‹ Raphael d'Urbin et son père, Giovanni Santi (volume 5)Chapitre 60 sur 81 · ET. ANTE. NVPTIALES. FACES. VIRGO. EST. ELATA · texte numérisé non relu

ET. ANTE. NVPTIALES. FACES. VIRGO. EST. ELATA

DALTASSAR. TVRINVS. PISCIEN. LEONI X. DATAR.

ET. 10. BAPT. BRANCONIVS. AQVILAN. A. CYBIG.

B. M. EX. TESTAMENTO. POSVERVNT

CVRANTE. HIERONIHO. VAG?(INO. VRBINATI

RAPHAELT. PROPINQVO

QVI. OOTEM. QVOQVE. HVIVS. SAGELLI «VA. PECVNIA. AVXIT.

La statue de la Vierge, qui surmonte le tombeau, fut exécutée, selon la volonté du défunt, par Lorenzo Lotti; cette Vierge, qui tient dans ses bras Tenfant Jésus représenté debout, est vénérée par le peuple de Rome sous la dénomination de Madonna del Sasso (ce qui pourrait bien être une transformation de Madonna del Sanzio), et on lui attribue plus d'un miracle. A la considérer au point de vue de Fart, la statue a les qualités de la grande période artistique de la première moitié du seizième siècle, mais elle ne se distingue ni par une création originale et saisissante, ni sous le rapport d'une exécution parfaite.

Par son testament, Raphaël avait aussi destiné une somme de i ,000 scudi à Tachât d'une maison, pour que les revenus de cette maison servissent à faire dire tous les mois, à, perpétuité, nine messe des morts pour le repos de son âme dans la chapelle même qu'il avait fondée. Les exécuteurs testamentaires achetèrent donc une maison , située dans la via de' Goronari , un manuscrit', conservé aux archives de la Rotonda, et portant ce

f. Carlo Falconieri, dans son outrage intitulé : Memoria inlomo il rinvenimenlo dette Oiàa di Raffaetlo Sanzio (Roma, 1833, p. 8), a mis au jour encore un autre extrait tiré du Bigittro di patenli : • Relazione del célèbre pittore Raffaello Sanzio di Urbino sepolto in questa nostra cliiesa, e colleggiata di S. Maria ad Martyres délia Rotonda di Roma. Il cetebre Raffaello Sanzio da Urbino principe dei piltori fece fabbricare nella nostra coUcgiata di S. Maria ad Martyres delta Rotonda una cappella sôttol'inTOcazione délia B. Vergine del Sasso, e terminata assegnô per dote di essa due case unité, e poste nella strada dei Coronari in luogo chiamato Panico col peso di celebrarc in perpetuo 1 2 messe al mese per l'anima di esso Raflacllo, corne dal suo testamento che si dice rogato Tanno 1520 per gli atti deir Appocelli, oggi Andréa Gabrielli Not. A. C. Quel testamento per diligenza usata non si è potuto rinTenire, ne appresso del Notaro ne da altri, etc. »

»34 LB TOMBEAU DB RAPHAEfa.

titre : Copia di alcune eose singoiarii nous fournit^ à ce sujet, la notice suivante : n Cappella di Râffàël d'Urbiiie sepolto in essa. Benefîcio consistetite in lina casa in Paiiîfeo hel fine de' Coronari, sopra cui vi è il ritt'atto di RaflPaello. i) -^ La màisbti, qui existe encore, est connue sous le nom de l'tmmagine. Le premier desservant de la chapelle fondée par Raphaël fut son propre neveu, D. Girolamo Vafçnini , qui augmenta encore les revenus de la fondation. Sur la demande de Tarchidiacre Gio. Siticella, le pape Grégoire XIII pubha une bulle, en 1581, KaL Maii an. IX, d'après laquelle la rente de 60 scudt di Caméra serait à perpétuité réunie aux revenus de Tarchidiacre de la Rotônda. Mais, depuis 1705^ un certain archiprêtre nommé Carbonara, a tellement grevé la propriété de la maison de Tlmagine par suite de la restauration complète qu'il lui a fait subir, que cette maison ne rapporte plus que quelques scudi au profit de la Rotonda. Il n*y a donc plus de quoi payer une messe mensuelle pour le repos de Tàme de Raphaël.

