Madonna dell Impannata
Sur bois. Jusqu’aux genoux. Figures presque de grandeur naturelle.
La Vierge, debout à droite, s'apprête à prendre dans ses bras l'enfant Jésus que lui présente sainte Élisabeth, tandis qu’une des saintes femmes, apparemment la Madeleine, debout derrière celle-ci, touche du doigt l’Enfant, qui tourne en souriant sa tête et son regard vers elle, mais en embrassant sa mère. À droite, saint Jean-Baptiste, âgé d’environ dix ans, assis sur une peau de panthère, désigne du geste le Sauveur.
Raphaël fut chargé, par le Florentin Bindo Altoviti, de faire cette peinture ; c’est ce qui explique pourquoi il y a représenté le patron de Flo-
rence, saint Jean-Baptiste, beaucoup plus âgé que Jésus-Christ, afin de lui donner une plus grande importance dans le tableau. Au fond de l’arrièrechambre, on voit une fenêtre fermée avec des châssis de toile (ëmpannata) en guise de vitres : c’est là ce qui a donné au tableau le nom sous lequel il est ordinairement désigné. Vasari, qui le cite, dit qu’il appartenait alors au duc Côme de Médicis. Il fut apporté en France par suite des guerres d'Italie, et, après avoir été exposé au palais du Luxembourg, à Paris, il retourna au palais Pitti, à Florence, en 1815.
Que cette composition soit de Raphaël, c’est ce que nous atteste le témoignage de l'écrivain que nous venons de citer, ainsi que la belle esquisse qui se trouve dans la collection royale d'Angleterre. Dans .ce dessin il manque la figure de saint Jean; or, cette figure est la plus faible de toutes celles qui sont dans le tableau. On a cru pouvoir induire de l'absence du saint Jean dans l’esquisse, qu’il n’était pas de l’invention de Raphaël, ce que nous n’admettons pas, car les lignes de cette figure s’harmonisent parfaitement avec l'ordonnance de la composition. C’est dans l’enfant Jésus, et surtout dans sa tête, que nous croyons reconnaître la main du maître; mais tout le reste semble avoir été exécuté par un de ses élèves ; car, si belle de forme que soit la tête de la Vierge, elle a pourtant quelque chose de froid dans l'expression et dans le faire. La jeune sainte, d’une peinture également sèche , accuse un pinceau mou et timide ; la main droite aussi est incorrecte de dessin. La tête’ de sainte Élisabeth est plus spirituellement faite, bien qu’elle ne soit pas dans la manière de Raphaël. Les draperies, quoique éxécutées d’après les indications de Raphaël, sont roides de plis et dures de couleurs.
GRAVURES : Francesco Villamena sc., 1602. Gr. in-fol. — Le même, sans nom du graveur, Romæ, 1611, avec une dédicace à Nicold Guicciardini. Gr. in-fol., — Raphael Guidi, 1614, in-fol. — C. Mogalli. Petit in-fol. Pour la Raccolta, etc. — Chez Mariette. Du côté opposé, in-fol. — Encore une fois, chez le même, petit in-fol. — Crispin de Pas. Petit in-4. — Le Blond exc., du côté opposé, avec la lettre : Mater mea et fratres, etc., in-fol. — Baltser, 1818 et 1819. Estampe trèsdure. In-fol. — Em. Esquivel de Sotomayor inc. Flor. 1825. Gr. in-fol. — Dissard sc. et exc. Au pointillé. In-fol. — Bertonnier, 1829, — Landon, n° 436.
ÆEn 1834, le Rév. John Sanford acheta, de la succession de l'avocat Rivani à Florence, une répétition de ce tableau, qu’il porta à Londres en 1838. Ce n’est qu’une ébauche, car en plusieurs endroits on voit encore les traits du dessin; les deux enfants seulement sont un peu plus achevés que le reste. La carnation, d’un ton rougeâtre, a des lumières blanches dans la manière de Perino del Vaga. L'expression de l'enfant Jésus est moins animée que dans le tableau du palais Pitti, et, en somme, toute cette peinture n’a pas ce cachet spirituel que l’on retrouve toujours dans les ébauches de grands maitres. Une autre copie se trouve au musée royal de Madrid. L’exécution en est très-habile. La couleur des chairs, chaude et
transparente de ton, tire sur le jaunâtre. C’est chez le restaurateur des tableaux du musée que nous avons vu ce tableau.