties du maître) et saint Sébastien. Dans les frontons de ces volets, deux prophètes et une Annonciation. Le Sauveur et ses douze apôtres, sur fond d'or, composent la décoration dn gradin.
A S. Francesco de Gualdo, près de la route de Furlo, est un des tableaux les plus remarquables d'Alunno. Le sujet principoil représente la sainte Vierge assise sur un trône et tenant l'enfant Jésus nu sur ses g(moux, lequel étend les bras vers un ange qui lui présente des fruits, mais en interrogeant du regard la volonté de sa divine mère. Cette charmante scène est entourée de plusieurs anges pleins de grâce. Aux deux côtés de ce tableau figurent les apôtres saint Pierre et saint Paul, les saints François et Bernardin. Dans la partie supérieure du grand tableau, au milieu, un Ecce Homo, et au-dessus Jésus, tenant un livre; dans les quatre autres compartiments des volets sont des saints en demi-figures.
4i2 ESSAI SUR LES PEINTRES DE L'OMBRIE.
Dans l'encaclrement il y a aussi, de chaque côté, six saints, sur fond d'or. Dans le gradin manque le panneau du milieu, qui est entouré d'anf^es; les autres panneaux représentent des Pères de l'Éf^lise et des saints Franciscains , avec cette inscription : NICOLAVS. FVLGINAS. PINXIT. MCCGCLXXI.
Un ouvrage moins important d'Alunno, c'est une hannière de confrérie qui était autrefois à Assise , et qui appartient actuellement à un amateur allemand. La partie supérieure, se terminant en une ogive, représente la Flagellation du Christ, avec l'inscription : HOPVS. NICOLAI. FVLGINAÏI. ii68. Dans la partie inférieure, on voit saint Grégoire entouré d'une confrérie pénitente et de beaux anges voltigeant dans l'air. Du côté opposé, il y a un Clirist en croix, avec saint François et un squelette.
A l'bopital d'Arcevia, près Fuligno , est un autre tableau d'Alunno rfiprésentant la Vierge assise sur un trône, adorant l'enfant Jésus qui tient une banderole , sur laquelle on lit cette inscription : Per li dolci pregi dclla mia diletta madré et del martire Sebastiano et del divolo Franeesco io benedico questi miei confrati. 1482. A droite, saint François debout; à gauche, saint Sébastien vêtu. Derrière ce tableau est représentée l'Annorciation.
Dans la sacristie de l'église principale de Nocera, près de Fuligno, on trouve un tableau d'autel peint par Alunno, et tout à fait semblable à celui de Gualdo. Sujet du centre : la sainte Vierge, agenouillée sous un baldaquin (un peu maniéré), dont deux anges écartent les rideaux, adore l'enfant Jésus, qui de la main gauche tient une banderole avec cette inscription : Per li dulci pregi délia mia diletta madi^e de bona volunta benedico el populo di nuocera. Trois anges sont prosternés en adoration auprès de la Vierge ; au côté droit, saint Laurentius et saint Rainaldus debout; à gauche, saint Francissimus, figure juvénile en jaquette rouge, dans le costume du temps, et saint François. Dans l'ogive du tableau central est un Couronnement de la Vierge, de la plus exquise beauté, et au-dessus le signe de saint Bernardin : IHS (Jésus hominum salvator). Dans les quatre pignons des côtés, les demi-figures de saint Sébastien, de saint Jean-Baptisîe, de
l'apôtre saint Paul et de sainte Catherine. Dans le gradin, les demi-figures des douze apôtres, séparés par des pilastres, avec des séraphins et des anges. Cet excellent tableau, d'une ])onne conservation, décorait autrefois le maître-autel; il est peint sur fond d'or et porte celte inscription : HOPVS. NICOLAI. FVLGI- NATIS. MCCCCLXXXIII.
