COMPAGNIA DELLA S COSI DICTA IN LI ANNI DNI
!^ÎDXIV. M. PETR...
Maître Pietro peignit encore à Pérouse, en 1518 et 1521 ,commc le témoignent un tableau de Saint Sébastien percé de flèches par des archers, dans l'église des Franciscains, et les six figures de saints, qu'il .exécuta sous la fresque de Raphaël, son illustre élève, à S. Sevcro. Il faut aussi rapporter à la même année 1521 le Christ mort sur les genoux de sa Mère, qu'il peignit dans l'église collégiale, à Spello, avec cette inscription : PETRVS DE CASTRO PLEBIS PINXIT A. D. MDXXI. Le dernier de ses tableaux datés porte la date de 1522. C'est une Nativité, vraisemblahlement peinte à la détrempe, pour S. Maria, à Fontignano.
Enfin, nous remarquerons encore que, d'après les documents publiés par A. Mariotti, maître Pérugin ne mourut pas à Castello dclla Pieve, mais à l'hôpital, à Fontignano, où il avait été appelé en 1524 pour faire des peintures.
C'est aussi là qu'il fut enterré; mais, en vertu d'une ancienne convention qu'il avait faite avec Jes moines du couvent de S. Agostino, à Pérouse, son corps fut ensuite transporté dans l'égUse de ce couvent. Il ressort des documents publiés par Mariotti que les moines de S. Agostino conclurent une transaction avec les trois fils du Pérugin, le 30 décembre 1524, par laquelle ils s'engageaient à leur remettre 18 ducats d'or sur la somme encore due à leur père pour le tableau d'autel commandé en 1502; de plus, en compensation du restant de ladite somme, à venir déposer les restes du Pérugin dans l'église du couvent et à faire dire pour lui une messe des morts.
Andjiea di Lcigi d'Assise, nommé I'Ingegno. — Les renseignements que Vasari nous a donnés sur ce peintre sont trèsconfus et en partie erronés. Selon Vasari, en effet, Andréa di Luigi, qu'il représente comme un des plus anciens et des plus excellents élèves du Pérugin, aurait aidé son maître, en 1483,
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dans l'exéetition des fresques que celui-ci exécuta dans la chapelle Sixtine; mais, derenu aveugle vers cette époque, il serait mort en 1484. Cependant, après Tavoirfait mourir en i484,Vasari lui fait encore prendre une part très-active, en 1300, aux pein* tures du Pérugin dans la salle del Gambie. Quant an talent d'Andréa di Luigi, Vasari le compare à celui de Raphaël, qui aurait été, dit-il, dans Técole de leur maître, l'émule de cet ancien élève du Pérugin, quoique en 1484 Raphaël ne fût âgé que d'une année I Vasari, qui ne désigne d'ailleurs aucun ouvrage de la composition de ringegno, parait avoir été amené par ce surnom qualificatif à lui attribuer un plus grand mérite que celui qu'il avait en réalité. Or Andréa devait moins ce surnom à son génie pour la peinture qu'à son habileté pour bien des choses, surtout pour la gestion des affaires civiles. Ainsi le chevalier Frondini, à Assise, a trouvé des documents authentiques qui étabhssent qu'An* drea était procureur' en 1505, arbitre' en 1507^ syndic du gouvernement' en 1510, et môme caissier du pape* en 1511. En outre, si nous considérons, d'après un document également découvert par Frondini ^, que l'Ingegno a peint les armes de la ville sur la place pubUque et aux portes de la ville d'Assise, en 1484, nous nous croyons en droit de conclure que ce peintre a bien pu aider son maître dans les peintures de la chapelle Sixtine, en 1483, mais qu'il exécutait pour son propre compte, en 1484, plusieurs travaux subalternes dans sa ville natale, et que, plus tard, il occupait plusieurs emplois tout à fait étrangers aux beaux-arts. Comme receveur du gouvernement en 1511, il rece-* vait encore un traitement que Jules II lai fit payer, quoiqu'il fût devenu vieux et aveugle. -«-Vasari dit qu'il avait atteint l'âge de quatre-vingt-six ans.