Cent cinquante-quatre ans après la mort de Raphaël, le peintre Carlo Maratti, pour honorer la mémoire du plus grand peintre de ritalie, fît exécuter sous ses yeux, par Paolo Naldini, un buste en marbre, qui fut placé dans une niche ovale au-dessus de répitaphe ' avec cette inscription :

VT« VIDEAXT. POSTERI. ORISi DECVS

AC VENVSTATEM

GVIVS. GRATIAS. MENTEMQVE. C.€LESTBM

IN. PICTVRIS. ADMIRANTVR

RAPHAELIS. SANCTII. VRBINAT. PICTORVM. PRINCIPIS

IN. TVMVLO. SPIRANTEM. feX. MARMORE

VVLTV5É

CAROLVS. MARATTVS. TAM. BXIMIh TIRI

. MBMORlAMi VENERATVS

' AD. PERPETVVM. VIRTVTIS. EXEMPLAR

ET. INCITABlENTVM

P. AN. HDGLXXIV.

1. Le buste de Raphaël a été enlevé en I8t0, ainsi que celui d'Ansibalo Cameei 6t taw-

LE TOMBEAU t)E RAt^tlAËL. 535

Les restes mortels de Raphaël étaient demeurés plus de troiâ siècles dans la sépulture qu'il avait désignée lui-mêiiie ^ quand ^'éleva tout à coup un grand débat entre les antiquaires de Rome; inon-seulement au sujet d'une tête de mort que Ton conservait ;(>récieusement dans une boite en verre, à TAcadémie dé Saint- Xuc, et qui passait pour être celle du grand artiste, sans qu'on eût jamais fait mention de l'ouverture du tonlbéau de Raphaël S "mais encore concernant l'église dans laquelle le grand peintre d'Urbin aurait été inhumé. Débat vraiment étrange, car, en présence de l'épitaphe même du tombeau, la lettre de Marc Antonio Michiel, et l'ouvrage de Vasari, qui parle de ce tombeau dans les Vies de Raphaël, de Lorenzetto et de Taddeo Zuccaro, étaient bien f^its pour que le doute ne fût pas même permis. Néanmoins ces discussions très-vives et très-prolongées engagèrent le sculpteur cavalière Fabris, régent de la congregazione dei Virtuosi, à demander au gouvernement la permission d'ouvrir le tombeau de Raphaëh au Panthéon, ou, pour mieux dire, d'y chercher ce tombeau. Car, quoique le lieu de la sépulture soit très-clairement désigné dans l'épitaphe et dans la lettre de Marc Antonio Michiel, il semble toutefois qu'on se soit surtout préoccupé du témoignage de Vasari qui, en effet, dans la Vie de Raphaël, ne s'exprime pas à cet égard avec toute la clarté désirable. Bref, sur la demande du cavalière Fabris, en date du 7 juin 1833, la permission tant désirée fut accordée; on commença,. le 9 septembre, à midi, les recherches pour découvrir le tombeau de Raphaël; mais, chose asse^ surprenante, jusqu'au 12 septembre, on ne fouilla que sous les dalles de marbre autour de l'autel, et naturellement sans aucun résultat; mais, dès qu'on se fut décidé à enlever l'autel, on trouva tout de suite une voûte de briques, de construction moderne, fermée d'un mur, et l'on reconnut aussitôt le tombeau de

coup d'autres qu'Antoine CanoTa airait placés au Panthéon en Thonneur des grands artistes, et tous ces bustes ont été transportés au musée du Capitole.

