WO ARCHITECTES ET SCULPTEURS
eomme P. Vernaccia est tombé dans plusieurs erreurs graves au sujet de cette famille, nous empruntons, à titre de correctif, le passage suivant à Touvrage de Pungileoni :
« A Urbin, il y eut alors plusieurs famillesjlu nom de Baroccio, et aussi plus d'un Âmbrogio da Milano ; mais ni les uns ni les autres n'étaient liés de parenté avec la famille de notre artiste. Celui-ci avait deux fils et trois filles. Vàlerio, qui parait avoir survécu à son frère , était sans doute un enfant naturel. Marié avec Apollina, il eut un fils du nom de Marc Antonio, lequel fut docteur en droit, et qui, en qualité de juge au sei^vice du duc, coopéra à la réformation des statpts de la ville d'Urbin. Valerio eut en héritage toute la belle fortune de son père. Sa sœur Girolama ne se maria* point et vécut près de lui dans sa maison. Les deux autres sœurs épousèrent, en 1502, les deux frères Genga; Tune, Catterina, le peintre Girolamo, et l'autre Elisabetta, Niccolè Genga.
« Marc Antonio eut trois enfants. Sa fille Camilla épousa le chirurgien Bemardino di M® Agostino; son fils Gian Alberti n'est connu que de nom; son autre fils Ambrogio, appelé le jeune, est qualifié de ser dans les actes notariés, ce qui annonce un personnage de distinction. Il avait, dit-on, une grande habileté pour 1& confection des instruments de mathématiques. Ses fils se nommaient Simone et Federico; le dernier est l'illustre artiste qui s'est fait un si grand nom dans l'histoire de la peinture. Il est toutefois déplorable qu'au lieu de ramener l'art de son temps à des principes plus simples, le Baroccio ait été lui-même un des plus maniérés entre tous les peintres ses contemporains. »
V; Maestro Giorgio Andreoli, da Gubbio, modeleur et peintre, fut reçu en 1498 au rang de bourgeois noble de Gubbio. n était fort apprécié par les ducs d'Urbin, ainsi que le rapporte Giov. Batt. Passeri, dans sa Storia de fossili (p. 308). Quant aux ouvrages qu'il exécuta pour eux, il ne s'est pas conservé de renseignement sûr, qui nous les fasse connaître. Mais néanmoins on peut citer un tableau qui se trouve dans la sacristie de l'église du couvent S. Ghiara, à Urbin; c'est un panneau long, peint à la
détrempe, avec de magnifiques édifices, d'une belle perspective. On le regarde comme un présent du duc Federico, et il est erronément attribué au Bramante. Le monogramme MG. FC, qu'on y remarque, indique suffisamment que c'est une œuvre de maître Giorgio. Ce tableau représente un édifice rond, avec des pilastres et une petite lanterne assez semblable à un baptistère. A droite et à gauche, on aperçoit en perspective deux rues, avec quelques superbes palais à arcades ouvertes , décorés de pilastres dans le goût antique.
Sur le fronton d'un de ces palais, on remarque une inscription grecque presque effacée et le monogramme rapporté ci-dessus.
£n somme, cette peinture donne une idée avantageuse des connaissances et du goût arcbitectoniques de maître Giorgio; aussi ne saurait-on nier que ses édifices ont quelque ressemblance avec ceux du Bramante, sans offrir toutefois la même beauté de proportion et la même pureté de style.
Nous citerons encore deux ouvrages plus importants du maître, exécutés en 1511. Ce sont deux autels en terre cuite, avec de hauts reliefs colorés : l'un se trouve dans la chapelle de la maison Bentivogli, comme le rapporte Giov. Batt. Passeri ; l'autre était autrefois dans la chapelle de la Madonna del Rosario dans l'église des Dominicains, à Gubbio; il représente, dans un motif architectonique, la sainte Vierge debout, avec beaucoup de figures à genoux qui s'abritent sous son manteau. Dans la partie cintrée du haut se trouve Dieu le Père bénissant, entouré de têtes d'anges. Les détails de l'architecture sont richement ornés de fruits et de feuillages. Cet ouvrage présente tous les caractères de l'époque florissante de l'art à la fin du qidnzième siècle , sans égaler pourtant le dessin correct et la finesse des peintures émaiUées de Luca délia Robbia. Lors de l'envaliissement de l'Italie par les Français, ce curieux ouyrage fut démonté pour être transporté plus facilement. Néanmoins, on ne l'emporta point, et les morceaux restèrent là jusqu'à ce qu'ils furent achetés, en 1836, pour l'Institut des Beaux-Arts de Staedel, àFrancfort-sur-Mein. On parait aussi attribuer à maître Giorgio la belle terre cuite
382 AHCHITËGTES ET SCULPTEURS
de la porte principale de Téglise des Dominicains, à Urbin; cette attribution devrait toutefois être soumise à un examen pins attentif*
On rencontre souvent , de ce maître , des peintures sur majolica; Passeri en énumère plusieurs, avec son monogramme M. Gi et une date, depuis 1519 jusqu'à 1537. Nous avons vu un beau plat représentant un Apôtre d'après Raphaël et portant eette marque M. G. 1525, dans la riche collection du chevalier Dom. Mazzî, à Pesaro.
