‹ Raphael d'Urbin et son père, Giovanni Santi (volume 5)Chapitre 24 sur 81 · Reproduite dans Touvrage de Rosiui, pi. LU · texte numérisé non relu

Reproduite dans Touvrage de Rosiui, pi. LU

antrefois aux Orfanelli, mais il passa dans les mains du libraire Baduel, à Pérouse. Les draperies et le paysage de cette Annonciation rappellent, quoiqu'ils soient plus raides et moins délicats, Jes ouvrages de Ira Angelico da Fiesole ; la couleur s'en rapproche aussi, bien qu'elle soit moins limpide que celle du maître florentin. Dans cette belle peinture, les ornements et quelques "vases sont très-fortement rehaussés d'or '.

A Pérouse, on conserve encore d'autres ouvrages de Buonflgli : à S. Pietro Maggiore,ily auneVierge avec le Christ mort sur ses genoux, entourée de saint Jérôme, assis près d'un pupitre, et de saint Léonard, les jambes serrées dans un instrument de supplice ; ce tableau porte la date de 1469.

BuonGgli peignit, pour la confrérie de S. Bernardino, une grande toile, vraisemblablement une bannière, avec un saint Bernardin de Sienne qui intercède pour la confrérie auprès du Christ entouré d'anges. Dans le bas, deux sujets de petite dimension représentent saint Bernardin brûlant des livres et des armes pour le rétablissement de la paix à Pérouse, et la dis trihntion des cierges par Pie II, en 1459. Dans ces sujets il y a beaucoup de figures-portraits, tant hommes que femmes. Au fond, on reconnaît les deux églises voisines, S. Bernardino et S. Francesco, ce qui sert à fixer la date de ces peintures, puisque S. Bernardino ne fut bâti qu'après 1461.

On montre encore, dans la sacristie de la même église, deux anges peints par ûuonfîgli, et dans celle de S. Franccsco deux autres tableaux du même maître, avec deux anges tenant les instruments de la Passion. Ces tableaux sont réunis dans un seul cadre avec des tableaux de Fiorenzo da Lorcnzo. Deux autres tableaux avec deux anges semblables (c'étaient probablement des tableaux votifs) se trouvent à l'Académie de Pérouse. Ces diflféxents tableaux sont tous de très-faibles productions ; nous ne les indiquons ici que pour compléter le catalogue des œuvres du maître.

Nous ajouterons que, selon A. Mariotti, notre artiste eut à

1. Reproduit dans l'ouvrage de Rosini (pi. 3lXXYU1), qui l'attribue à Gentile da Fabriaao.

peindre, en 1459, dans le réfectoire des Prieurs, le portrait £:» ^^ Brutus, qui est aujourd'hui absolument effacé. Vasari rapport^^*^^^ en outre, dans la Vie du Pinturicchio, que Buonfigli travaillli*^*"** beaucoup avec ce dernier au Vatican.

Nous ne savons rien de la vie du peintre, si ce n'est qu'il avai.*^"^^^^^^ une femme du nom de Gioliva di Menicuccio di Âgostino, qui 1ik3 ^ - ^^ causa tant de chagrins, qu'il intenta contre elle une action judii-t»-*^^' ciaire en 1483 et 1486, et qu'il n'eut de repos qu'après l'avoi ic>"voir jetée dans un nouveau procès. C'est en haine de sa femme qum ^ir^t^^ Buonfîglio fît son testament en faveur de l'église des Dominicains ^sJ^* ^^s» dans laquelle il demanda à être enterré, à la porte d'entrée, nom-c:cx animée del Castellare.

FiORENZO DI LoRENzo. — Plus jeune que Buonfîglio, Fiorenzo^^^^^o était aussi plus heureux et plus considéré à Pérouse : en 1472, ïîM « > U devint un des décemvirs de la ville. Le 9 décembre de la mémo MM^JOie année^ il passa un contrat avec le vice-prieur du monastère*:» ^re S. Maria Nuova pour peindre une Assomption de la Vierge pouiMM:^^^^^ le maltre-autel, au prix, assez élevé, de 225 ducats. D'après Ic^J ïe contrat qui existe encore, il devait y représenter la Vierge eW^ ^t l'enfant Jésus dans une gloire, avec saint Pierre, saint Paul, saint .c:*^^* Benoit et saint Sylvestre d'un côté, et de l'autre côté saint Jérôme^ ^ -«nie, saint Ambroise, saint Nicolas et le bienheureux Paolino ; de plus^ les douze apôtres et beaucoup d'autres figures dans les ornements. '