1 . MM. Missferini et Girolamo Gigli ont bien prétendu qu'on avait ouvert anciennement le tombeau ; mais ces assertions , qui ne reposaient sur aucun document écrit , furent dès lors considérées comme des fables inventées à plaôir.

Raphaël. Le 14 du même mois, en présence du cardinal Zurlaet de différentes commissions de notaires et de médecins, on continua les fouilles. Comme nous avons sur cet événement une relation circonstanciée du plus haut intérêt, écrite par un grand artiste allemand contemporain, qui s'est toujours inspiré des œuvres du peintre d'Urbin, en un mot, par Friedrich Overbeck, de Liibeck, nous ne pouvons mieux faire que de reprQduire ici cette relation en Tabrëgeant quelquefois :

A Philipp Veit , Directeur de rinstilut des Beaux-Ârts de Staedel, à Francfort-sur-Mein.

Rqbc. If 18 wpttHbc* 1133.

« Ce qui a eu lieu ici ces jours derniers, ce qui préoccupe encore en ce moment tous ceux qui aiment les arts ou les cultivent, ce dont j'ai été le témoin oculaire et ce qui m'a touché jusqu'au fond de l'âme, ne t'intéressera pas moins vivcmentj el comme la nouvelle de ce grand événement va se répandre sans doute, et qu'elle pourrait t'arriver toute défigurée, je crois de mon devoir de te raconter moi-même ce que mes 3'eux-«oul vu; je pourrais presque ajouter ce que mes mains ont touché.

« Sache donc, très- cher ami, que j'ai plongé mes regards dans le cercueil de Raphaël et que je l'ai vu lui-même, le cher et incomparable maître ; mon âme est encore tellement accablée d'émotion, que c'est presque un besoin pour moi de te faire partaper cette émotion. Ceiiainement, en lisant ces lignes, tu ne seras pas peu étonné, et tu me rendras grâce, si je te transmets quelque chose de précia sur les circonstances de ce fait mémorable.

• « Tu sais peut-être que depuis le milieu du seizième siècle il existe à Rome une congrégation d'artistes, sous la dénomination de : congregazione dei Virtuosi (di S. Giuseppe di Terra Santa) itU Panthéon; elle possède la chapelle de Saint-Joseph au Panthéon, au-dessus de laquelle est un oratoire, où l'on arrive par un petit escalier situé sous le portique, à gauche de l'entrée; c'est dans cet oratoire que cette congrégation se réunit une fois tous les mois pour le soin de ses affaires. Dans ces réunions, il était déjà

question depuis plusieurs années des moyens qu'il faudrait employer pour terminer le débat relatif au tombeau de Raphaël ; car quelques-uns (et notamment Tavocat Carlo Fea), en contradiction avec les témoignages les plus incontestables, disaient que ce tombeau devait se trouver dans l'église S. Maria sopra Minerva, attendu que les gens d'Urbin, résidant à Rome, avaient déjà, du temps de Raphaël, une chapelle sépulcrale dans cette église. Je ne parlerai pas du sentiment de surprise et de tristesse qui m'a saisi, aussi bien que tant d'autres, lorsque la nouvelle se répandit à Rome que le régent actuel de la congrégation, le sculpteur Fabrîs, que tu connais, avait su obtenir l'autorisation de faire faire des fouilles dans la Rotonda ; ce sentiment pénible fit bientôt

. place à d'autres sentiments bien plus puissants et d'une nature bien difTércnte. Les chanoines de la Rotonda avaient consenti aux fouilles, et, après avoir obtenu l'autorisation du vicaire et du cardinal titulaires, on se mit à l'œuvre. Mais, comme tu te le rappelleras, l'Académie de Saint-Luc possède un crâne qui passe, depuis je ne sais quelle époque, pour être celui de Raphaël ; le président actuel de l'Académie, l'architecte Salvî, crut devoir demander la permission d'assister aux fouilles avec une députation académique, ce qu'on ne lui refusa pas, et, grâce à cette circonstance, j'ai eu le bonheur de faire partie de la députation, comme membre de l'Académie de Saint-Lûc. Mais, en même temps, on nous adjoignit d'autres députations de l'Académie archéologique et de la commissione délie Belle Arti, ainsi que des professeurs de chirurgie et de chimie, et toutes les fouilles furent exécutées en présence de plusieurs notaires et sous les yeux mêmes du cardinal vicaire, du governatore et du maggiordome; si je rappelle toutes ces particularités avec une si minutieuse exactitude, c'est afin qu'il