VI. Maestro Frangesgo Papa , sculpteur. -^ Le notaire Simone Vauni nous a conservé, dans son procès-verbal du .25 mars 1463, un précieux renseignement, qui constate que chaque profession d'arts et métiers avait son chef dans le comté d'Urbin ; car on lit, dans ce procès^verbal :
Ser DomlpicuB de Antaldis Capltaneus Doctorum, Notariorum et UUeratorum.
Migitter Franciseus Antonli Prioria Capitaneus Plctorum et Figuloram.
Magister FrancUcus Papa Gapltaneui Hagittroruin petr», etc.
Ce dernier, Franciscus Papa, chef de la corporation des maîtres sculpteurs en pierre, exécuta, avec maître Antonio di Simone, les corniches, les frises et les voûtes du petit vestibule de l'hôpital des vieillards infirmes, ainsi que sept colonnes à chapiteaux pour la cour de cet hôpital, ce qui est consigné dans le Livre rouge de la confrérie S» Maria délia Misericordia, p. 245.
VII. Maestbo Jagomo, de Florence, maître tle tonia ou d'ouvrages de marqueterie, travaillait, en 14']f3, à la décoration de la salle de là confrérie de S. Maria délia Misericordia, ainsi que le rapporte le livre des archives de cette confrérie , dans lequel on lit, fol. 175 : c( 1473, 2 sett., fior. 7. contanti per noi a maestro Jacomo fiorentino maestro di tarsia per parte del lavoro de.......
l'audientia* »
Comme il y a au palais d'Urbin, ainsi qu'au palais de GubbiOr des chambres décorées d'ouvrages de marqueterie, dont les pre* miers, comme nous l'avons déjà démontré , ont été exécutés en
EMPLOYÉE A URfilN. 385
Tannée 1476, et les derniers en 1482, il nous paraît vraisemblable que ces ouvrages proviennent du même maître.
Vm. Maestro Clémente. — Selon Pungileoni, il était trèshabile fondeur, et ce fut lui qui coula en bronze sept médaillons, dont six représentaient des scènes de la vie du duc Federico, et le septième une Descente de croix, mais dont aucun ne se trouve aujourdliui dans le palais d'Urbin.
QUI ONT TRAVAILLlî A URBIN OU DANS SES ENVIRONS J080UE VERS LA FIN
nu QUINZIÈME SifcCLF.
I. Giultâno da Bimini. — On connaît de lui un Christ en croix, peint sur panneau, grossier et vraiment barbare, dans la manière de Margheritone; lequel se trouve dan& la chapelle de l'archiconfrérie de S. Giovanni decollato, à Urbania (autrefois Castel Durante) ; ce tableau, qu'on vénère beaucoup dans le pays, est dans un parfait état de conservation. Aux extrémités du haut de la croix, sur laquelle est attaché le Christ, la tête penchée et les genoux ployéè, il y a des médaillons, dont le plus élevé représente le Père Éternel à mi-corps, et les deux autres la Vierge et saint Jean TÉvangéliste. Sur là croix, dans le bas, se lit Tinscription suivante : IVUANVS. PICTOR, DA. ARIMINO. FECIT. HANNO. MCCCVn.
II. GuiDO Palmeruzzi parait être de Técole du Giotto; dans tous les cas, il s'en rapproche par son style. Il peignit à fresque en 1345, dans la maison de ville, à Gubbio, une Vierge avec Tenfaut Jésus, ayant à ses côtés saint Ubaldo et saint Jean-Baptiste. Il est à regretter que cette peinture ait tant souffert par l'incurie. (Voyez, à ce sujet, le Giomale Arcadico^ t. XXXII,' p. 339 de l'année 1826.)
m. GiULiANO. — Dans le livre des archives de S. Croce, à Urbin, des années 1363 à 1420, on Ut :
u 1366 oct. Ebbe Giuliano dipintore fior. 25 per dipingere ne la Fraternilà.
« 1367. A Giuliano depentore per cagione chc dépense en lo nostro luoco fior. 3. »
Peut-être ce Giuliano est-il le même peintre originaire de Fabrîano, auquel Lanzi , d'après un document dans les archives de Féglise collégiale S. Niccolô de Fabriano, attribue deux tableaux, dont l'un se trouvait chez les Dominicains et Tautre chez les Capucins de la même ville. Mais aucun de ces tableaux n'a été conservé; il en est de même du maître -autel de l'église S. Francesco, exécuté à Urbin en 1391, mais dont l'auteur n'est pas connu.
lY. ANTONIO Alberti dâ Ferrârâ vécut assez longtemps à Urbin, et fît des peintures, au commencement du quinzième siècle, pour l'église des Franciscains de cette ville; mais ces peintures n'existent plus. On a seulement conservé un fragment d'un autel, dans le style gotliique, représentant la Vierge et des saints, lequel se trouve dans la sacristie de l'église S. Bemardina (autrefois S. Donato), près d'Urbin; ce panneau porte cette inscription : n 1439. Antonius de Ferraria, /)• » Bemardino Baldi, dans un ouvrage manuscrit qui est à la bibliothèque Albani, parle de cette Vierge en ces termes : a Antonio da Ferrara, il quale ha dipinto l'ancona che è nel coro de' Frati di S. Bemardino, dipingeva nel 1430, il quale dipinse le cappelle de' Signori a S. Francesco. » Toutefois, cette peinture ne donne point une idée avantageuse du talent d'Antonio. On sait qu'il mourut avant le 25 novembre 1449.
