Le Repos en Égypte
Sur bois, H: 4° 107: 1. 3° 7”.
La Vierge, accroupie à terre, penche l’enfant Jésus vers le petit saint Jean, agenouillé, qui lui présente des fruits enfermés dans un coin de sa peau de mouton. Saint Joseph s’approche, tenant dans la main gauche la bride de l’âne, presque entièrement caché par les feuilles d’un palmier, et caresse le petit saint Jean. Le fond du paysage est doré par le soleil couchant.
Une ancienne gravure de Giulio Bonasone prouve que ce beau tableau, qui appartient à la galerie du Belvédère, à Vienne, est une composition de Raphaël, et cette peinture annonce un des meilleurs élèves du maître. Cependant nous ne saurions nous convaincre qu'il a été peint sous les yeux de Raphaël ; la composition penche toute d’un seul côté et n’offre pas un véritable ensemble ; elle pèche aussi contre l’ordonnance habituelle des œuvres du maitre, qui, certainement, n'eût jamais toléré de pareils défauts dans ses ateliers. C’est pourquoi il nous semble que ce tableau a été exécuté d’après une esquisse incomplète de Raphaël, à laquelle, pour rétablir léquilibre de la composition, 1} se proposait encore d’ajouter un ange ou quelque autre figure.
La couleur énergique de ce tableau a un peu poussé au noir, et la manière dont est traité le paysage rappelle l’école néerlandaise. Quoique les draperies aient souffert en quelques endroits, cependant les parties principales sont bien conservées, et surtout les têtes présentent une véritable expression raphaélesque, dont toutes les estampes gravées jusqu’à présent ne donnent point une juste idée.
Quant à l’histoire de ce tableau, on sait seulement, avec certitude, que saint Charles Borromée, revenant de Rome le 23 septembre 15635, l'emporta avec lui à Milan. On peut supposer qu’il avait reçu du duc Guidubaldo II d'Urbin , lorsqu'il célébra, en 1560, le mariage de Federico, comte Borromeo, général des troupes du pape, avec Virginia, fille du duc Guidubaldo. Dans son testament, écrit le 6 novembre 1576, saint Charles Borromée confia ce tableau, ainsi que les objets d’art qu’il possédait, à Lodovico Moneta, son fidèle compagnon, avec la recommandation verbale de le vendre et d’en remettre le prix au grand hôpital de Milan qui devait hériter de tous ses biens. Après la mort de cet archevêque, survenue le 3novembre 1584, le tableau fut acheté par la fabrique de l’égliseS. Maria presso S. Celso, à Milan, pour 300 scudi, et placé dans la seconde sacristie de cette église‘. Lorsque larchiduc Joseph, héritier présomptif de
1. Voy. Historia dell anlichità di Milano. Venezia, 1592, in-4°, p. 388, et Osterreichische Zeilschrifl für Geschichts-und Staalskunde, 1835, n° 47 et 48.
l'empire d'Autriche, visita l'Italie pour la première fois, cette” peinture lui plut tant, qu’il proposa aux supérieurs de l’église de la céder à la galerie impériale de tableaux; ceux-ci firent présenter leur tableau à Leurs Majestés, en 1779, par l'intermédiaire de Karl, comte Firmian, ministre plénipotentiaire de l’empereur en Lombardie. Pour reconnaître ce don, l’impératrice Marie-Thérèse, par un rescrit de sa main, du 17 juin, à l’archiduc Ferdinand, gouverneur de la Lombardie, fonda deux rentes perpétuélles, de 50 ducats chacune, qui devaient être remises à de pauvres filles, chaque année, le jour de la fondation de la susdite église, pour leur servir de dot. Ces jeunes filles devaient être choisies de préférence dans les familles qui étaient employées à la fabrication de la soie. L’empereur Joseph donna en outre à la fabrique de S. Maria presso S. Celso une bonne copie du tableau par Martin Knoller en 1780, laquelle occupe maintenant la place de l'original, avec six magnifiques candélabres et une croix d'argent, qui ornent encore aujourd’hui le maître-autel de l’église aux grandes cérémonies. Le remarquable rescrit de Marie-Thérèse est imprimé dans la Revue autrichienne des documents historiques de l’État (Osterreichischen Zeitschrift für Geschichts-und Staatskunde ), du 17 juin 1835, p. 190. La dotation instituée par Marie-Thérèse, fut supprimée dès l'invasion des Français en 1796, mais l’empereur Francois ler ne se contenta pas seulement de la rétablir le 14 mai 1827, il en fit payer tout l’arriéré depuis 1796.
Gravures : Giulio Bonasone, du côté opposé. Bartsch, t. XV, p. 196, n° 59. — C.E. Pfeiffer, 1768. Au pointillé, pl. teintée. In-fol. — Mich. Benedetti. Au pointillé. Gr. in-fol. — Fr. John, pour le Taschenbuch Aglaja de 1828, in-8. — Adolfo Fiorini dis. et incid., 1829. Gr. in-fol. — J. Blaschke, pour la Galerie
impériale et royale du Belvédère (Vienne, chez Carl Haas, 1821-1828, 2 vol. in-fol.). — Landon, n° 328.
Copies de ce tableau.
a.) Dans la collection de don Jose de Madrazo, à Madrid. Elle est de toute beauté et traitée avec grand soin, cependant un peu sèche de pinceau. Les ombres sont trop noires dans les chairs et le paysage n’est pas exécuté dans la manière de Raphaël.
b.) Dans la sacristie de l’église S. Eustorgio, à Milan. Cette copie a fortement poussé au noir.
c.) Dans la galerie Borghèse, à Rome.
d.) Au palais Doria, à Rome. Cette copie, qu’on attribue mal à propos à fra Bartolomeo, nous offre la même composition, avec l’adjonction de deux anges debout à gauche. Elle est un peu roide et dure.
e.) Buchanan cite encore une copie qui était au palais Colonna, à Rome, et qui fut vendue, par l'intermédiaire de M. Udney, à M. Davison pour 650 livres sterling.