Tous les renseignements manquent quant au sort de ce tableau*,^^ ^"' Mais toutefois, Mariotti s'est trompé quand, d'après une fausse^^^^*^ indication de Crispoli, qui avait vu une Annonciation sur le maître — ^^a^'^eautel, il suppose que ce sujet fut peint par Fiorenzo, au lieu des^ t^de l'Assomption qu'on lui avait commandée. Le tableau de l'Anuon — ^^ '"" dation existe encore dans l'église, mais c'est un ouvrage de Niecolô Alunno.

Cependant, comme ù l'Académie de Pérouse on conserve les fragments d'un grand tableau d'autel avec les fîgures analogues au tableau de l'Assomption que Fiorenzo devait peindre pour le monastère de S. Maria Nuova, et comme l'exécution de ces fîgures

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rapporte assez à la première manière de Fiorenzo, il ne serait s impossible que ce fussent les peintures que nous cherchons. ir un des tableaux on voit la sainte Vierge assise, avec Tenfant sus sur des nuages et deux anges en adoration au-dessous. Puis, latre tableaux avec les figures de saint Pierre, saint Jean, saint ançois et saint Antoine, sur fond d'or. Puis, un saint Sébastien ec une figure-portrait agenouillée, quatre autres saints sur fond 3r et les deux figures de T Annonciation. Enfin, deux gradins atutel contenant sept médaillons avec demi-figures sur fond [>r. Toutes ces figures sont d'un beau caractère; seulement les lits de la Vierge manquent de finesse, car elle a les narines et s lèvres un peu fortes. La tête du saint Sébastien, en revanche, ppclle, par sa suave expression, celle d'un ange d'un tableau du ème maître qu'on admire dans l'égUse de Saint-Augustin, à PéfUse.

La seule inscription dans laquelle ce maître soit nommé se ouve sur les fragments d'un grand tableau d'autel conservés ins la sacristie de l'église des Franciscains de la même ville, agments qui ont été réunis, dans un cadre, aux anges, déjà cités, 3 Buonfigli. La partie supérieure de ces peintures forme un îmi-cerclc où sont la Vierge et l'enfant Jésus, entourés de chéibins, et, plus bas, deux anges de chaque côté. Dans le gradin, ois médaillons : saint Bernardin au milieu, et deux évêques, de laque côté. Deux autres cadres suspendus dans la même sa- 'istie renferment les apôtres saint Pierre et saint Paul, avec îtte inscription sur la bordure de leur manteau : FLORENTIVS. AVRENTIL F. PINSIT. MCCCCLXXXVIL Le style de ces tableaux semblerait appartenir à une plus an- Lcnne école, car il est dur et rude dans les contours, blafard et épourvu de suavité dans la couleur ; le dessin, cependant, est énéralement bien compris; les étoffes, à petits plis anguleux miutieusement brisés, sont très-étudiécs, dans la manière du Man- ?gna. Les caractères des têtes, remplies de dignité et de vérité, nt une beauté véritable, surtout dans les anges et les enfants, lomme Fiorenzo occupe une place isolée et originale parmi les

peintres de l'Ombrie, il faut admettre qu'il s'est formé hors rinfluence des peintres de ce pays, peut-être chez Squarcione,^^ maître du Mantegna, avec lequel il offre parfois quelque resse*: hlance. Comme nous venons de le remarquer, du reste, ses W bleaux rappellent aussi ceux des Vivarini, peintres à Venise, travaillèrent beaucoup pour la Marche d'Ancône»

Parmi les ouvrages de Fiorenzo conservés à Pérouse, nous d ï^ ^^' vons encore sip^aler une Vierge, dans le palais du gouvememenr^^ ^jent. Cette Vierge se trouve dans un cintre au-dessus de la pocte d'ei: trée de la salle del Cadastro nuovo. La Vierge, demi-figure, tenav l'enfant Jésus qui bénit le monde," est entourée d'une gloire chérubins, avec deux anges en. adoration de chaque côté. Lm tètes ont beaucoup de grâce; les mains sont d'un dessin iniell gent et se recommandent par la délicatesse de leur forme.