Y. Ottaviano di Martino Nelli, de Gubbio, né vers 1370, mourut vers 1444. Les ouvrages qu'il exécuta, en 1400, à Pérouse, lui valurent la faveur d'être inscrit dans la matricule des peintres de Portasole de cette ville. En 1403, il peignit, pour la famille Pinoli, un tableau à fresque dans l'église S. Maria Nuova, à Gubbio, où l'on garde précieusement ce tableau, mis sous verre, et d'ailleurs bien conservé. C'est une Vierge assise, portant un riche vêtement brodé d'or, et tenant sur ses genoux l'enfant Jésus, qui est' dans l'attitude de la bénédiction. Quatre petits anges autour d'elle jouent de divers instruments , et deux autres étendent derrière elle un tapis rouge tissé d'or. A gauche, saint Pierre debout, et
à droite le saint abbé Antonioi qui présente à If Vierge les donateurs (un homme et une femme; figures de petite dimension). Dans la partie supérieure du tableau, le Christ, entouré de chérubins, élève une couronne au-dessus de la tète de sa divine Mère '. La suave exécution de cette peinture répond an caractère gracieux des figures de la Vierge et des anges; elle semble justifier la traditioir qui veut que maitre Ottaviano ait été l'élève du célèbre peintre en miniature, Oderigi da Gubbio, avec qui le Danto se lia lors de son séjour dans cette ville % et qu'il a immo^ talisé dans ces vers du chant XI de son Purgatorio :
0, diBs' io lui, non se' tu Oderisi L'onor d'Agobbio, e Tonor di queir arle Gh' tllumlnar è chiamata.in Pariai?
Frate, dlas* egll, plîi ridon le carte Che p«nnelleggla Franco Boiogneie :
L'onore è tutto or^suo, o mio in p«rl«. .
Ben non sarè' io stato si cortese Menire ch' io YissI, per Io (rran diaio Deir eccellenza, ove mio core Intese,
Dl tal Buperbia qui si paga il flo.
Maître Ottaviano Martini était déjà établi à Urbin en l'année 1420, ce qui résulte d'un acte du notaire Antonio di Gubbio en date du 23 avril 1420, où est cité le Magnificum Spect. MagUtrum Octavtanum Martini pictorem de Eugubio habitantem tiunc ^ in civ, Urbiniy etc. Plus tard, on retrouve son nom dans le livre de la confrérie S. Croce aux années 1424 à 1433, parce que ce peintre avait loué un logement dans une maison appartenant à cette confrérie.
Gualandi ^ dans son ouvrage déjà cité , a publié en outre ane
1. Kotmi, daoi sa Storia délia pillura iManay en donne une gravure , pi, cet. — Michrl Angelo Gualdûii, dans sa RaecoUa di leltere pi(((irtrhe (Bologna, iS44}, a publié encore quelques notices sur les ouvrages de ce maître.
S. rrès de TArco del Dante, à Gubbio, ou Ut encore cette iuscriptioa eomméiiiofatîra :
nie IIANSIT DAirrBKS ALROnixniTS posta IT CARMIRA SCaiPSIT. FeDERICTS FALCVtUS TiRTVTI KT
posTRRiTATi rosT.T.On racoutc, eneflet, que le Dante composa deux chants de la DÏTtue Comédie dans la maison de campagne de Falcutio.
lettre inédite d'Ottaviani Nelli, du 30 juin 1434, adreasée à la du* chease Catterina d'Uvbin , dans laquelle le peintre s'excuse de ne pas ayoir pu encore exécuter à Saint-Érasme, église à quatre milles de Gubbio, une fresque que la duchesse lui avait commandée et qu'il promit de faire le plus tôt possible. Cette église' de Sainte Érasme ayant été badigeonnée entièrement, on n'y voit plus trnre de peinture.
YI. LoBENzo et jACoro m San Sevbrino exécutèrent en collaboration des peintures à fresque dans l'oratoire de S. Giovanni Batti<;ta à Urbin , peintures qui en partie sont encore bien conservées. Le sujet principal, qui représente le Crucifiement, offre quelques beautés de détail, que déparent le mouvement exagéré des figures et l'inexpérience des raccourcis. Dans le Saint Jean prêchant et dans le Baptême du Christ, qui sont deux tableaux plus petits, on remarque beaucoup de têtes expressives; ce sont sans doute des portraits des bourgeois de la ville. Le dessin du nu est maladroit et la couleur dure. Cependant les différents sujets empruntés à la vie de saint Jean-Baptiste sont traités d'une manière très-inégale; ainsi, par exemple, la Naissance de saint Jean-Baptiste et le Baptême du Christ accusent le style du qua* torziëme siècle , et pourraient être attribués à Lorenzo , lequel avait réellement plus de talent que son jeune frère Jacopo, dont les tableaux, entre autres la Prédication de saint Jean, offrent pourtant les caractères d'un art moins gothique. Sur les peintures on lit : ANNO, Douim. mggccxvi. de xviii. ivlii. lavkentivs.
