Le Christ sur le mont des Oliviers
Peint pour le duc Guidubaldo d’Urbino. — Sur bois ; h., 22°” 6°” ; 1., 26”.
Au premier plan, les trois apôtres sont plongés dans le sommeil, Saint Jean est couché à gauche ; saint Pierre est assis au milieu, appuyant sa tête sur son bras; à droite, saint Jacques, dont la tête, vue de profil, offre quelque ressemblance avec la tête du Christ. Ils s’adossent tous trois contre un tertre, sur lequel le Seigneur, à genoux, tourné à gauche, les mains jointes, lève douloureusement les regards vers le ciel. Un petit ange, ayant une jambe posée sur un nuage, descend dans les airs, à gauche, apportant le calice d’amertume. A certaine distance, vers la droite, Judas Iscariote s’avance avec six hommes armés. On voit encore deux autres figures à gauche. Au fond, des collines plantées d’arbres, et une ville dans le lointain. Sur les ornements d’or, presque effacés, du vêtement de saint Pierre, on distingue les lettres R. V.
Vasari nous apprend que Raphaël fit, pour le duc Guidubaldo, un tableau achevé comme une miniature, représentant le Christ sur le mont des Oliviers, et que ce tableau fut donné plus tard, par la duchesse Leonora, épouse du duc Francesco Maria, à deux camaldules, Don Paolo Giustiniani et Don Pietro Guirini, qui avaient baptisé son fils.
En effet, ce tableau se trouvait encore au couvent des Camaldules de la ville d’Urbin à la fin du seizième siècle, si l’on peut ajouter foi à un ouvrage publié en 1587, sous ce titre : Roumaldina.
Depuis deux siècles cependant, depuis le temps où le beato frate de Gabrielli était prieur du éouvent des Camaldules, à Urbin, le tableau a passé dans la famille Gabrielli de Gubbio, qui depuis longtemps habite Rome. En 1829, ce précieux tableau était comme perdu pour le prince romain Gabrielli, car un domestique le lui avait volé et l'avait vendu pour 40 scudi à un hd d'objets d’art, nommé Gigli. Le prince ne se füt pas rhême aperçu de ce vol, si, un jour qu'il traversait la chambre où ce tableau avait sa place d'honneur derrière un rideau de soie, le vent n’eût soulevé le rideau et montré le cadre vide. Cependant le tableau volé avait excité l’attention des artistes allemands, sans trouver d’acquéreur ; ce fut inutilement qu’on en offrit la vente à différentes cours d’Allemagne, et peu s’en fallut qu’il ne devint la possession d’un amateur russe. Le prince, averti à temps, put enfin, avec le secours de la justice, rentrer en possession de son tableau, en désintéressant le marchand et en lui abandonnant 10 scudi de bénéfice.
Depuis, ce même tableau fut acquis par le marchand d'objets d'art, Woodburn, à Londres, en 1844, pour quatre mille écus romains. En 1845, il appartenait à M. W® Coningham et il fut vendu à l’encan, en 1849, pour la somme de 787 liv. sterl. 10 schellings. Aujourd’hui, il se trouve dans le cabinet de M. Fuller Maitland, à Stanstead (Sussex) ‘
Ce bel ouvrage, encore exécuté dans la manière du Pérugin, est, d’ailleurs, comme la dit Vasari, d’un fini extraordinaire. Sa conservation paraît très-satisfaisante, quoiqu'il ait été trop nettoyé par le marchand et qu’un restaurateur maladroit ait assez mal couvert quelques parties où la couleur était écaillée. Le tableau n’est pas usé et pourrait facilement être remis en parfait état.
Il se trouvait, dans la succession de Sir Thomas Lawrence à Londres, une étude pour deux des apôtres endormis, dessin à la pointe d’argent, sur papier jaunâtre. D’après la roideur et la sécheresse du faire, nous osons croire que c’est une copie faite par Timoteo Viti. Elle est actuellement Weimar.
Ludwig Gruner a gravé pour notre édition allemande, pl. X, ce tableau qui n'avait jamais été reproduit jusqu'alors par la gravure.