Nous citerons enfin de ce maître un plus petit tableau it^ "^ Vierge, tableau très-vénéré, qui se trouve dans unô chapell ï ^"•'^* ^

latérale de l'église des Augustins à Pérousc, La Vierge, envi^^^^^^*' ronnée d'anges, est assise avec l'enfant Jésus, dans une coir^^^^^"" ronne de fleurs peinte en grisaille ^ semblable à un encadremcrr^ ^^^ ^^ de sculpture. La tête de cette Vierge est d'une beauté tout à fai ^'*^*" remarquable, tandis que celle de l'enfant Jésus ne semble pa^^^^^^^ avoir le même mérite, ce qui provient peut-être de ce que <*ctt*:^^^ ^ tête se trouve à demi couverte et déformée par une couronna *^* ^^'^^ d'argent qui y est attachée et qui la cache en partie. Il ne faut pas oublier de rappeler que Fiorenzo peignit dca^*^ tacs

bannières pour les trompettes du magistrat, en l'année loOl, e<^ • ^^ qu'il vivait encore en 1521, puisqu'on a de lui une expertise failc^ * ^-i"C cette année-là, de concert avec Tiberio d'Assisi, au sujet d'uno ^^ '"^ peinture que Giacorao di Gugliclmo di scr Gherardo avait cxc— ^^^--^ cutée a Castello délia Pievo.

Nous ne répéterons pas i(*î ce qui a été dit par M. von Rumoht*^ * "^ sur la pâle peinture murale d'une Vierge avec des saints, exé — ^-^" cutée par Matteus de Gualdo, et d'une autre fresque préféra])lc^^ ^ Il celle-ci et qui lui est postérieure, p«Mnte par Petrus Antonius^^'^* Mesastris de FulLgno en l'église S. Antonio di Via superba, à

ESSAI SUR LI£S PEINTRES DE L*OMbRIE. 4Ô9

.^siso. Nous ajouterons seulement que, dans un cintre au-dessus V, la porte du couvent de Sainte-Lucie à Fuli^no, on voit une utro pcinlure de ce dernier maître, très-inférieure à cnlle-là, et ui représente au milieu la sainte Vierjçe; a droite, sainte Claire, t, à. gauche, sainte Lucie. Cette peinture porte cette inscription : ^pus Petrus Anlonius Mesastris de Fulginci pinsit 1474. C'est par cite inscription que nous connaissons le nom de fîimille du cintre '. Nous remarquerons aussi la fresque de Fulipjno, où ou s retrouvons une seconde fois saint Jacques et saint Antoine vcc le jeune S. Anzano. On peut constater deux fairos aj)soluncTît ditierents dans le même ouvrapje : car le saint Antoine est xécuté complètement dans la manière de Pictro Antonio da Fuis;no, tandis que saint Jacques, qui a les yeux levés au ciel, le ;, Anzano, en costume de 1 époque, tenant son cœur et son foie, ît enfin le fond du paysage, rappellent tellement la manière le Bernardino Pinturicchio, qu*on peut affirmer que ces figures urent exécutées par ce dernier, qui travaillait peut-être comme lide du vieux maître. Si de ce fait isolé ressort une relation quelconque entre l'école de Pérouse et celle de Fuliiçno, la différence lu faire chez les deux peintres prouve au moins que Mesastris n'eut pas d'influence sur le Pinturicchio, ni en général sur l'école de Pérouse. On ne saurait nier toutefois que Niccolè Alunno, qui était également de Fuligno, n'ait eu sur les peintres de Pérouse cette influence que nous ne pouvons îittrihuer a Mesastris.