DE. 8ANT0. SEVEBINO. ET. lAGOBVS. FRATER. EIVS. HOC. OPVS. FE-
GERVirr.
Il est incontestable que Lorenzo était le plus habile des deux frères, comme on peut en juger d'après un tableau d'autel, qui est dans la sacristie de l'église S. Lucia à Fabriano, et qui porte cette inscription : IiAVRENtivs. ii. severinas. pîsit. C'est une Vierge sur fond d'or ayant sur ses genoux l'enfant Jésus , qui met un anneau au doigt de sainte Catherine de Sienne, agenouillée devant lui. Saint Dominique , en admiration, est debout derrière la Paînte; à droito, saint Antoine, évoque de Florence, avec le
bienheureux Constanzo, à genoux auprès de lui. Cette scène est dominée dans le haut par un chœur d'anges qui jouent de divers instruments. Des fleurs et des fruits sont déposés sur les marches du trône, comme symbole des joies terrestres. Les contours du dessin, qui sont très-vigoureux, manquent de correction; les formes ne sont pas toujours belJes ou étudiées, mais les têtes sont pleines de vie et de charme.
Les peintures à fresque qu'on voit dans la chapelle collatérale, ou plutôt de Tancienne égUse S. Niccolô de Tolentino, à Tolentino, et qui représentent Thistoire du patron de cette église, pourraient bien être aussi Touvrage des frères San Severino. Mais on doit déplorer que ces peintures aient beaucoup souffert et qu'elles soient en grande partie repeintes ; cependant les ÉvangéUstes et les quatre Pères de TÉglise qui ornent la voûte, sont encore dans un état passable.
Vn. Gentile da. Fabriano peignit, depuis le commencement du quinzième siècle jusque yers 1450, tant à Venise, à Florence et à Rome, que dans le duché d'Urbin, principalement à Gubbio et dans la Marche d'Ancône, comme le rapportent Vasari et d'autres écrivains. Ce maître fut très-célèbre de son temps, mais toutefois bien peu de ses ouvrages se sont conservés jusqu'à nos jours.
Pendant Toccupation française, son célèbre tableau représentant une Madone fut enlevé de dessus Tautel de la Romita in Val di Sasso, et transporté à Milan, tandis que trois autres tableaux, qui accompagnaient celui-ci et qui représentent Saint Jean-Baptiste et quelques saints Franciscains, passèrent dans la collection du comte Rosei, à Fabriano; mais ces quatre tableaux ne sont pas de la même beauté que l'Adoration des mages , qui est exposée dans la galerie de TAcadémie de Florence, et dont une gravure a été publiée dans la description de cette galerie.
Selon une ancienne version, le tableau de Tautel de la Romita représentait le Couronnement de la Vierge entourée de saint Je- 1 ôme, de saint François, de saint Dominique et de sainte Mario- Madeleine. (Voy. Memorie storiche délie Arti e degli Artisti délia
Marca di Ancona^ del marchese Amico Ricci. Macerata 1834. Tome I. pp. 145 et 152.)
Un tableau de ce maître, représentant un Christ en croix^ fut vendu à Âncône, il y a peu d'années.
Un autre Couronnement de la Vierge, sur fond d'or, ainsi qu'un Saint François recevant les stigmates , peint sur le revers du panneau, était autrefois en grand honneur à Fabriano; on les portait, par la ville, dans les processions aux grandes fêtes. Nous les avons vus, en 1835, dans la maison Bufera, à Fabriano.
Ces indications peuvent suffire, puisque nous ne devons citer ç[ue les ouvrages du maître qui se trouvaient dans les environs d'Urbin, et qui furent probablement étudiés par Giovanni Santi et par Raphaël.
Nou& sommes forcé d'omettre beaucoup de peintres dont les noms se trouvent mentionnés dans de vieux registres ou dans des actes publiés de 1421 à 1479, mais qui sont tout à fait incopnus, du reste, et dont les ouvrages ne se sont pas conservés. (Voyez P. L. Pungileoni, Elogio storico di Giovarmi Santi, pp. 47-51.)
VIII. Maître Justcs de Gand. — Il paraît que cet élève des frères van Eyck a visité plusieurs fois l'Italie, car nous trouvons, dans le couvent de S. Maria in Castello, à Gènes, un tableau à la détrempe peint par lui sur le mur d'un corridor et représentant l'Annonciation, figures de grandeur naturelle. Ce tableau, signé : Justus de Allemagna pinxit 1451 .E. R, D.Z.y est traité dans la manière des van Eyck. Plus tard, en 1474, maître Justus de Gand reçut de la confrérie del Corpo di Cristo la somme de 300 ducats, pour le tableau que cette confrérie lui avait demandé : les dons destinés à faire exécuter ce tableau d'autel avaient été déjà recueillis depuis 1465. Les documents suivants, qui se rapportent à ce tableau, sont inscrits dans le livre B de la confrérie :
Au feuillet 4 : « 1465. Marzo 31. Giovanni de Luca altram. Zaccagna deve dare fiorini 33 e bol 22 délia promessa che fece pcr latavola.»