Le maître-autel de l'église des Augustins S. Ni(;colô à Fuligno était autrefois décoré d'une grande composition d'Alunno : il s'en est encore conservé quelques parties. Le tal)lcau entier fut transporté à Paris par les armées françaises après le traité de Campo Formio, mais il n'en revint en Italie, après le traité de paix de I8I0, que quelques fragments. Dans le tai^leau du milieu de la partie inférieure est représentée la Naissance du Christ, ou son adoration par la Vierge et saint Joseph. Le compartiment au-dessus, qui paraît avoir été détruit, contenait la Résurrection du Christ. Au has", de chaque côté, sont des figur(>s isolées. La plus importante, saint Nicolas, évêque, contemple l'enfant Jésus avec ravissement; la draperie de son vêlement rappelle la manière gi-andiose de Signorclli; puis, saint Sébastien, l'archange Michf 1 et saint Jean l'Évangcliste. Dans la partie supérieure, il y a des demi-figures de saints. Le gradin, qui est resté au jnusée de Paris ', renferme six sujets : le Christ sur le mont des Oliviers, la Flagellation, le Portement de croix, le Crucifiepient, Joseph d'Arimathie et Nicodème sur le chemin du Calvaire, et un cartouche soutenu par deux anges, sur lequel on lit l'inscription suivante ^ : '
1. N° 31 du catalogue (l''" partie : Écoles d'Italie et d'Espagne). On y trouve cette traduction des vere latins inscrits dans le cartouche : « Au lecteur. — Par son testament la pieuse lirisida ordonna de repeindre ce noble ouvrage. 0 présent trop agréable à Dieu ! Si tu demandes le nom de l'auteur, c'est Nicolas Alunno de l'uligno, digne fleuron de sa pairie. Quinze fois cent années moins huit s'étaient écoulées lors(|ue la dernière main y fut apposée. Mais qui eut plus de mérite, je t'en fais juge, lecteur, de Brisida qui l'a commandé ou de la main qui l'a exécuté? " — {I\'ule de féditcur.)
1. Comparez Leltere pill. pcrug., p. 129. C'est la seule inscription dans laquelle se trouve indicpié le nom de famille du peintre. Vasari, dans la Vie de Bernardino rinturicchio, le nomme également Alunno.
AD LECTOREM.
Nobile testata est piiigi pia Brisida quondani
Hoc opus. 0! nimium munera grata Deo.
Si pelis aiictoris nomen : Nicholaus Alunnus
Fulginis, patrie pulcra corona suaî Octo quincties centum de millibus anni.
Cum manus imposita est ultima vanuerant. Sed quis plus meruit, quœso, te judice, Lector,
Cum causam dederit Brisida et ille nianum?
Le cinquième vers nous donne la date de 1492.
Selon A. Mariotti, ce tableau aurait été commandé par Brigida di Giovanni degli Elmi, épouse de Niccolo de' Picclii de Fuligno. Mnriotti a tiré ce renseignement de la Vita di S. Feliciano, de Jacobilli. (Lib. T, p. 89.)
Dans la même église, sur un autel à droite, est encore un tableau d'Alunno, représentant le Couronnement de la Vierge entourée d'une auréole de séraphins. Saint Antoine, abbé, et saint Bernardin de Sienne, petites figures, sont agenouillés dans le bas. Le gradin a trois compartiments avec des médaillons qui contiennent le Christ mort, la Vierge et saint Jean.
Quelques tableaux à fresque du maître se sont aussi conservés dans l'église S. Maria fuori la Porta, à Fuhgno. L'un représente la Vierge avec saint Jean l'Évangéliste; figures de grandeur naturelle. Cet ouvrage, d'un ordre très-inférieur, porte une inscription à demi effacée. H y a une fresque plus remarquable, représentant saint Roch et deux anges, sur le dernier pilier de la même église. Seulement cette fresque a beaucoup souffert.
