‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 214 sur 407 · Né en 1475, mort en · texte numérisé non relu

Né en 1475, mort en

2. Lodovico de’ Rossi, fils d’une sœur de Léon X, était plein de mérite et de savoir. Élevé sous le même toit avec son Parent, dont il partagea fidèlement toutes les adversités, il fut récompensé de son dévouement par le pape, qui lui était très-attaché et qui l’éleva aux honneurs, Voy. W. Roscoe, Vie de Léom X, t. 11, p. 320,

1518. Dejà, dans la Vie de Raphaël, nous avons fait remarquer que ce portrait n’était pas seulement un des plus grands chefs-d’œuvre du genre, par la libre et vivante manière de présenter les têtes et les accessoires, par la puissance et la vérité du coloris, mais que Raphaël s’est même élevé dans cet ouvrage au-dessus de tous les peintres de portraits, par la profonde représentation de ses personnages, qui sont, pour ainsi dire, vivants sous Ja vue du spectateur, c’est-à-dire qu’il nous suffit d’un seul coup d’æil jeté sur le tableau pour connaître leur caractère et apprécier leur individualité. Si donc nous comparons avec cette peinture ce portrait de Léon X, qu'un écrivain contemporain anonyme nous a laissé dans le manuscrit qui est dans les archives du Vatican, sous le titre de : Leonis À Vita, nous croirons volontiers que cette description a été faite d’après le tableau même. La voici : « Léon, de la célèbre famille des Médicis, fils de Laurent, était d’une stature élevée; il avait un corps lourd et gras, une tête trèsgrosse ; son teint était pourpre, ses yeux étaient grands et d’un développement extraordinaire, mais il avait la vue si faible qu'il ne pouvait reconnaître les objets qu’à l’aide d’une loupe que pour cette raison il'portait constamment avec lui; ses épaules étaient larges, sa nuque et son cou ramassés et si gras, que le cou était presque entièrement couvert par son double menton ; sa poitrine était large, son ventre énorme, ses hanches et ses cuisses si grêles qu’elles ne semblaient point en harmonie avec la tête et le buste. 11 était vain de la blancheur de ses mains et il se plaisait à les admirer, surtout lorsque des bagues de diamant en rehaussaient l'éclat.

« Instruit, dès sa plus tendre enfance, dans la littérature latine et ayant, comme son père, un tact exquis dans l’art de se faire des partisans, il acquit en peu de temps, lorsqu'il vint à Rome en qualité de cardinal, une singulière réputation de mansuétude, de douceur et de bonté, car il semblait indulgent et bénin de nature; ses paroles étaient toujours agréables et flatteuses. Dans le maniement des affaires les plus difficiles 1l ne mauquait ni d'esprit ni d'adresse. Il était secondé, en cela, par la merveilleuse mobilité de son visage très-habile à exprimer tout ce qu’il voulait. 11 savait aussi mener les cardinaux à sa guise, et il se servait, à cet effet, d’un certain Bernardo da Bibiena qui avait été élevé dans la famille des Médicis, etc.

« Léon avait l’habitude de bien accueillir tout le monde; il écoutait attentivement les petits comme les grands et ne laissait partir personne sous l’impression de la colère ou de la mauvaise humeur, mais 11 s’eflorçait toujours, au contraire, de renvoyer satisfaits, ou du moins consolés, tous ceux qui s’approchaient de lui chagrins ou mécontents.

« Il savait contenir et cacher en lui-même sa colère même la plus véhémente (quitte à s’en souvenir à l’occasion); il aimait à prodiguer l'argent et il l’estimait si peu pour son propre compte, qu’exilé et sans fortune il

PEINTURES DE RAPHAEL. 971 était incorruptible quand il s'agissait d’élire un pape; bref, il n'avait pas d’autre but que d’être comme le plus débonnaire et le plus aimable des hommes, ce qui lui gagna bientôt les cœurs des cardinaux et des prélats de Rome.

«Il n’était pas sans intelligence dans les beaux-arts et il cultivait la musique avec zèle et persévérance; car il passa beaucoup de temps à écouter chanter les autres et à chanter lui-même. »

Ensuite l'écrivain anonyme raconte brièvement la vie politique et militaire de Léon X, ses vertus comme pape, sa manie de questionner minutieusement les personnes qu’il rencontrait à la chasse ou ailleurs, sa charité envers les pauvres et sa constante humanité.