1. ArcliiTi délie Riformag. d'Assisi, a" 1505, 7 fefor. p. 48.
%, Doeumeot d'arbitre, rogato da ter Giampietro. not. publ. di d. • aept. 1507.
3. Riformag. ultimo apritis 1510. MagUter Andréas Mag. Aloysii, simdicator potestatis.
4. Archives délia sagrestia d'Assisi, où une lettre du 7 avril 1511 avec Tadres&e : « Alpha* nos de Alphanis Penisii vice thesaurarius , spectabile viro magistro Andréa dicto Ingegno, cainerario apostoUco in cÎTitate Assiaii. •
5. Bollentario in sagrestia del publico. a<* 1484, 29 octobris. Magister Andréas Aloysii babuit buUectram pro armis in platea et ad portas civitatis... flor. 5, solid. 26.
BSSAI SUR LES PEUTTRES DE L'OMBRIE. 46S
Mais quels sont les ouvrages de llngegnoT Les armoiries qu'il avait peintes à Assise i^'existent plus, et nous n'avons pas de ren* seignements crains sur d'antres travaux exécutés par Andréa di Luigi. Cependant on peut supposer que la Vierge colossale peinte à fresque au-dessus de la porte S. Giacomo, à Assise, doit être de lui. Cette fresque, exécutée dans la manière de l'école du Pérugin, a des caractères particuliers que nous rencontrons également dans d'autres peintures du même style exécutées à Assise, à Rome et â Orvieto, et qui certainement proviennent de la même main. Ces caractères consistent surtout dans une plus grande ampleur et même dans une accentuation plus vigoureuse des formes de tête ; ainsi le front et les mâchoires sont plus larges, le nez est un peu plus gros que dans les peintures des autres élèves du Pérugin. Du reste, les figures auxquelles on ne saurait reprocher cette exagération dans les traits du visage ne manquent pas d'élégance. Les ombres dans les chairs tirent sur le brun roax, mais sont transparentes et n'ont jamais la dureté qu'on trouve chez Signorelli.
Ces qualités de l'Ingegno se reconnaissent aussi dans la belle Vierge peinte à fresque qui décore la chapelle des Conservatem's au Capitole, à Rome, et qu'on attribue à tort au Pinturicchio. La Vierge est représentée adorant l'enfant Jésus, qui est endormi sur ses genoux; deux anges sont également en adoration de chaque côté. Cette peinture, bien conservée, est d'une exécution délicate et très-profondément sentie. Elle date probablement de l'époque où Andréa était à Rome avec le Pérugin, de 1480 à 1484 •. Il paraîtrait que cette fresque obtint alors un grand succès, car une copie en fut faite sur le mur de la seconde loge du palais de Venise, à Rome.
Un petit tableau d'Andréa, qui appartient également à sa première manière, est une Vierge exécutée à la détrempe chez les religieuses de S. Chiara, à Urbîn. Ce tableau, peint sur fond d'or, n'a pas été fait avec le soin et la déUcatesse qu'eût
I . Une gravure en a été publiée dans la Duteriiione del CampidogliOf di Pietro RighetU. (Roma, 1836, vol. II, pi. CCXUII.)
exigés un ouvrage de cette dimension. C'est une demi -figure de la Vierge debout, tenant sur son bras gaucbe l'enfant Jésus, qui béntt le monde. Elle a la tête ornée de rubans, dans le goût du Pérugin; elle porte un manteau bleu foncé, avec une étoile sur Tépaulc, et dont la bordure est fortement rehaussée d'or. Le fond de paysage, avec un petit arbre, est complètement analogue à la peinture à fresque qu'on voit sur la porte à Assise. Les formes de la tête de cette Vierge sont, comme toujours, pleines et robustes; le menton, beaucoup trop proéminent, est même peu correct de dessin. Le ton des ombres dans les chairs est rouge brun et les lumières sont blanchâtres.