' ne puisse pas s'élever le moindre doute dans ton esprit sur le soin extrême avec lequel on a procédé à la recherche du tombeau de Raphaël.

« Je ne te rapporterai pas néanmoins tous les incidents des fouilles; je ne te peindrai pas non plus comment notre espérance allait tantôt s'augmentant et tantôt diminuant; enfin, le 14 sep^

tembre de cette année, jour de TÉlévation de la croÎT, à midi précis, oii trouva une sépulture de tout point analogue à ce que Vasari en rapporte dans la Yie de Raphaël, c'est-à-dire un cercueil complètement enveloppé de itiaçotinerie^ et qui, malf^ré son état de destruction presque complète, contenait cependant un squelette assez bien conservé. C'étaient là les précieux restes que nous cherchions. Aussi toutes les personnes présentes, sans exception, furent-elles convaincues bientôt, même en l'absence dé toute preuve matérielle d'identité, que cette séptilture était bien celle de Raphaël, en raison de la place qu'elle occupait et qui ne pouvait appartenir qu'à elle seule.

« Tu ressentiras infailliblement en lisant ces lignes la pieuse émotion dont nous fûmes tous pénétrés lorsque les ossetneiits du cher maître étaient là découverts devant nous !

u Tu ptiux aussi, Vasari à la main, après avoir lu lé passage où. il est question de ce tombeau, te rappeler la Vierge en marbre de Lorenzetto, placée sur l'autel à gauche de l'entrée, mais imagine-toi cet autel enlevé : c'est justement aux pieds de la statue de la Vierge^ sous une voûte basse construite exprès, à deux palmes (envifpn 16 pouces 7 lignes) au-dessus du sol de l'égUse, que reposent les restes dé Raphaël. Vasari a donc eu raison de dire que la statue de la Vierge lui sert de tombeau, et c'est là un tombeau que l'on aurait de la peine à imaginer plus grandiose.

« Puisse un événement qui, certes, est intéressant pour l'histoire des arts, avoir des conséquences notables pour notre époque et pour l'avenir ! Puissent, en souvenir du très-venéré maître, beaucoup d'artistes se rendre dignes d'hériter de son génie qui, par malheur,' hélas! est enfoui bien plus profondément que

ses OS;

« Il est question d'une cérémonie solennelle, mais qui probablement sera retardée jusqu'à ce que laRotonda n'ait plus à craindre les inondations du Tibre. Ce qu'on fera encore en l'honneur de Raphaël, îé l'Ignore jusqu'à présent, mais il est probable qu'après quelques jours qui seront accordés à l'impatientq^ curiosité du publie,^ les précieux ossements seront enfermés dans un ,

sarcophage de marbre antique que le maggiordome a déjà offert, et qui serait {dacé et enmuré aujnéme endroit. Quant au prétendu crâne de Raphaël que possède T Académie de Saint-Luc, des documents certains^ qui viennent d'être retrouvés, prouvent que c'était seulement le crâne du fondateur de la congrégation dei Virtuosi (existant depuis 4539), lequel était chanoine de la Rotonda et se nommait D. Desiderio d'Adjutorio. Espérons qii'aii lieu de ce crâne apocryphe, qu'on ne présentera plus à la vénération des artistes, nous aurons bientôt un bon moulage de la véritable tête de Raphaël. Cette tête, comme je vous l'ai dit, est bien conservée et possède encore toutes ses dents. )i

