PRÉFACE
Raphaël est universellement reconnu pour le plus beau génie de Tart moderne, et l'histoire de sa vie intéresse Thistoire même de Fart.
Cependant les nombreuses biographies de Raphaël, écrites depuis Vasari, sont loin de répondre à l'état actuel de nos sentiments et de nos connaissances. Elles n'annoncent point ces études profondes, cette critique judicieuse et indépendante, qui ressuscitent et raniment les événements passés. Ni recherches sérieuses, ni découvertes nouvelles. On peut . dire qu'il manque encore une biographie complète et véridique de cet homme extraordinaire.
L'examen rapide des ouvrages publiés sur Raphaël montrera quelle est leur insuffisance.
La plus ancienne biographie de Raphaël est celle que Paolo Giovio écrivit en latin. Elle parut pour la première iois dans : Storia délia leHeratura ilaliana^ de Girolamo ïiraboschi. Nous la reproduisons dans notre Appendice, n^XIL Elle ne renferme que très-peu de faits, et l'auteur, faute de
' Rafaël von Vrb'mound sein Vater Giovanni Sûw/i. Leipziç, 18Ô0, iii 8®, avec atlas in-rolio.
2 l»HÊFACi:
compétence artistique, s est laissé induire à maintes erreurs' . Paolo Giovio mérite cependant la gratitude de tous les amis des arts, car ce fut lui-même, qui décida Vasari à écrire les Vies des artistes italiens.
Assurément Giorgio Vasari^ dans son important ouvrage : Vite de' più ecceltenti Architettif Pittori e Sciiltoriy etc. ^, a traité aVec un soin particulier la vie de Raphaël ; mais il ignorait plusieurs circonstances de la jeunesse du peintre; il n'avait que des notions confuses sur les travaux de la première Chambre du Vatican ; il a omis beaucoup de tableaux de chevalet^ qui étaient déjà dispersés partout.
On doit reconnaître, toutefois, qu'il indique assez exacte-^ ment Tordre chronologique des œuvres; que ses appréciations en. général sont très-justes, quoique un peu trop également enthousiastes, et qu*il a pressenti avec une haute perspicacité la valeur de Raphaël dans Thistoire de Tart. Sans le trésor de renseignements que contient son livre ^ la tâche que nous entreprenons ici eût été presque impossible.
En 1790, partit à Rome : Vila inedita di Raffaello da (/r6mo, illustfata con note da Angelo Comolli •* On a voulii faire croire que cette biographie était antérieure à toutes les autres biographies de Raphaël. Comolli pense même quelle fut f édigée presque aussitôt après la mort de Raphaël , par Giovanni délia Casa. Elle n'est pourtant autre chose qu'tin maigre extrait de Vasari, avec adjonction de quelques docu-
> Elle était destinée sau& doute à entrer dans Touvrage de P. Giovio , intitule : Illustrium virorum vHas , publié à Florence en i5iÔ. {Note de Védit,)
< Firenze, 1550; 3« édition, augmentée et améliorée, eii j bB8. La biograt>hie de Raphaël parut aussi séparément sous le titre : VUa di Raffaelle da Urbino, Pitiore ed ArehUello, traita da quelle de' Pillori; Sculiori ed Architetti, di Giorgio Vasari. In Roma, 1751.
' 2* édition corrigée, en f 701.
ments nouveaux. Lanzi déjà s'en aperçut. Et, en effet, TAnonyme et Vasarî sont tellement pareils, que, sans aucun doute, l'un a du copier l'autre. L'autre, c'est Vasari. Car l'Anonyme donne des renseignements sur les portraits de Tibaldeoet de Carondelet, sur l'Enfant en marbre, ouvrages inconnus du temps de Vasari, et qui n'ont été découverts que dans le siècle dernier. L'Anonyme commet aussi certaines erreurs que n'eût point commises un contemporain de Raphaël. Par exemple : (p. 22) Raphaël a peint la Sainte Famille, pour Dom. Canigiani, en 1516; (p. 24) à son arrivée à Rome, il y rencontra Pietro délia Francesca et Bramante da Milano (tous deux morts depuis longtemps); (p. 53) il avait peint le portrait de Donna Béatrice d'Esté (quoiqu'il n'y eût alors dans la famille d'Esté aucune princesse de ce nom ; Vasari nomme seulement Béatrice Ferrarese) ; (p. 63) il avait été nommé, par Léon X, intendant des œuvres d'art au Vatican (tandis que le breT du 27 août 1515 l'avait autorisé seulement à acquérir pour les travaux de Saint-Pierre des pierres et des marbres antiques^ et à empêcher la destruction des inscriptions antiques).
Mais ce qui prouve pleinement que la Vita inedita est iine pièce' fiiUacieuse et de fabrication moderne ^ c'est le j>assagc où il est question de la statue de Jonas comme étant dans l'église Santa Maria del Popolo. Le Jonas ne fut placé dans cette église qu'en 1 554. Il était encore dans l'atelier de Lorenzetto lors de la première édition de Vasari en 1 550, fet c'est seulement l'édition de 1568 qui mentionne la translation*de celte statue dans la chapelle Chigi.
Selon toute apparence, le êavant éditeur Comolli, auteur des notes, a été le premier trompé par cette fraude.
Pendant plus de deux siècles on s'est contenté d'extraire