Une s'est conservé que quelques parties séparées des peintures de l'autel du dôme d'Assise, tant admiré par Vasari : la Vierge, entourée de quatre anges, forme le sujet du tableau principal. Deux autres tableaux accessoires représentent : l'un, Rufînus, évêque, et un saint Diacre; l'autre, un apôtre et un saint Diacre. Enfin, il reste deux morceaux du gradin, avec des sujets de la légende de saint Rufinus. Ces différents fragments sont enclavés dans des ornements de stuc qui entourent deux tableaux d'autel.
Le tableau d'Alunno avec la date la moins ancienne orne la petite église S. Angelo, dans le bourg La Bastia, entre Pérousc et Assise. Ce tableau d'autel gothique, divisé en trois parties, contient au milieu la Vierge entourée d'anges; à gauche saint Sébastien, et l'archange Michel à droite. Dans le haut du sujet principal, on voit Dieu le Père, et l'Annonciation dans le haut des parties latérales. Le gradin a pour sujet une Pietà, ou le Christ mort sur les genoux de la Vierge. Inscription : HOPVS. NICOLAI FVLGINAÏIS. 1499.
PiETRO Vanucci di castello della PiEVE, nommé le Pérugin. — On sait d'une manière positive que Pietro Perugino reçut le jour dans la petite ville nommée Città della Pieve ; mais on a des doutes sur la tradition qui le fait naître en 1446. Giovanni Santi , le plus ancien écrivain qui nous ait laissé des renseignements à cet égard, dit, et sans doute d'après des données certaines, dans sa Chronique rimée, que le Pérugin avait le même âge que Léonard de Vinci :
Due giovin par d'etate e par d'amori Leonardo da Vinci e'I Perusino Pler della Pieve, che son' divin pittori.
Donc, comme il est prouvé que Léonard est seulement né en 1452, on pourrait rapporter à peu près à la même époque la naissance du Pérugin. En tous cas, il serait désirable que ce point obscur de biographie donnât lieu à de nouvelles recherches dans les archives locales du pays. Nous sommes dans la même incertitude au sujet des maîtres dans l'atelier desquels a travaillé le Pérugin. Que Niccolô ^lunno ait eu quelque influence sur sa manière de peindre, cela serait assez probable si l'on remarque chez les deux peintres une certaine analogie de conception, et si l'on a égard à des relations de voisinage, quoique les plus anciens écrivains se taisent absolument sur ce fait. On peut admettre aussi* qu'il étudia la perspective chez Pietro della Francesca, qui se distinguait, en ce temps-là, dans cet art encore nouveau; mais le jeune peintre acheva certainement son apprentissage à Florence,
OÙ il acquit un dessin plus correct et un meilleur coloris. Vasari rapporte qu'il travailla dans l'atelier d'Anidrea Veroccliid, où il aurait été condisciple de Léonard de Vinci; et cette assertion nous paraît d'autant plus vraisemblable , qu'elle est d'accord avec le passage que nous avons cité plus haut d'après la Chronique rimée de Giovanni Santi.
Nous avons déjà explicitement parlé des qualités particulières du Pérugin, comme chef de l'école la plus importante qui se soit élevée en Ombrie. Ici nous donnerons en partie la hste de ses ouvrages, en nous attachant à ceux dont l'exécution peut être rapportée à une date fixe ou approximative. Ces dates marqueront d'une manière incontestable le progrès et le développement de l'école de Pérouse. Ensuite, et par ce moyen, l'ami des arts se trouvera en mesure de ranger lui-même les ouvrages du Pérugin dans un ordre chronologique plus exact et plus satisfaisant que celui qui existe.