Le cercueil de bois de pin, dans lequel le corps de Raphaël avait été déposé, était recouvert d'un fort crépi de chaux et de ti'avertin pilé où se voyaient parfaitement empreintes les veines du bois. Celte enveloppe de maçonnerie offrait des ornements légèrement peints en noir et en rouge. Le vêtement avec lequel le cadavre avait été enseveli devait être attaché par beaucoup de petites boucles et d'épingles en métal. Le cav. Fabris en conserva quelques-unes ; les autres furent réintégrées avec les ossements dans un nouveau cercueil. Le squelette avait en longueur sept palmes et demie, mesure romaine, et presque cinq pieds deux pouces de l'ancienne mesure de France. S» tête, selon l'usage canonique, était tournée du côté droit de l'autel, ou, comme on disait autrefois : a cornu evangelii. Le crâne fut trouvé en parfait état de conservation; seulement, à là partie postérieure qui touchait au sol, on rémarquait une petite place en décomposition, ce qui était causé probablement par l'eau des inondations du Tibre* D'après le moule en plâtre que nous avons vu chez le sculpteurFabris,latête devait être d'une beauté parfaite ; le front s'avance en saillie au-dessus des yeuxi mais il n'est pas large et n'offre pas une hauteur considérable. Par contre, la partie occipitale du crâUe forme un bel arc d'une ampleur extraordinaire. En général, tontes les parties de la tête présentent un développement égal sans que l'une prédomine sur l'autre. Les dents, par-

faitcment conservées et fortement attachées, sont d'ane admirable blancheur; il y en a quatorze dans le haut et quinze dans le bas. La main droite, dont les os adhéraient encore ensemble, fut moulée en plâtre ainsi que le larynx, remarquable par son volume, qui était encore flexible et qui conservait son aspect. Mais, après le moulage, la main, à ce que nous assura M. Fabris, tomba en poussière. Le larynx, au contraire, fut placé, scellé dans une boite de verre et remis dans la tombe avec le squelette.

Lorsque le cercueil fut ouvert, et, plus tard, après le lavage du squelette, le peintre Car. Vincenzo Camuccini fit, d'après nature, quelques dessins qui furent lithographies par Giambattista Borani. En voici la liste :

1» Vue de la voûte sépulcrale entr'ouvcrte, avoc le squefettc de Raphaël à demi caché sous le limon que les eaux avaient déposé ;

2*» La même vue, après que le Umon eut été enlevé;

3" Vue de la chapelle avec la voûte sépulcrale et la statue de la Vierge que Raphaël avait fait faire pour son tombeau;

A"* Dessin du sarcophage antique, donné par le pape Grégoire XVI pour y déposer les ossements de Raphaël.

Ces lithographies, avec la relation des fouilles et de la découverte du tombeau, furent offertes par la congrégation dei Virtuosi aux admirateurs de Raphaël.

Le chevalier Camuccini avait obtenu un privilège pour faire et publier ces dessins. Or, il arriva que M. Horace Vernct qui, comme directeur de TÂcadémie de France à Rome, était aussi présent à Touvertiire du tombeau, voulut en faire un dessin, mais le sculpteur Fabris s'y opposa en lui déclarant que le chevalier Camuccini était seul autorisé à prendre des croquis sur les lieux. M. Horace Vernet, quoique très-surpris de cette prétention exorbitante, remit son crayon dans sa poche et demanda froidement s'il ne lui serait pas permis de faire au moins un dessin de mémoire ? Dans l'après-midi, de retour à l'Académie de France, il peignit avec la facilité qui lui est propre un petit tableau avec quelques figures qui étaient toutes des portraits, et

LE TOMBEAU DE RAPHAËL. 5fi

eprésentant la découverte du tombeau ; puis il fit exécuter sur-

Le-cbamp une lithographie d'après ce tableau. Ce fut une affaire.