Feuillet 33 : « 1468. Tre partite pagate per l'elemosina pro-
messa per la tavola a conto di Battisto (di maestro Agostmo Saft* tucci medico), »
Feuillet 75 : « 1474. Marxo 7. Fioritii 16 d'oro dati dal tonie Federico per aiuto dalla spesa délia tavola a Guido di Mengaccio per la fraternità. »
Feuillet 73 : « 1474. Ottobre 25. Fiorini 40 e bologn. 33 1/2 spesi in pezzi 4700 d'oro battuto per la tavola » (pour la dorure du cadre).
« A di d*. Fiorini 300. . . A maestro Giusto da Guanto depintore per fiorini 250 d'oro a lui promessi per sua fatica per depingere la tavola délia fraternità. »
Feuillet 74, au verso : o A dl d<>. Fiorini 250 d'oro, li d. sono per tanti Che Guido di Mengaccio ha dato contant! a maestro Giusto da Guanto depintore per la promessa gli fu fatta per dipingere la tavola. Avemone el gueto per mano di ser Franoeseo dl Pietro da Spelle, et anohe è accesa la scripta tra noi e maestro Giusto, et è in mano di Giohanni di Luca perché non fece ei dovere, e da noi fu intieramente pagato a conto di Guido in questo a carte 73. lire 600. »
Ce tableau d'autel fut placé, après la sécularisation de la, chapelle de la confrérie, dans l'église de Sainte- Agathe, A Urbin, où il est encore ; il représente la Gène. Le Christ, debout devant la table, dans une vive attitude, distribue la sainte hostie aux apôtres agenouillés autour de lui. Saint Jean apporte le vin; deux anges l'aident à faire le service. Dans la salle, gui ressemble A une église, figure aussi le duc Federico aveonleux personnes de sa suite ; un homme, la tête couverte d'un turban, se tient auprès de lui. ^ Selon Baldi, ce serait l'ambassadeur* que le schah de Perse, Ussun Cassan , envoya aux princes de l'Europe pour les coaliser contre Mahomet II, et qui vint à cette époque (1474) à la
1. Il s*appelait Cathwiao Zenot U était natif de Venise, et il fut envoyé, en 147S, par ta République, en mission diplomatique à la cour de Perse. Lorsque Zeno revint de cette mission vers 1474, Ussun Cassan raccrédita comme ambassadeur de Perse près les cours chrétiennes. (Voy. SisiDondi, Hiitoire dei RèpuHiqvêt ikUtennei, t. x, p. 975.)
cour d'Urhin, circonstance dont le duc Federico voulut perpétuer le souvenir dans ce tableau.
L'ordonnance de cette composition est d'une beauté remarquable ; elle offre de grandes masses ; elle est riche en motifs pittoresques ; les caractères des têtes sont pleins de dignité ; on ne peut critiquer que le mouvement trop foreé de la figure du Christ.
Le dessin eii général et surtout celui des mains est très-distingué; le coloris, vigoureux et limpide, est assez analogue A celui de Hugo van der Goes, dans ses tableaux de Florence.
Ce superbe tableau, d'environ dix pieds carrés, est générale^ ment bien conservé ; il semble seulement avoir un peu souffert de la sécheresse. Autrefois il était accompagné d'un gradin représentant les Miracies du Saint->Sacrement.
Ce renseignement se trouve dans un manuscrit des archives de la confrérie del Corpo di Cristo. Ce manuscrit , intitulé : a Des^ cn'stone délia antica Chiesa fatta d'ordine del Sig, D, Lattansio Vaientini Priore^ e di tutta la sua iuppellettile, » nous fournit le détail suivant : a II quadro dell' altar maggiore è dei primi che si dipingessero a olio in tavola rappresentante la Cena degli Âpostoli è di mano di Giusto Tedesco pittore habitante in Urbino del tempo del duca Federico Monfeltrio, la cui effigie in esso è dipinta,'ed anche deir istesso pittore, e d'altri. L'omamento è di legno indorato antico cou la base in cui si vedono alcuni miracoli del SS. Sacramento. »
Justus de Gand peignit aussi une bannière pour la même confrérie, et, d'après la mention qui en est faite dans le livre B de la confrérie, on peut croire que ce fut par reconnaissance, vu qu'il est question de sa peinture, mais nullement de payement. Voici le passage en question :
Feuillet 8â. « 1475. Giugno 5... £ più tela a maestro Giusto depentore che diceva voler fare un insegna belle per la fraternité, n Mais cette bannière s'est perdue, aussi bien que le gradin dont nous avons parlé plus haut.
Quoique l'on ne puisse pas prouver que le séjour de Justus de
Gand à Urbin ait eu une influence directe sur les peintres de cette idlle, il s'est pourtant conservé quelques tableaux qui, quoique peints par des Italiens, présentent quelques points de ressemblance avec la manière de Tancienne école des Pays-Bas. Entre tous ces tableaux, il faut en citer six, de forme allongée, représentant des figures isolées d'apôtres debout dans des niches, que Michel Dolci attribue sans raison à Pietro délia Francesca, mais qu^n écrivain allemand restitue à un élève de van Eyck. (Voy. Muséum du 2 déc. 1833.) En outre, il y a, dans la sacristie de l'oratoire S. Giovanni Battista, à Urbin, un tableau à la détrempe, composition' faible d'ailleurs, où se fait sentir incontestablement l'influence néerlandaise.