11 est regrettable que le Pérugin ait bien rarement inscrit son nom sur les tableaux de sa jeunesse; nous n'en connaissons même pas un seul signé qui porte une date. De là vient qu'on ne sait presque rien sur cette période de sa vie et sur ses premiers ouvrages; ce qui est d'autant plus fâcheux, que les tableaux sortis de sa main à cette époque appartiennent, en général, aux meilleurs qu'il ait faits, surtout sous le rapport de la profondeur et de l'élévation du sentiment. Plus tard, jusque vers la fin du quinzième siècle, il joignait aux belles qualités qui lui étaient propres un dessin sévèrement châtié et un coloris d'une chaleur surprenante, qui le mirent à la hauteur des maîtres les plus fameux de son temps. Mais, lorsque, par suite de sa grande réputation, il se vit suixliargé de travaux, il se montra moins scrupuleux dans leur exécution, et son art dégénéra en un véritable métier.
• Depuis Vasari, on a généralement adopté cette opinion, que l'Adoration des mages, conservée dans l'église S. Maria Nuova, à Pérouse, est un des premiers tableaux du Pérugin. Ce tableau, où l'on ne retrouve pas sa première ni sa seconde manière, se
distingue par une sérieuse étude d'après la nature, et par un coloris sombre qui manque de transparence. Après avoir examiné le portrait du peintre qui figure dans sa composition, M. von llumohr croit pouvoir assigner à ce tableau la date de 1475.
Un autre tableau, bien plus remarquable, exécuté plus décidément dans le caractère du maître, quoique se rapprocbant parfois de la manière de Signorelli, au double point de vue du dessin et de la couleur, c'est le tableau que nous avons déjà cité et qui est actuellement dans l'église de saint Jean, nommée La Calza, à Florence. On doit surtout signaler la figure du Christ, comme rappelant par sa pose et sa forme le maître de Cortone. Du reste, c'est encore une sérieuse étude de la nature qui domine dans ce tableau, de sorte que l'individualité du Pérugin n'y est que transparente, si l'on peut s'exprimer ainsi.
"Si les peintures à fresque de la chapelle Cerqueto, exécutées on 1478', existaient encore, elles nous fourniraient un renseignement de plus sur les œuvres de sa jeunesse. Mais il est à déplorer que ces fresques aient été détruites, comme tant d'autres ouvrages de cette époque. C'est pourquoi nous devons tourner nos regards vers Rome, où notre maître fut appelé vers l'année 1480, par le pape Sixte IV, pour travailler à la chapelle Sixtine avec les premiers artistes de Florence. Mais, à Rome aussi, trois des peintures murales que Pérugin avait faites furent abattues, afin de faire place au Jugement dernier de Michel Ange. Une seule de ses peintures subsiste encore; elle représente le Christ donnant les clefs à saint Pierre. C'est un des plus excellents morceaux de la décoration peinte de la cliapelle, car il se distingue particulièrement par sa belle et simple ordonnance, et il y règne une sérieuse étude de la nature, comme dans les ouvrages de Domenico Ghirlandajo, qu'on admire dans la même chapelle. Nous n'avons pas de document exact qui fixe la durée du séjour du Pérugin à Rome; mais le pape Sixte IV étant mort en 1484, il paraît surprenant que les travaux faits par ses ordres n'aient
1. VUa, eUigio e memorie dell'egr. pilt. Pielro Perugino, etc., do Baldassare Orsiui. p. 2103.
été complètement payés qu'en 1190, comme l'a pn-tendu un historien moderne '.
Un tableau que le Pérugin peignit à la détrempe, en 1491, est conservé dans la galerie Albani, à Rome. Ce tableau est d'autant plus intéressant, qu'on y reconnaît déjà les caractères particuliers de l'école ombrienne, qui ne tarda pas à suivre la direction du Pérugin; on ne remarque plus, dans cette belle et poétique peinture, la tendance à copier exclusivement la nature, comme chez la plupart des peintres florentins de cette époque. Le tableau principal représente la Vierge agenouillée devant l'enfant Jésus couché, qu'elle adore avec humilité. A gauche, une ravissante figure de saint Michel et de saint Jean-Baptiste. A droite, siint George et le Père de l'Eglise saint Jérôme. Dans la partie supérieure cintrée du tableau {limetta),\e Christ en croix, ayant à ses pieds la Vierge, saint Jean et Marie-Madeleine. De chaque côté, un des personnages de l'Annonciation.
