Portrait de Laurent de Médicis, duc d'Urbin
Laurent de Médicis, deuxième du nom, était le fils aîné de Pierre de Médicis; 1l dirigea le gouvernement de Florence, mais toutefois sans gloire, après que Julien de Médicis eut librement résigné le pouvoir. Le pape Léon X Pavait nommé duc d’Urbin en 1516. Par son mariage avec Madeleine de la Tour, dite de Boulogne, il entra en parenté avec la maison royale de France. La naissance de sa fille unique, Catherine, qui fut depuis la femme de Henri II, roi de France, coùta la vie à la mère. Laurent aussi mourut peu de jours après. Son tombeau, exécuté par Michel-Ange , fait face à celui de son oncle Julien de Médicis.
Il résulte d’une lettre du duc lui-même à Baldassare Turini, à Rome, publiée par le docteur Gaye, dans son Carteggio, t. II, p.146, que Raphaël peignit ce portrait en 1518. Dans cette lettre on lit : « Firenze, 4 febbrajo 1518. — El ritratto mio, che fa Raffaello d'Urbino e le cose che fa Michelino, quando saranno expedite, le manderete come advisate.» Puis, sous la date du 5 février 1518 : « Circa el ritratto intendo quanto dite che è finito et è bello et molto mi piace ; quando sarà tempo mandarlo, lo manderete.» Du temps de Vasari, ce portrait se trouvait encore, avec celui de Julien de Médicis, à Florence, chez les héritiers d’Ottaviano de Médicis. Quant à ce qu’il est devenu depuis, on l'ignore ; mais, au musée Fabre, à Montpellier, on en voit une copie ancienne sur bois (H. 98 cent.; 1. 74cent.), qui nous prouve que l'original était le digne pendant du portrait de Julien de Médicis. Cette copie du musée de Montpellier resta enfermée jusqu’en 1824 dans une villa près de Sienne, et elle fut donnée en payement, avec d’autres peintures sans valeur, à un peintre de Florence qui avait décoré les chambres de cette villa. M. Fabre l’acheta à bas prix, en 1826, ce qui occasionna ensuite des pourparlers entre lui et le peintre qui la lui avait vendue, car le possesseur avait fait grand bruit de son acquisition et le peintre florentin voulait résilier le marché.
Ce portrait représente le duc en demi-figure, vu de trois quarts, tourné du côté gauche; les traits de son visage portent bien le type des Médicis. Il tient le pommeau d’un poignard dans sa main et laisse tomber son bras gauche en arrière. Ses cheveux bruns et sa barbe, de la même couleur, sont coupés court. Il est coiffé d’une barrette, ornée d’une médaille. Une chemise blanche ressort de son pourpoint à manches rouges, broché d’or, par-dessus lequel il porte un vêtement garni de fourrures, à larges man-
1 Né en 1409, mort en 1519,
PEINTURES DE RAPHAEL. 275 ches. Le fond est vert. Quoique ce tableau soit donné comme original, l'exécution cependant dément cette originalité, et, d’ailleurs, selon l’ordinaire des copies, il a beaucoup poussé au noir.
Deux autres copies du même portrait se trouvent dans les magasins de la galerie de Florence.