NiccoLô Alunno de Fuligno. — C'est lui qui a donné à ses œuvre,*" cette tendance particulière et vraiment originale qui caractérise l'école d'Ombrie et que l'école de Pérouse a si ardemment cherchée pendant la seconde moitié du quinzième siècle et au coraïnencement du seizième. Ses premiers ouvrages rappellent parfois encore la manière qui était traditionnelle avant lui, comme par exemple la Vierge entourée d'anges, peinte en 4465, actuellement ù la galerie de la Brera à Milan. Mais son Annonciation, de l'année 1466, offre une telle douceur dans l'expression, une

*. Voyez le Mémoire du d' Gayc, dans le KuntlblaH du 19 octobre 1837.

telle grâce dans la forme des têtes, malgré la dureté des contoars, que cette peinture annonce déjà Taurore d'une nouvelle et belle époque de Fart. A la vérité , Alunno n'était pas ce qu'on peut appeler un grand génie; il ne possédait pas le don de l'invention comme son contemporain Luca Signorelli; mais ses personnaj^cs ont quelque chose de si suave , qu'ils attachent et ravissent le spectateur ; c'est surtout ses têtes de femmes et d'anges qui expriment toujours une douce pureté de sentiment. On connaît de lui plusieurs fîgures de saint François qui se distinguent toutes par une expression de foi brûlante portée à la plus langoureuse extase; quant à ses figures d'hommes, elles ont, en général, un sérieux saisissant. Sa manière de traiter la détrempe accuse un faire délicat plutôt que mâle, qui n'exclut pourtant pas certaine fermeté. Ses ombres, surtout dans les chairs, afiFcctent un ton brunâtre plus prononcé que celui de Pictro délia Francesca, mais moins fort que celui de Luca Signorelli. En général, le coloris de sa peinture à la détrempe a quelque chose de vigoureux, qni la distingue complètement de celle de Fiorenzo. Le catalogue assez étendu de ses ouvrages encore existants est le meilleur témoignage de la prodigieuse activité qu'il a déployée en Ombrie et dans la Marche d'Ancône ».

L'église des Franciscains à Diruta, entre Péronse et Todi, possède le plus ancien ouvrage d'Alunno. Le tableau du maître-autel montre au milieu la sainte Vierge sur le trône (nommée Madmà de Consoli), adorant l'enfant Jésus, qui est couché sur ses genoux. A droite est agenouillé saint François; à gauche, saint Bernardin, et, au bas du trône, une figure de plus petite dimension. Johannes Rubcus, le donataire. La Vierge est environnée d'une foule d'anges, du style le plus gracieux, et, dans l'encadrement gothique , on voit encore plusieurs demi-figures d'anges , avec l'inscription : NICOLAVS. DE. FVLGINEO. PLNXL MCCCCLVlfl.

L'Annonciation, que nous avons déjà citée comme existant à l'église S. Maria Nuova de Pérousc , est peinte sur une grande

1. Comparez les LcUrre piU. perug., p. 12S , et le Mçmoirç du d' Cave, dan» •< Smtgarler h'unilLlaltt du 19 et du 35 octobre 1837.

^oile. Dans la partie supérieure du tableau, Dieu le Père, entouré ^'nnges et de chérubins, envoie le Saint-Esprit à la sainte Vierge. X.a tète de l'ange Gabriel , vue de profil , est de la plus parfaite Ibeauté , et Ton ne peut trop admirer l'expression de modestie xépanduc sur le visage de Marie. Les figures des deux saints en 4idoration et des deux autres assistants sont beaucoup plus petites que celles de l'ange et de la Vierge. La peinture ne porte <ïue cette inscription : SOTIETAS. ANVNTIATE. FECIT. FIEW. HOC. OPVS. A. D. MCCCCLXVL

Un bel ouvrage d'Alunno se trouve dans l'église du castel de S. Severino. C'est un tableau d'autel, en cinq compartiments. Le tableau du milieu représente la sainte Vierge portant dans ses bras l'enfant Jésus, qui est remarquable par la vivacité de ses mouvements. Elle est entourée d'anges qui jouent de différents instruments. Cette inscription se trouve peinte en or sur les marches du trône : NICOLAVS. FVLGINAS. PINXIT. MCCCCLXVIII. Le Père Éternel, tenant une couronne, figure au baut de l'ogive du tableau. Sur les volets, de chaque côté, sont les figures isolées de l'apôtre saint Jacques et d'un saint évoque, A gauche ; à droite, saint François en extase devant l'enfant Jésus (c'est une des figures les plus profondément senties du maître) et saint Sébastien. Dans les frontons de ces volets, deux prophètes et une Annonciation. Le Sauveur et ses douze apôtres, sur fond d'or, composent la décoration dn gradin.