IX. Pâolo Ucgello de Florence peignit aussi pour la confrérie du Corpus Domini, à Urbin, comme on le voit dans le livre B, feuillet 34 de cette confrérie : u 1468. Agosto 10. Batista di' maestro Âgostino Santucci (medico) duc. due d'oro a Paulo Uccelli. » Paolo Uccello est encore cité ainsi plusieurs fois, par exemple feuillet 44 : « 1468. Ottob. 31. Fiorini tre a Paulo Uccelli e fiorini doi quando tornô da Fiorenza, etc. » Malheureusement il n'existe plus rien de ses ouvrages à Urbin.
X. PifiTRO DELLA Francesga, de Borgo di San Sepolcro, demeurait, en l'année 1469, chez Giovanni Santi, suivant le livre B, ci-dessus cité, f> 51. « 1469 aprile 8. Bolognini 10 dati a Giovanni di Santé da Golbordolo per fare le spese a maestro Piero del Borgo ch'era venuto a vedere la tavola per farla a conto délia Fratemità. »
Au nombre des tableaux que Pietro délia Francesca exécuta alors à Urbin , il faut rappeler les portraits déjà cités du duc Federico et de son épouse Battista Sforza , qui sont maintenant dans la galerie de Florence. Ds appartiennent à un diptyque, dont les volets offrent à l'intérieur les deux portraits vus de profil, avea des fonds de paysage. Sur le revers du panneau avec le portrait du duc, on voit représenté ce prince couronné par la Victoire et assis sur un char triomphal que traînent des chevaux guidés par l'Amour, avec ces vers latins :
Clarus insigni vehitur triompho, Quem parem summis ducibus perhennis Fama virlutum célébrât deeenter Sceptra tenentem.
Sur le revers de Tantre panneau, la duchesse, également assise
sur un char, a devant elle les trois Vertus théologales, et deux
«5^ autres figures de femmes derrière elle. Le char est trahie par
deux licornes et conduit par TAmour. Ces vei*s latins sont inscrits
sur le panneau :
Que modum rébus tenuit secundis Coniugis magui decorata rerum, Laude gestarum yolitat per ora Guncta virorum.
Maître Pietro peignit encore^ à Urbin , un petit tableau allégorique, qni, selon la tradition, aurait été donné par le duc Federico à la sacristie de la cathédrale. Ce tableau représente la Flagellation du Christ devant Pilate; au premier plan, on remarque trois jeunes seigneurs, dont Tun, à droite, est vêtu d'une riche étoffe de brocard d'or, traitée dans la manière néerlandaise. Auprès de ces jeunes gens, on lit ces mots : Convenerunt in unum. Ce serait, dit la tradition, une satire contre trois princes ennemis du duc. Ce petit tableau, très-délicatement exécuté, porte encore cette inscription : OPVS PETRI DE BVRGO SCI SEPVLCRI.
On trouve encore des tableaux plus importants de ce maître à Arezzo et dans sa ville natale; comme Vasari ne les cite que très-superfîtiellement^ nous en donnerons une description plus complète.
Il faut d'abord citer, parmi les ouvrages de sa jeunesse, les peintures de Tautel, dans la sacristie du Dôme, à Città di Borgo di San Sepolcro. Le sujet principal est le Baptême du Christ; les tableaux qui forment pendants de chaque côté représentent les apôtres saint Pierre et saint Paul. D'autres petites figures de saints ornent, en outi'e, l'architecture de l'autel, et le gradin est décoré d'un Crucifiement, avec quatre sujets empruntés à la vie de saint Jean-Baptiste. C'est un faible ouvrage du maître. Selon
Sdi RENSEIGNEMENTS SUR LES PEINTRES.
la traduction allemande du livre de Vasari, le tableau principal du milieu serait seul de Pietro; les autres, exécutés par une main inconnue, auraient été en partie repeints.
Le tableau d'autel, qu'on voit dans le chœur de l'église de Sainte-Marie des P.P. Servit!, est déjà meilleur que les préeédentj^, quoiqu'il appartienne encore à la première manière da peintre. C'est une Assomption de la Vierge. Elle est assise, vAtue de blanc, sur uu trône, entourée de deux clioeurs d'anges; c'est une belle figure, et la tête est remplie de grâce. Les apôtres jettent des regards étonnés dans le tombeau d'où elle vient de sortir. Dans le haut, on voit le Christ avec les patriarchçs et les prophètes.
On trouve, dans la sacristie de la même église, d'autres tableaux qui faisaient sans doute autrefois partie de l'autel; ce sont deux volets représentant saint Jean-Baptiste et saint Antoine , saiirt Paul et sainte Lucie; dans deux médaillons du haut, on voit les deux personnages de l'Annonciation, en demi-figures.