Les monopoleurs, qui avaient obtenu d'avance un privilège pour

reproduire en dessin le sujet que M. Horace Vernet avait traité

sans autorisation, s'opposèrent activement à l'impression de

«^ette lithographie, qu'ils regardaient comme un empiétement sur

leurs droits. IL n'en fut donc tiré que peu d'exemplaires*. Plus

iard, M. Vernet donna son tableau à M. Pierre de Cornélius, lors

du séjour. de ce peintre à Paris.

Après cette digression retournons au fait. La découverte des restes de Rîyîhaël n'excita pas seulement une vive curiosité à Rome; xe fut un véritable enthousiasme, et 1« squelette, exposé publiquement dans une caisse fermée avec une glace, fut visité par une foule immense. Au bout d'un mois, le 18 octobre, les^ honneurs funéraires furent rendus au maître, dont les ossements allaient retourner à leur place primitive. Devant l'autel on avait élevé un catafalque sur lequel le nouveau cercueil de bois de pin verni était entouré de cierges allumés. Là étaient présents lés membres de l'Académie de Saint-Luc, ceux de la société d'Archéologie et de la congrégation dei Virtuosi. En outre, on avçiit encore distribué plus de 3,000 cartes d'entrée. Les membres du haut clergé n'assistaient pas à cette imposante cérémonie, à l'exception de monsignore Grimaldi, gouverneur de Rome, et de monsignore deir Armi Uggolini, comme remplaçant du cardinal Rivarola, titulaire de l'église de la Rotonda. On conclut de l'absence sys- . tématique des membres du sacré collège, qi^'ils n'approuvaient pas ces secondes funérailles, quoiqu'ils les eussent tolérées. Après que l'authenticité du squelette eut été encore une fois constatée, le notaire dressa un acte qui contenait l'inscription suivante, et il en donna lecture & l'assemblée.

1. Cette lithographie pof te rinseription niivante : Sepolcro di Raffatllo di Urbino sco» ;'".^- pn^to il 14 ttiUmhre i333.ai Panteoft. Liiogra/ia délie belle arli di Coecarinini. Roma fia del Clemenlino, n« 9i.

GREGORIO. XTI. PONTIFIGE. MAXIMO. 8EUEMTE. ANXe. III. INDICT. VI. RAPHAEUS. SANCTII. VRBINATIS. OSSA. HEIG. JAM. CONDITA. VII. ID. APRIt. ANNI. HDXX. REPERTA. SVNT. POSTRIDIE. ID. SEPTEMBR. ANNI. MDGCCXXXIII. CL. SOCIETATB. ARTIFICVM. BONARVM. ARTIVM. A. D. 10SE- PHO. SVMPTV. SVO. REM. VRBI. ATQVE. ARTIBVS. DEGORAM. PROSIOVENTB. ET. CVRANTE. W. EE. PETRO. FRANGISGO. GALLEFFIO. S. R. ECGL. CAME- RARIO. DNO. PLAGIUO. ZVRLA. SANGTISSIMI. DOMINI. NOSTRI. IN. SACRIS. VICARIO. ET. AVGVSTINO. RIVAROLA. HVJVS. TITYLI. DIACONO. CAROINALl- BVS. R. P. D. GONSTANTINO. PATRITIO. PONTIFiGtiE. DOMVS. PRiEPECTO. ET. \V. RR. BASILIC/E. CANONICIS. ADNVENTiBVS. XIII. VIRIS. NONVMENTIS. ARTIVM. OPTIMARVM. GOGNOSGENDIS. GVRANPIS. GONLEGIO. ARTIFICVM. A. D. LVGA. ET. GONLEGIO. ARCHiEOLOGORVM. PROBANTIBVS. OSSA. EADEM. DILIGENTBR. CVRANTIBVS. ANTONIO. TRANSMVNOO. BARONS. GELUN^. ET NIRABELLI. CLINIGES. EXTERIORIS. IN. ROM. ARGHIGVMNASIÛ. P-. P. ET. ANTONIO GHIMENTIO. P. P. GHEMIiE. IN. EOD. ARGHIGYMNASIQ. I^EPOSITA. SVNT. XV. KAL. NOVEMBR. ANNI. EIVSDEM. MDCGGXXXIII. PLVMREO. IN. GONDITORIO. SIGNIS. MVNITO. ILLVOQ. IN. ARGA. MARMOREA. ANTIQVl. OPERIS. A. SANGTISSIMO. DOMINO. NOSTRO. GREGORIO. XVI. PONT. MAX. PONO. BATA. INCLVSVM. ATQ. ABDITVM. EST.