C'est bien à tort qu'on attribue ce tableau à Raphaël, et nous en avons déjà parlé, pour cette raison, dans la Vie de Giovanni Santi, comme d'une œuvre apocryphe de son jeune fils, en citant la fausse inscription que nous ne répéterons pas ici.
Nous voyons encore un ouvrage de la jeunesse de l'Ingcgno dans le Saint Michel peint à Jresque, const.Tvé actuellement chez le marchese Gualtieri, à Orvieto. Le saint, que l'artiste a représenté jeune et trop gracieux, est debout sur un dragon vaincu ; il abaisse son épée de la main droite et appuie sa main gauche sur sa hanche. Son armure, richement ornementée, rappelle les armures peintes dans les tableaux du Pérugin; le paysage, ayant vue sur la mer, avec des îles rocailleuses et des promontoires dont les lignes sont entrecoupées par de petits arbres, est traité dans la manière du Pinturicchio. La tête de l'ange aux longs cheveux flottants reproduit cependant tout à fait les formes favorites de ringegno, et le mouvement des mains est aussi gracieux que naturel. Ce tableau ornait autrefois la chapelle de la Madonna di S. Brizio, dans la cathédrale, à Orvieto, près d'un autel qui appartient à la famille Gualtieri.
Lorsque cette partie de l'église fut restaurée, on enleva, en sciant le mur, le tableau d'Andréa di Luigi, et on le transporta dans la maison de la famille Gualtieri. C'est là que Cornélius le découvrit, vers 1812, abandonné sous la poussière, au fond d'une ancienne cuisine ; il le restaura lui-môme et le fit placer dans la
chapelle de la maison, où il se voit encore. Le nom de l'iagegno ne se trouve pas cité une seule fois dans V Histoire de la Cathédrale d'Orvteto, parle P. délia Valle, car la famille Gualtieri ayant fait exécuter à ses frais cette fresque, il n'en est pas question dans les comptes de fabrique que le P. délia Yalle a compulsés aux archives de cette cathédrale.
Le grand tableau de Madone déjà mentionné, qui est au-dessus de la porte S- Giacomo, à Assise, concorde exactement dans la pose de la mère et de Tenfant, avec la fresque du Capitole. Dans cette fresque, la Vierge adore aussi l'enfant Jésus couché sur ses genoux. Mais au lieu de deux anges à ses côtés , elle est entourée de sept têtes d'anges dans une gloire en forme elliptique. Le fond, comme dans le tableau du Saint Michel, est un paysage avee la mer et des rochers escarpés, dans la manière du Pinturicchio. Les qualités de dessin et de couleur sont les mêmes que dans les tableaux précédemment décrits; seulement les doigts de la Vierge sont ici un peu forts.'.Cette fresque, ayant été exposée à toutes les intempéries des saisons, a beaucoup souffert.
Une autre Madone, de petite dimension, attribuée avec raison à l'Ingegno, se trouvj encore à Assise, derrière des treillis, sur un mur du monastère de S. Andréa. L'enfant Jésus, dans l'attitude de la bénédiction, debout surdes genoux de la Vierge, s'attache de la main gauche au vêtement de sa mère. La Vierge, d'une grande beauté, porte un collier de perles. Cette figure est, en. somme, traitée avec infiniment de délicatesse. Sur les voussures latérales de la niche on voit, à droite, saint François, et saint Jerôme à gauche. Dans cette fresque, peinte avec grand soin, d'après les cartons du maître, on distingue encore les empreintes du calque à la pointe sèche. Les formes des têtes ont la plus parfaite analogie avec celles du grand tableau de la porte S. Giacomo, et dans la figure de . la Vierge les coins de la bouche sont plus élevés qu'abaissés. Les ombres des chairs ont toujours ce ton brun rougeâtre, particulier au peintre, quoiqu'il ne soit pas si prononcé que dans ses autres ouvrages.