Léon X, après son élévation au trône pontifical, n’oublia pas ses anciens amis, lors même qu’il ne pouvait ou ne voulait satisfaire à leur ambition. Telle fut sa conduite envers l’Arioste, qui était venu à Rome pour le voir. Léon X, l'ayant reconnu sur-le-champ, alla au-devant de lui et Fembrassa. Mais ce fut tout; et, décu dans ses espérances, l’Arioste composa un beau conte, dans lequel il excuse le pape, tout en laissant percer ses sentiments de dépit et de vengeance (voyez Roscoe, t. III, p. 24). Léon X assigna de grands traitements aux maîtres de chapelle; il alla même jusqu’à la prodigalité envers eux, et lœ@ur abandonna d’importants bénéfices. Ainsi, il nomma le chanteur espagnol Gabriele Merino à l’archevêché de Bari; il donna un archidiaconat au musicien Francesco Paolosa. La musique le charma à tel point quelquefois, qu’il semblait, en lentendant, tomber en pamoison et être hors de Jui. 1l aimait aussi passionnément la chasse, qui le retenait souvent à la Magliana et à Viterbe. Son jugement à l'égard des œuvres de l'esprit était fin et juste; si on lui présentait des poésies pendant ses repas, il oubliait., pour les lire, le manger et le boire. En général, il était plus adonné aux distractions intellectuelles qu'aux jouissances sensuelles. 11 s’amusait parfois à voir jouer des scènes burlesques qui le délassaient des lourds soucis du gouvernement; c'était un goût qu’il avait contracté dans la maison paternelle. Mais aux repas les plus somptueux il était le plus sobre de tous ses convives ; il jeûnait même avec plus de rigueur que ne l’exigeaient les commandements de l’Église et il était un modèle de chasteté. Sans doute, son grand esprit, à vues larges et hautes, entraînait trop souvent sa générosité êt la poussait à l'excès. Mais ce n’était jamais par ostentation ni par vanité, c'était en général par inspiration d’un cœur excellent, c'était quelquefois aussi par faiblesse de caractère. Il ne faisait pas seulement des présents aux hommes de mérite, il en faisait encore à de mauvais poëtes et à des bouffons qu’il avait attirés en foule à Rome, car il se permettait volontiers avec eux maintes plaisanteries qui n'étaient pas toujours de bon goût. Chaque jour, il faisait remplir de ducats un plat couvert de velofrs cramoisi et il les distribuait à tous

venants, surtout à ceux qui assistaient à ses repas ou qui se distinguaient par des costumes étranges. Cela explique comment, malgré les nombreux revenus du Saint-Siége, Léon X, qui, à la vérité, s'était trouvé mêlé à des guerres dispendieuses, avait à la fin de sa vie vidé tous les coffres de l’État et éprouvait de tels embarras d’argent, qu'il mit en gage les joyaux pontilicaux chez les banquiers Chigi, pour 10,000 ducats (voy. Carlo Fea, Notizie, etc., p. 66, où se trouve publié ce remarquable document).

La politique de Léon X ne fut pas toujours franche ; mais il n’y avait pas d'autre politique alors en Italie. Le système auquel Machiavel donna son nom, s'était formé par la force des choses et par les besoins de ce temps-là, surtout à Florence qui fut le berceau de cette politique. Léon X, d’ailleurs, en abusa moins que beaucoup de ses prédécesseurs et de ses successeurs ; il était, au contraire, souvent obligé de se servir, à regret, des moyens machiavéliques contre ses ennemis qui le combattaient avec ces armes-là plutôt qu'avec l'épée.

Mais, après cette longue digression, retournons à Raphaël. La figure du pape, ainsi que nous l'avons dit, n’est pas seulement traitée de la manière la plus magistrale, mais encore achevée avec le plus grand soin. La tête du cardinal Jules de Médicis est d’une exécution plus rapide , quoiqu’elle soit aussi étudiée et parfaite de caractère ; le cardinal de Rossi parait avoir été gêné lorsqu'il posait pour son portrait, puisque sa contenance est un peu embarrassée, la bouche un peu pincée. Le tableau, en genéral, est d’une vigoureuse couleur, mais tout à fait conforme à celle qui caractérise Raphaël, c’est-à-dire transparente et lumineuse dans les clairs. En 1589, ce portrait était suspendu au-dessus de la porte d'entrée de la Tribune de Florence, comme on le voit dans l’Inventaire de cette même année. Transporté à Paris par les Français en 1797, il y fut nettoyé et même usé en quelques endroits, où l'on croirait voir des taches. Après le traité de paix de 4815, cette magnilique peinture retourna au palais Pitti.