Ce document, écrit sur parchemin, avait été enfermé dans un cylindre de plomb et joint aux ossements. L'avocat Carlo Fea y apposa, séance tenante, cinq cachets qui s'attachaient avec un fil violet en forme de croix. Pendant le chant du Miserere, le cercueil de bois fut déposé ^ans le sarcophage de marbre donné par le pape. Ce cercueil de bois en contenait un a^tre en plomb avec un couvercle de njêmc métal, qui fut également scellé en six endroits avec les sceaux du chapitre de la congrégation des Virtuosi, de la commission des Beaux-Arts, de l'Académie de Saint-Luc, de l'académie d'Archéologie et du maggiordpme. Sur la couvercle en marbre du sarcophage, on voit au miUeu le monogramme du Qhrist avec une croix de chaque côté gravée en creux. La face principale de ce monument antique offre en bas-relief trois tètes de taureaux entourées de feuilles de lanrieri avec trois petits oiseaux au-dessous.

LE TOSfBEAU DE BAPflAEL. IS

Au bord supérieur du sarcophage, qp lit le distique composé par Pietro Bembo :

111e hic est Raphaël timuit quo sospite vinci Rerum magna parens et morienle mori.

Puis daqs le milieu :

Ossa et^ineres Raph. Sanc. Urb.

Enfin, dans le bas :

Gregorius XVl. p. H. Anno III. iudit. VI. Arcam antiqui operis cpncessit.

Sur les faces latérales, il y a des bas-reliofs représentant chacun un petit laurier avec deux oiseaux au bas.

Après que le sarcophage eut été descendu sous la voûte sépulcrale, le chevalier Fabris mit la première brique recouverte de ciment pour la fermeture du tombeau; après lui les autres présidents académiques vinrent successivement ajouter une brique à la maçonnerie et terminèrent ainsi la solennité ' .

En mémoire de cet événement, on plaça plus tard une table de marbre sur le côté gauche du pilastre, à côté de l'autel de la Madonna del Sasso, avec cette inscription :

RAPHAELIS. SANCTI. VRBINATIS..

CIVIERES. ET. OSSA.

INTRA. CAVVM. ARCVATVM. DVCTO. PARIETE. OBSTRUCTUM. . OPERE. TUMVLTVARIO. FACTVM. ' (N. mO. PlLiE. HVIVS. ANTIQV/E. PONE. ARAM. SGAPO. CYI. lUl'OSITVM. $1GNVM. CVM. iGDIGVLA. MARL€. VIRGIMS. SA2^AN^. JEKZ. ILllVS. TESTA- M^NTARIO. A. LAVR. LATTO. SCVLPTVM. EX. MARMORE. PER. ANNO§. PLV5

1. On en trouve des reUtions détaillées dans les ourrages suivants : Att. D. Carlo Fea, Per la invenzione $eguUa del tepolcro di Ra/faele Sanzio da Urbino (Roma, 1833, iQ-4) ; Carlo Falconieri Siciliano, |feiRoria intorno il rinvenimei^to dellè otMa di Raffaelh Sanzio (Roma, 1833, in-S); hloria del rilrovamento delU tpoglie morlali di Raffaello Sanzio da Urbino, scritta dal principe D. Pietro Odcscalchi dei duchi del Sinnio, con Tagglanta délie notizie aneddote raccolte dal car. Pietro Ercole Visconti, teccçtario pertetuo délia pontiGca accademia d'Arcbeologiai etc. (I^oiqa, i93.3, ia-|.jt

S4i LE TOMBEAU DE BAPHAEL.