A S. Francesco de Gualdo, près de la route de Furlo, est un des tableaux les plus remarquables d'Alunno. Le sujet principal représente la sainte Vierge assise sur un trône et tenant l'enfant Jésus nu sur ses genoux, lequel étend les bras vers un ange qui lui présente des fruits, mais en interrogeant du regard la volonté de sa divine mère. Cette charmante scène est entourée de plusieurs anges pleins de grâce. Aux deux côtés de ce tableau figurent les apôtres saint Pierre et saint Paul, les saints François et fiernardin. Dans la partie supérieure du grand tableau,, au milieu, un Ecce Homo^ et au-dessus Jésus, tenant un livre; dans les quatre autres compartiments des volets sont des saints en demi-figures.

Dans rcncadremcnt il y a aussi, de chaque côté, six saints, sur Tond d'or. Dans le gradin manque le panneau du milieu, qui est entouré d'anges; les autres panneaux représentent des Pères de l'Église et des saints Franciscains, avec cette inscription : NICOLAVS. FVLGIXAS. PLNXÏT. MCCCCLXXI.

Un ouvrage moins important d'Alunno, c'est une bannière de confrérie qui était autrefois à Assise , et qui appartient actuellement à un amateur allemand. Lu partie supérieure, se terminant en une ogive, représente la Flagellation du Christ, avec l'inscription : HOPVS. NICOLAI. FVLGÏNATL .1468. Dans la partie inférieure, on voit saint Grégoire entouré d'une confrérie pénitente et de beaux anges voltigeant dans l'air. Du côté opposé, il y a un Christ en croix, avec saint François et un squelette.

A l'hôpital d'Arcevia, près Fuligno, est un autre tableau d'Alunno représentant la Vierge assise sur un trône, adorant l'enfant Jésus qui tient une banderole , sur laquelle on lit cette inscription : Per U dolci pi^egidcUa mia diletta madré et del martire Sebastiano et del divofo Francesco io henedico qucsti miei confrati. 1482. A droite, saint François dehoiit; ù gauche, saint Sébastien vêtu. Derrière ce tableau est représentée l'Annonciation.

Dans la sacristie de l'église principale de Nocera, près de Fuligno, on trouve un tableau d'autel peint par Alunno^ et fout à fait semblable à celui de Gualdo. Sujet du centre : la sainte Vierge, agenouillée sous un baldaquin (un peu maniéré), dont deux anges écartent les rideaux, adore l'enfant Jcsus, qui de la main gauche tient une banderole avec cette inscription : Per li dulci pregi delta mia diletta madré de bona volunta benedico et po^ pulo di nnocera. Trois anges sont prosternés en adoration auprès de la Vierge ; au côté droit, saint Laurentius et saint Rainaldus debout; à gauche, saint Francissimus, figure juvénile en jaquette rouge, dans le costume du temps, et saint François. Dans l'ogive du tableau central est un Couronnement de la Vierge, de la plus exquise beauté, et au-dessus le sigiic de saint Bernardin : IHS (Jésus hominum salvator). Dans les quatre pignons des côtés, les demi-ligures de saint Sébastien, de saint Jean-Baptiste, de

l'apôtre saint Paul et de sainte Catherine. Dans le gradin, les demi-figures des douze apôtres , séparés par des pilastres , avec des séraphins et des anges. Cet excellent tableau , d'une bonne consen'ation, décorait autrefois le maître-autel ; il est peint sur fond d'or et porte cette inscription : HOPVS. MCOLAI. FVLGI- NATIS. MCCCCLXXXIII.