Le meilleur ouvrage de Pietro est, sans contredit, la grande peinture à fresque qui couVre la muraille dans le magasin actuel du mont-de-piété de la ville. Le Christ, sortant de son tombeau avec la bannière triomphale, est une figure véritablement grandiose et digne. Les quatre soldats endormis, au premier pian, témoignent d'une grande intelligence de dessin et de modelé dans leurs raccourcis* Les têtes sont d'une vérité étonnante , et l'exécution générale de la fresque est magisti^ale.
A l'oratoirç de l'hôpital de Borgo di San Sepolcro , il y a aussi un excellent tableau d'autel, du même peintre. Le sujet priricipal ost une Madonna délia Misericordia ou del Popolo^ Aux deux extrémités du manteau flottant de la Vierge sont agei;iouillés quatre hommes à gauche et quatre femmes à droite. Toutes ces figures sont des porti*aits ^ Dans les autres compartiments du tableau se tiennent saint Sébastien, saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Bernardin. Les panneaux, qui accompagnent
i . Voy. Roâni, 5(0fio, ttc. Hfochc utu.
des deux côtés le tableau du milieu, sont divisés en cinq petits compartiments^ avec une Annonciation dans la partie supérieure et des saints debout dans les autres. Au-dessous du tableau principal, il y a encore un Christ en croix, avec la Vierge et saint Jean, et quatre petits tableaux sur le gradin, qui représentent : Je Christ sur le mont des Oliviers, la Flagellation, les trois Saintes Femmes au tombeau, et l'Apparition du Christ à la Madeleine.
Un autre beau tableau de Pietro délia Francesca existe encore à l'Académie de Pérouse, mais il a malheureusement beaucoup souffert. La Vierge, avec l'enfant Jésus, est assise sur un trône : à droite, saint François et sainte Elisabeth ; à gauche, saint Jean- Baptiste et saint Antoine. Le fond d'or de ce tableau est ornementé comme une tapisserie. L'Annonciation est représentée dans le haut.
Dans tous ces ouvrages , on reconnaît que Pietro délia Francesca étudia le Masaccio : non-seulement il éclaire comme lui ses compositions, mais encore il imite le ton brun lumineux dans les ombres des chairs et les retlets blanchâtres qu'affectionnait ce maître. Les tètes de Pietro ont toutes quelque chose de remarquable, quoique ce ne soit pas précisément de la beauté. Il trai* tait singulièrement les cheveux , surtout dans ses peintures à la détrempe, où ils ne forment pas de masses et entourent le visage comme de longs flocons de laine en désordre. Les proportions de ses figures sont généralement courtes et fortes dans les attaches, principalement aux chevilles des pieds qui quelquefois semblent enflées. Le jet de ses draperies, qui est grandiose, a pour* tant quelque chose de bouffant, quoique les plis soient brisés et anguleux. Sa couleur est puissante, mais^ en somme, plus modérée que celle de la plupart de ses contemporains. Pietro délia Francesca avait des connaissances distinguées en perspective ; il en fit un traité, ainsi que de la géométrie, traité qui était en la possession des ducs d'Urbin, comme le rapporte son élève Luca Pacciolo dans la Summa de aritmeticd^ geometrica^ propor^ tionalità, etc., imprimée en 1523. La dédicace de cet ouvrage, adressée au duc Guidubaldo d'Urbin, sous la date de^ 1494, con-
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tient ce passage : <( La perspectlva, scben si guarda, senza dubbio nuUa sarebbe, se questa (la geometria) non si accomodasse. Corne al pieno dimostra il monarca alli teropi nostri de la pictura Pietro di Franceschi nostro terraneo , Tassiduo de la excellenza V. D. casa familiare, per un suo compendioso trattato de VArte pictoria^ e de la lineare forza in perspectiva compose. È al présente in vostra degnissima biblioteca, appresso l'altra innumerabile moltitudine de volumi in ogni facoltà electî, non immeritamente si ritrova. » — Vasari avait vu encore la plupart des ouvrages de Pietro délia Francesca dans la bibliothèque du dac d'Urbin. D'après Misson, Voyage d'Italie, t. lU, p. 187, une partie de ces manuscrits aurait passé dans la bibliothèque du Vatican ; une autre dans celle de la Sapienza, à Rome, et le reste aurait été anéanti par Gesare Borgia. On avait assuré que quelques-uns des traités de Pietro étaient entre les mains de M. Giuseppe Marini Franceschi, à Borgo di San Sepolcro; il résulte des informations que nous avons prises sur les Ueux, qu'il n'y a rien de vrai dans cette assertion. Après les détails dans lesquels nous sommes entré au sujet des œuvres de Pietro délia Francesca, nous croyons pouvoir nous dispenser de réfuter l'opinion de M. von Rumohr, qui prétend, dans ses Italienischen Forschungen^ vol. m, p. 39, que ce peintre est un maître très-médiocre. Rappelons seulement ici les fresques qu'il a peintes dans l'église de S. Francesco à Àrezzo; celle qui représente le Songe de Constantin le Grand est composée d'^ine manière si magistrale, qu'une esquisse pour ce tableau , laquelle se trouvait dans la collection de Sir Thomas Lawrence, fut publiée par Ottley, dans son recueil de fac-similé d'après les maîtres italiens, comme étant une composition du Giorgione. Rappelons enfin que de l'école de Pietro délia Francesca sont sortis deux des peintres les plus distingués de leur temps : Luca Signorelli et Melozzo da ForH. Pietro délia Francesca vivait encore en 1494, quoiqu'on ait voulu rapporter sa mort à l'année 1484; c'est là un fait prouvé par le passage que nous avons extrait du livre de fra Luca Pacciolo , qui parlait de lui, en 1494, comme d'un peintre vivant.