CCCXIII CVIQVE, LATENTIA. QVOn. FRVSTBA. HOC. ILLiE. SOLO. TEXTATO. PERQVISITA. TANDEM. XVIII. KAL.OCTOBR.ANNI.MDGCCXXXIII.GREGORI. XVI. P. «. SACRI. PUINCIPATVS. AN. III. DESIDERIVM. EXPLEVERINT. OMNIVV. ET. SE. VIDENDA. DEUERINT. QVOD. QVE. EADEM. IlONESTIVS. ATQ. IN. ' ORDINEM. GOMPOSITA. INTRA. ARCAM. PINEAM. OCCLTSAH OBSIGNATAM. AUS. DVABVS. IM^ISSAM. ALTERI. PLV9ABE;E. ALTEHI. MARMOREiE. IIAC. OPERIS. ANTIQVI. AB. INDVLGENTISSIMO. PRINCIPE. DONO. DATO. ILLE. ITERVM. SVBTER. FEDES. MAGN£. MATRIS. CLE\IENTISSIMi£. VBI. IVSSA. ÉX. TESTAMENTO. ERANT. BONA. CVM. SPE. QVIESCERE. XV. KAL. NOVEMBRIS. INSEQVENTIS. RELIGIOSISSIME. CONÛITA. FVERINT. lOSEPH. FABRIS. SCVLP- TOR. MAGISTER. PERPBTVVS. ET. COLLEGIVM. lOSEPHIANVM. PICTORVM. SCVLPTORVM. ARCHITECTORVM. PETRO. FRANCISCO. GALLEFFIO. PRiEFECTO. COLLEGI. CVRATORVM. VRBÏS. ET. VECTIGALIVM. PLACIDO. ZVRLA. VICE. SACRA. ANTISTITE. VRBIS. AVGVSTINO. RIVAROLA. BASILICS. ilVIVS. S. MARIEE. AD. MARTYRES. DIACONVS. ISDEM. S. ROM. ECCL.. PATRIBVS. CAR- DINALIBVS. CONSTANTINO. PATRITIO. ARCIIIEPISCOPO. PHILIPPENSI. DOMVS. PONTIFICIiE. PR.EFECTO. ET% ORDIXE. AMPLISSIMO. CANONICORVM. BASt- LICiG. EIVSDEM. ADNVENTIBUS. XIII. VIRIS. MONVMENTIS. OMNIGEMS. ANTIQViTATIS. ET. ARTIVM. BONARVM. PROCVRANDIS. ET. COLLEGIS. PO»- TIFICIS. PICT. SCVLPT. ARCHITECT. A. S. LVCA. ET.

ARCH.COLOG. PROBANTIBVS.

AVCTORES. CVRATORES. QVE. REI.

NE. MEMORIA. INTERCIDERET.

POSTQVAM. OCVLIS. NOSTRIS. CARISSIMA. VIDIMVS. OSSA.

CARIVS. HAYD. VSQVAM. QVOD. VIDEAMUS. ERIT.

A roccasion de la découverte du tombeau, on ouvrit une souscription pour élcwer un monument à Raphaël. Cette souscription produisit de fortes sommes en peu de teiQps; el néanmoins, jusqu'à présent, rien n'a encore été décidé ni sur Tendroit où ce monument doit être érigé, ni sur Tartistc qui sera chargé de» l'exécuter.

Les habitants d'Urbin ont aussi le projet de faire ériger une • statue en marbre à leur illustre concitoyen sur la place du Marché, non loin de la maison même de Raphaël, car la ville natale du plus, grand des artistes n'offre pas d'autre témoignage

de radmiration et de la reconnaissance publiques qu'un portrait de Raphaël exposé dans la maison communale, avec l'inscription suivante :

BAPHAEL SANGTIVS PICTOR VRBINAS

COGNOMENTO DIVINVS

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