Le maître-autel de l'église des Augustîns S. Xîr-colo à Fuligno était autrefois décoré d'une grande composition d'AIunno : il s'en est encore conservé quelques parties. Le tableau entier fut transporté à Paris par les armées françaises après le traité de Campo Forraio, mais il n'en revint en Italie, après le traité de paix de 1815, que quelques fragments. Dans le tableau du milieu de la partie inférieure est représentée la Naissance du Christ, ou son adoration par la Vierge et saint Joseph. Le compartiment au-dessus, qui paraît avoir été détruit, contenait la Résurrection du Christ. Au bas, de chaque côté, sont des figures isolées. La plus importante, saint Nicolas, évêque, contemple l'ènfant Jésus avec ravissement; la draperie de son vêtement rappelle la manière grandiose de Signorelli; puis, saint Sébastien, l'archange Mîchf 1 et saint Jean l'Évangéhste. Dans la partie supérieure, il y a des demi-figures de saints. Le gradin, qui est resté au musée de Paris ', renferme six .sujets : .le Christ sur le mont des Oliviers, la Flagellation, le Portement de croix, le Crucifiement, Joseph d'Arimathie et Nicodème sur le chemin du Calvaire, et un cartouche soutenu par deux anges, sur lequel on lit l'inscription suivante * :

i, N" 31 du cattiogcc (»" partie : Écoles d*Ua]ie et d'Espagne). On y (pomvc celte traduction des Ters latins inscrits dans le cartouche : « Au lecteur. — Far sou testament la pieuse firisida ordonna de repeindre ce noble ouvrage. 0 présent trop agréable à Dieu ! Si tu demandes le nom de l'auteur, c'est Nicolas Alunno de Fuligno, digne fleuron de sa pa'rie. Quinre fois cent anaées moius huit s'étaient éeoalées lorsque la dernière main y fut apposée. Afais qui eut plus de mérite, je t'en fais juge, lecteur, de Brisida qui l'a commande ou de la main qui l'a exécuté? • — {Xote de VfdUcur.)

2, Comparez Letlere pitl. perug.^ p. 129. C'est la seule inscription dans laqrclle se trouve indiqoé le nom de famille en peintre. Vasari, dans la Vie de Bernardine Pinturicchio, le nomme également Aliinno.

AD LECTOREM.

Nobile testata est pingi pia Brisida quondam

Hoc opus. 0! nimium munera grata Dec.

Si pelis auctoris nomen : Nicholaus Âlunnus

Fulginis, patrie pulcra corona^suae Octo quincties centum de inillibus anni.

Cum roanus imposita est ultima vanuerant. Scd quis plus meruit^ quœso^ te judice, Lector,

Cum causam dederit Brisida et ille noanum?

Le cinquième vers nous donne la date de 149^.

Selon A. Mariotti,.ce tableau aurait été commandé par Brigida di Giovanni degli Elmi, épouse de Niccolô de' Picchi de Fnligno. Mariolti a tiré ce renseignement do la Viia di S. Feliciano, de Jacobilli. (Lib. I, p. 89.)

Dans la même église, sur un autel à droite, est encore un tableau d'Alunno, représentant le Couronnement de la Vierge entourée d'une auréole de séraphins. Saint Antoine, abbé, et saint Bernardin de Sienne, petites figures, sont agenouillés dans le bas. Le gradin a trois compartiments avec des médaillons qui contiennent le Christ mort, la Vierge et saint Jean.

Quelques tableaux à fresque du maître se sont aussi conservés dans Téglise S. Maria fuori la Porta, à Fuligno. L'un représente la Vierge avec saint Jean TÉvangéliste; figures de grandeur naturelle. Cet ouvrage, d'un ordre très-inférieur, porte une inscription à demi effacée. 11 y a une fresque plus remarquable, représentant saint Roch et deux anges, sur le dernier pilier de la même église. Seulement cette fresque a beaucoup sôiiffert.

Il ne s'est conservé que quelques parties séparées des peintures de l'autel du dôme d'Assise, tant admiré par Vasari : la Vierge, entourée de quatre anges, forme le sujet du tableau principal. Deux autres tableaux accessoires représentent : l'un, Rufinus, évêque, et un saint Diacre; l'autre, un apôtre et un saint Diacre. Enfin, il reste deux morceaux du gradin, avec des sujets de la légende de saint Rufinus. Ces différents fragments sont enclavés dans des ornements de stuc qui entourent deux tableaux d'autel.

Le tableau d'Alunno avec la date la moins ancienne orne la petite église S. Angelo, dans le bourg La Bastia, entre Pérouse et Assise. Ce tableau d'autel gothique , divisé en trois parties , confient au milieu la Vierge entourée d'anges; à gauche saint Sébastien, et Tarchange Michel à droite. Dans le haut du sujet principal, on voit Dieu le Père, et TAnnonciation dans le haut des parties latérales. Le gradin a pour sujet une Pietà, ou le Christ mort sur les genoux de la Vierge. Inscription : HOPVS. NICOLAI FVLGLNAÏIS. 1499.