La date de cette belle composition est marquée dans l'inscription suivante : PEÏRVS DE PERVSIA PLXXIT. M» CGCG» VIIII" PRIMO, c'est-à-dire 1491, et non 1181, ainsi que l'a indiqué M. von Rumolir.
Un tableau, également peint à la détrempe, et, si l'on en juge par son exécution, vers cette époque, était autrefois dans le palais Corsini, à Rome; il a passé, de la galerie du roi des Pays- Bas, dans celle du Louvre % à Paris.
Ce tableau, de forme ronde, représente laVierge, l'enfant Jésus sur les genoux, entourée de deux anges et de deux saints eu adoration. C'est un ouvrage aussi remarquable par la richesse de sa composition que par la grande beauté et la grâce des figures.
Le Pérugin peignit, en 1493, un excellent tal)leau à l'huile, d'une remarquable vigueur de ton, pour l'église des Dominicains, à Fiesole. Ce tableau est aujourd'hui l'ornement de la Tribune, dans la galerie de Florence. La Vierge, avec l'enfant Jésus sur
i. Lellere pill. pcrug., p. 150.
2. N" 442 du catalogue de Paris. Les deux saintes sont sainte Rose et sainte Catherine. Ce tableau a été payé, à la vente du roi C.uillaume II, 23,300 florins (33,302 francs avec les frais). — {Note de l'éditeur.)
les genoux, est assise s«r un trône, ayant à ses côtés saint Jean- Baptiste et saint Sébastien.
Il y a aussi un tableau analogue à ce dernier, et non moins précieux, dans la galerie du Belvédère ', à Vienne. Dans ce tableau, la Vierge est assise sur un trône, tenant l'enfant Jésus, qui est dans l'attitude de la bénédiction. A sa droite, l'apôtre saint Pierre et saint Jérôme; à sa gauche, l'apôtre saint Paul et saint Jean-Baptiste. L'inscription est ainsi conçue : PRESBI- TER. JOHANNES. GHRISTOFORI. DEÏERRENO. FIERI. FECIT. MCCCGLXXXXIII.
Dans la cliapiiUe de la famille Roncadelli, en l'église S. Agostino, à Crémone, est un tableau d'autel de l'année 1494. Là aussi la Vierge est assise sur un banc, avec l'enfant Jésus sur les genoux, les apôtres André et Paul à ses côtés. Sur les marches du trône, on lit cette inscription : PETRVS PERVSINVS PLNXIT M CCCG LXXXXIin. Après le traité de paix de 1815, ce tableau, que les guerres d'Italie avaient fait passer en France, et qui ornait le musée du Louvre, fut rendu à sa première destination, en 1817. L'exécution de cette belle peinture est tout à fait identique à celle de la galerie de Florence.
Nous pouvons maintenant citer toute une série de tableaux du Pérugin, exécutés de 1495 à 1498, et qu'il faut mettre au rang de ses plus belles œuvres. Mentionnons d'abord le tableau qui représente les Saintes Femmes et les Apôtres pleurant sur le corps du Christ. Ce tableau passa en dernier lieu, de la collection de l'Académie de Florence, à la galerie du palais Pitti. Il porte cette inscription : PETRVS PERVSINVS PINXIT. A. D. MCCCC LXXXXV. Malheureusement, il a beaucoup souffert par l'elïet du soleil, qui avait produit beaucoup de petites craquelures, et il fut depuis fortement repeint. Les études originales pour ce tableau, d(!ssinécs à la plume avec grand soin, sont conservées dans la riche collection de dessins de la galerie de Florence.
Le Pérugin reçut, vers la môme époque, la commande - d'un