GRAVURES : F. Dom. Picchianti. In-fol. Pour la Raccolta, etc. — F. Morel, pour

l'ouvrage de Wicar, in-4°. — F. Lignon, pour le Musée Napoléon, in-fol. — Samuele Jesi, grand in-fol. — Marri inc., in Faenza. In-fol. Seulement légèrement indiqué. — Chataigner, pour la Galerie Filhol, in-8. — Landon, n° 471.

Seulement la tête du pape Léon X, grav. par Raph. Morghen, dans un ovale. In-8°, n° 218. — A l’eau-forte, par Couché. In-8.

Une étude de la draperie, avec l'indication du fauteuil, dessinée à la pierre noire, passa, de la succession de Th. Lawrence, dans la collection d'Oxford.

Copies d'après ce tableau.

a.) Vasari, dans la Vie d'André del Sarte, rapporte d’une manière circonstanciée que le duc Federico I de Mantoue, passant par Florence en 1525, y admira tellement le portrait de Raphaël, que Clément VII

PLINTURES DE RAPHAEL. 275 promit de le Jui envoyer en présent ; en effet, le pape avait adressé à Ottaviano de Médicis l’ordre d’expédier le tableau au duc Federico, mais Ottaviano, sous prétexte de faire exécuter un nouveau cadre, garda quelque temps le tableau , et fit peindre en secret par Andrea del Sarto une copie si merveilleusement fidèle, qu'Ottaviano lui-même ne pouvait la distinguer de l'original. Le duc de Mantoue reçut donc avec une vive joie ce prétendu tableau de Raphaël, et Jules Romain y fut trompé lui-même, jusqu’à ce que Vasari, qui avait fait son apprentissage dans l'atelier d’Andrea del Sarto, et qui l’avait vu travailler à cette copie, vint à Mantoue, où Jules Romain lui montra ce portrait, en le lui désignant comme un des plus beaux ouvrages de Raphaël. « Cet ouvrage est de la plus grande beauté, répondit Vasari, mais il n’est pas de la main de Raphaël. — Comment, il n’est pas de la main de Raphaël! s’écria Jules ; est-ce que je ne le sais pas mieux que vous, et ne reconnais-je pas moi-même les coups de pinceau que j'y ai donnés? — Vous êtes dans l'erreur, répliqua Vasari, il est de la main d’Andrea del Sarto, et vous allez voir la marque qu’on a mise derrière le tableau , afin qu’il ne fût pas confondu avec original. » Lorsque Jules Romain eut fait retourner le panneau et qu’il eut vu le signe, il fit un mouvement des épaules en disant : « Je ne l'estime pas moins que s’il était de la main de Raphaël, et même je l'estime encore plus, car il y a peu d'exemples qu’un gramd maître puisse en imiter un autre à ce point et reproduire si fidèlement un de ses ouvrages. Bref, il faut reconnaître le talent d’Andrea comme il le mérite. » Selon Gabbiani, la copie portait sur l'épaisseur du panneau, caché dans le cadre, le nom presque illisible de : ANDREA. F. P.... et probablement la date. Plus tard, cette copie admirable passa dans la galerie Farnèse, à Parme, et par héritage ensuite au roi de Naples. Actuellement elle se trouve au musée Borbonico.

b.) G. Vasari avait peint une autre copie de ce tableau en 1537, pour Ottaviano de Médicis, ainsi qu’il le raconte dans sa propre Vie (t. 1, p.143); il en parle aussi dans une de ses lettres écrite à Ottaviano, en 1537. Vraisemblablement ‘c’est cette copie qui passa de la collection de feu W. Roscoe, à Liverpool, dans celle de M. H. Coke, à Holkham. Le tableau est très-beau, mais il à un peu poussé au noir.

c.) Vasari cite encore avec de grands éloges deux portraits faits anciennement d’après celui du cardinal Jules de Médicis qui est dans ce tableau ; l’un, par Andrea del Sarto, qu’Ottaviano de Médicis donna au vieil évêque de’ Marzi ; l’autre, de Jacopo da Pontormo, qu’un certain maçon, nommé Rossino, reçut en payement de ce dernier, avec d’autres tableaux. Un autre portrait semblable, en buste, de 2 6” de haut sur ? de large, est décrit dans le Catalogue des tableaux du cabinet du roi, au Luxembourg. (Paris, 1771.) — Lépicié, dans son Catalogue, considère ce tableau comme une étude pour le tableau original ; néanmoins, ceux qui Pont vu assu-

rent que ce n’est qu’une peinture médiocre , vraisemblablement de Pontormo.

Gravé par Nic. Edelinck pour le Cabinet Crozat. In-fol. — Landon, n° 319.

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