XI. Babtolomeo Goreadini, Dominicain, nommé aussi fra Carnevale, natif de S. Gassiano di Gavallino. Il vécut longtemps à Urbin, et peignit, en i472, le tableau du maître-autel pour Téglise S. Bernardino de cette ville. Cette Vierge avec l'enfant Jésus n'était pas, comme le P. Tomasso le supposait sans raisons valables, le portrait de la duchesse Battista d'Urbin, avec son fils Guidubaldo, Cependant c'est bien l'époux de cette duchesse, Federico da Montefeltro, que nous voyons agenouillé devant la Vierge '. Sous la domination française, ce tableau fut envoyé à Milan pour la galerie de la Brera.
Pungileoni cite encore (p. 54) un tableau de Bernardino Corradini, qui était autrefois à S. Maria délia Bella, mais il ne le décrit pas. Il nous apprend ensuite que Bartolomeo travaillait déjà à Urbin en 1456; qu'il est encore nommé dans le livre G de la confrérie en 1484, mais qu'il ne vivait plus certainement en 1488, puisque cette année-là un certain Baldassare lui avait déjà succédé dans ses fonctions d'archiprêtre.
Nous devons encore rappeler ici que Lomazzo, dans son Trattato délia pittura (p. 407), compte Camevale parmi les artistes qui ont supérieurement dessiné l'architecture, comme en fait foi d'ailleurs le tableau qui est encore dans la galerie de la Brera.
XII. Melozzo da ForiA. — Nous n'avons rien de plus à dire de lui que ce qu'en ont déjà dit Vasari, Scanelli et Morelli. Seulement nous insisterons sur ce point, que, dans k Microcosmo délia pittura de Scanelli , Melozzo da Forli est nommé conjointement avec le Mantegna, et que frà Luca Pacciolo, dans sa Divina Proportionsy dit positivement que le Mantegna avait été le maître de Melozzo.
Xin. Marcus Melozzo da Forlï. — L'inscription d'un tableau d'autel dans l'église des Franciscains à Matelica, près Fabriano, nous constate l'existence d'un peintre de ce nom. Ce tableau représente la Vierge assise sur un trône et tenant sur les genoux l'enfant Jésus dans l'attitude de la bénédiction ; à droite , saint
I . ta graTure de ce iabicau a été publiée par Rosiui dans la Storia deUn piUura tVal ana, pi. xciir.
François, et sainte Catherine d'Alexandrie à gauche, avec un paysage au fond. Dans la partie cintrée qui surmonte ce tableau, on voit la Vierge tenant le Christ mort sur ses genoux; auprès d'elle, deux femmes, Tapôtre saint Jean et saint Louis, évêqfue. La Cène est représentée dans le gradin, avec quelques sujets tirés de la vie des deux saints qui flguront dans le principal tableau. Voici l'inscription : « Marchus de Melotius forolivicxi— sis faciebat. Al temp. de frate Zorgo Guardiano del mccccgi. » En général, on ne saurait méconnaître, dans ce bon ouvrage, l'ia— fluence de Giovanni Bellini tant pour le jet des draperies qu*» pour le coloris, qui. n'a pourtant ni l'éclat ni la vivacité du coloris de ce grand maître vénitien. Le caractère de cette peinture est sérieux et original, mais il manque de grandeur.
Marcus Melozzo est apparemment le môme que Cesare Cittadélia, dans son Catalogue des peintres et des sculpteurs de Fer* rare, nomme Marco Ambrogio detio Melozzo, et qu'il confond avec le premier Melozzo.
XIV. LucA Si&NORELLi de Cortona. •— Le Giomale Arcadico de 1823, TV* xvm,.a publié un payement fait à ce maître, en 1481, pour un parère donné à Gubbio, relativement au plan d'une église , qui devait être érigée à Cortona et dont Francesco di Giorgio avait fourni les dessins. Dix ans plus tard, nous le .rencontrons à Urbin, occupé à peindre deux petits tableaux de ban* nière pour l'église S. Spirito : ces tableaux, qui représentent le Crucifiement et la Descente du Saint-Esprit, existent encore. Lo document qui s'y rapporte se trouve parmi les actes du notaire Simone Vanni, à la date de juin 1494 (f*» 62), et il a été publié par Pungileoni dans son Elogio storico di Giovanni Santi (p. 77). Les sujets à peindre lui avaient été exactement indiqujés. La toile devait être fournie par la confrérie, et le prix du travail de l'artiste était.fîxé à 20 florins de 40 bolognîni; enfin un délai de trois mois fut accordé au peintre pour l'achèvement de son ouvrage.