PiETRO Vanucci di castello della Pieve, nommé le PÉRreiN. — On sait d'une manière positive que Pietro Perugino reçut le jour dans la petite ville nommée Città della Pieve; mais on a des doutes sur la tradition qui le fait naître en 1446. Giovanni Santi , le plus ancien écrivain qui nous ait laissé des renseignements à cet égard, dit, et sans doute d'après des données certaines, dans sa Chronique rimée, que le Pérugin avait le même âge que Léonard de Vinci :

Due giovin par d'etate e par d'amori Leonardo da Viuci e'I Perusino Pier della PieTe, che son' divin pitlori.

Donc, comme il est prouvé que Léonard est seulement né en 1452, on pourrait rapporter à peu près à la même époque la naissance du Pérugin. En tous cas^ il serait désirable que ce point obscur de biographie donnât lieu à de nouvelles recherches dans les archives locales du pays. Nous sommes dans la même incertitude au sujet des maîtres dans l'atelier desquels a travaillé le Pérugin. Que Niccolô Alunno ait eu quelque intluence sur sa manière de peindre, cela serait assez probable si l'on remarque chez les deux peintres une certaine analogie de conception, et si l'on a égard à des relations de voisinage, quoique les plus anciens écrivains se taisent absolument sur ce fait. On peut admettre aussi qu'il étudia la perspective chez Pietro della Francesca, qui se distinguait, en ce temps-lâ, dans cet art encore nouveau; mais le jeune peintre acheva certainement son apprentissage à Florence,

OÙ il acquit un dessin plus correct et un meilleur coloris. Vasari rapporte qu'il travailla dans l'atelier d'Andréa Veroccliio, où il aurait été condisciple de Léonard de Vinci; et cette assertion nous parait d'autant plus vraisemblable, qu'elle est d'accord avec le passage que nous avons cité plus haut d'après la Chronique rimée de Giovanni Santi.

Nous avons déjà explicitement parlé des qualités particulières du Pérugin, comme chef de l'école la plus importante qui se soit élevée en Ombrie. Ici nous donnerons en partie la Hste de ses ouvrages, en nous attachant à ceux dont l'exécution peut être rapportée à une date fixe ou approximative. Ces dates marque^ ront d'une manière incontestable le progrès et le développement de l'école de Pérouse. Ensuite, et par ce mo3^cn, l'ami des arts se trouvera en mesure de ranger lui-même les ouvrages du Pérugin dans un ordre chronologique plus exact et plus satisfaisant que celui qui existe.

11 est regrettable que le Pérugin ait bien rarement inscrit son nom sur les tableaux de sa jeunesse; nous n'en connaissons même pas un seul sigué qui porte une date. De là vient qu'on ne sait presque rien sur cette période de sa vie et sur ses premiers ouvrages; ce qui est d'autant plus fâcheux, que les tableaux sortis de sa main à cette époque appartiennent, en général, aux meilleurs qu'il ait faits, surtout sous le rapport de la profondeur et de l'élévation du sentiment. Plus tard, jusque vers la fin du quinzième siècle, il joignait aux belles qualités qui lui étaient propres un dessin sévèrement châtié et un coloris d'une chaleur surprenante, qui le mirent à la hauteur des maîtres les plus fameux de son temps. Mais, lorsque, par suite de sa grande réputation, il se vit surchargé de travaux, il se montra moins scrupuleux dans leur exécution, et son art dégénéra en un véritable métier.

Depuis Vasari, on a généralement adopté cette opinion, que l'Adoration des mages, conservée dans l'église S. Maria Nuova, à Pérouse, est un des premiers tableaux du Pérugin. Ce tableau, où l'on ne retrouve pas sa première ni sa seconde manière, se

istingue par une sérieuse étude d'après la nature, et par un oloris sombre qui manque de transparence. Après avoii* examiné e portrait du peintre qui figure dans sa composition, M. von Xiumohr croit pouvoir assigner à ce tableau la date de 1475.

Un autre tableau, bien plus remarquable, exécuté plus décidé* .■nent dans le caractère du maître, quoique se rapprochant par^ fois de la manière de Signorelli, au double point de vue du ssia et de la couleur, c'est le tableau que nous avons déjà cité qui est actuellement dans l'église de saint Jean, nommée La ^^alza, a Florence. On doit surtout signaler la figure du Christ, ^omme rappelant par sa pose et sa forme le maître de Cortone. Du reste, c'est encore une sérieuse étude de la nature qui domine ^aiis ce tableau, de sorte que l'individuahté du Pérugin n'y est ^ue transparente, si l'on peut s'exprimer ainsi.

Si les peintures à fresque de la chapelle Cerqueto, exécutées ^2»n 1478', existaient encore, elles nous fournii*aient un renseignement de plus sur les œuvres de sa jeunesse. Mais il est à déplorer que ces fresques aient été détruites, comme tant d'autres ^Duvrages de cette époque. €'est pourquoi nous devons tourner :sios regaids vers Rome, où notre maître fut appelé vers l'année -^480, par le pape Sixte IV, pour travailler à la chapelle Sixtine «avec les premiers artistes de Florence. Mais, à Rome aussi,* trois mde» peintures murales que Pérugin avait faites furent abattues, ^îafîn de faire place au Jugement dernier de Michel Ange. Une ^eule de ses peintures subsiste encore ; elle représente le Christ donnant les clefs à saint Pierre. C'est un des plus excellents mor- ^3caux de la décoration peinte de la chapelle, car il se distingue ;j>articulièrement par sa belle et simple ordonnance, et il y règne Xine sérieuse étude de la nature, comme dans les ouvrages de Do- ^^xiénico Ghirlandajo, qu'on admire dans la même chapelle. Nous :iri'avons pas de document exact qui fixe la durée du séjour du lK?érugin à Rome; mais le pape Sixte IV étant mort en 1484, il "jiaralt surprenant que les travaux faits par ses ordres n'aient

I. ViiOf elogio e memorie ieWegr. ftiU. Pietro PeruginUf etc., de Baldassare Qrûai,

été complètement payés qu'en 1490, comme Ta prétendu un historien moderne ' .

Un tableau que le Pérugin peignit à la détrempe, en 1491, est conseiTé dans la galerie Albani, à Rome. Ce tableau est d'autant plus intéressant, qu'on y reconnaît déjà les caractères paiticuliers de l'école ombrienne, qui ne tarda pas à suivre la direction du Pérugin; on ne remarque plus, dans cette belle et poétique peinture, la tendance à copier exclusivement la nature, comme chez la plupart des peintres florentins de cette époque. Le tableau principal représente la Vierge agenouillée devant l'enfant Jésus couché, qu'elle adore avec humilité. A gauche, une ravissante figure de saint Michel et de saint Jean-Baptiste. A droite, siin George et le Père de TÉglise saint Jérôme. Dans la partie supé — rieure cintrée du tableau' (/«nef ^a), le Christ en croix, ayant à se pieds la Vierge, saint Jean et Marie-Madeleine. De chaque côté un des personnages de l'Annonciation.

La date de cette belle composition est marquée dans l'inscrip-^ tion suivante : PEÏRVS DE PERVSIA PINXIT. M» CCCC» VIIII» PRIMO, c'est-à-dire 1491, et non 1481, ainsi que l'a indiqué M. von Rumohr.

Un tableau, également peint à la détrempe, et, si l'on en juge par son exécution, vers cette époque, était autrefois dans le palais Corsini, à Rome; il a passé, do la galerie du roi des Pays- Bas, dans celle du Louvre % à Paris.

Ce tableau, de forme ronde, représente la Vierge, l'enfant Jésus sur les genoux, entourée de deux anges et de deux saints en adoration. C'est un ouvrage aussi remarquable par la richesse de sa composition que par la grande beauté et la grâce des figures.

Le Pérugin peignit, en 1493, un excellent tableau a l'huile, d'une remarquable vigueur de ton, pour l'église des Dominicains, à Fiesole, Ce tableau est aujourd'hui l'ornement de la Tribune, dans la galerie de Florence. La Vierge, avec l'enfant Jésus sur

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