Madone du grand-duc de Toscane
La Vierge (demi-figure), debout, porte sur son avant-bras gauche l’enfant Jésus assis et le contemple, les yeux baissés. L'enfant, vu de côté, tourne la-tête, jette les regards hors du tableau et pose sa main droite sur le sein de sa mère. La figure de la madone, couverte d’un ample manteau bleu, ressort puissamment sur le fond, qui est très-vigoureux de ton.
Quoique ce ravissant tableau se ressente déjà de la grandeur florentine, toutefois, c’est encore la manière du Pérugin. A la fin du siècle dernier, ce tableau, avec d’autres peintures de Carlo Dolci, se trouvait dans la possession d'une pauvre veuve, laquelle, ne connaissant pas son trésor, le vendit à un libraire pour 12 scudi. Par l’entremise de Puccini, alors directeur de la galerie de Florence, cette madone devint la propriété du grand-duc de Toscane, Ferdinand I, qui la portait constamment avec lui dans ses voyages, et c’est de cette circonstance que lui vint le nom sous lequel on la désigne généralement. Nous avons vu êette précieuse peinture dans les appartements de la grande-duchesse, au palais Pitti. Dans les derniers temps, ce tableau a été placé dans une des salles de la galerie. La conservation de cetouvrage était parfaite, mais il a souffert depuis, par suite d’un nettoyage à fond.
GRAvURES : par Raphaël Morghen, en 1823; petit in-fol. Cat. 250: — Par della Bella ; petit in-fol. — Par Franz Stôber, à Vienne; petit in-fol. — Vierge au palais Pitti, d’après un dessin de Desnoyers, gravé par Lorichon, 1835, in-fol, — Par Jean Serz, in-fol. — De même, par Ach. Martinet, avec de légères ombres, mais bien dans le caractère de l'original. — Lithographié par P. Stôhr, in-fol. — Id., par J. Fertig, petit in-fol. — De même, par Deveriso, en 1839.
Une belle copie de cette Vierge, mais avec un fond de paysage, vraisemblablement l’œuvre d’un élève de Raphaël à Florence, fut achetée en Tos-
1 Voir te 170:
cane par un amateur russe qui, en 1838, la mit en vente à Francfort-sur-Mein. Dans la collection de Florence se trouve une étude originale à la plume pour la tête de la madone.
29, Madone du duc Terranuova.
Sur bois; rond ; de 2’ 9 3/4” de diamètre. (Actuellement au musée de Berlin".
La sainte Vierge assise tient l'enfant Jésus couché sur ses genoux. Elle l’admire, la tête penchée vers lui et élevant un peu sa main gauche : ce mouvement rappelle le style de Léonard de Vinci. Le petit saint Jean, debout à gauche, la tête fortement tournée, présente avec amour à l'enfant Jésus une banderole, sur laquelle on lit : Ecce agnus Dei, A droite, un autre enfant s’appuie contre la Vierge; cet enfant a une auréole et paraît représenter un des futurs apôtres. Un petit mur, derrière ces figures, avec un paysage au loin, forme le fond du tableau. Dans la bordure de la robe que porte la Vierge, en pleine poitrine on distingue la lettre M, ce qui pourrait faire naître des doutes sur lauthenticité de cet ouvrage. Mais la composition, aussi bien que l'exécution, est tellement dans la manière de Raphaël à son premier séjour à Florence, que, quant à nous, il ny a pas d'incertitude sur l’auteur de ce chef-d'œuvre.
Le ton général de cette peinture est énergique, quoique doux. Le caractère des têtes rappelle celui de la Vierge du grand-duc de Toscane, que nous avons ci-dessus décrite : ces deux peintures sont évidemment de la même époque. Le tableau, en somme, est bien conservé, mais il à été en quelques endroits un peu trop fortement nettoyé.
D’après tous les renseignements que nous avons recueillis, ce tableau paraît avoir toujours appartenu à la famille des ducs de Terranuova, de Gênes, résidant actuellement à Naples. En 1854, il fut acheté pour le compte du roi de Prusse, moyennant la somme de 30,000 écus. Cette acquisition fut, dit-on, motivée surtout par un sentiment de piété filiale. Le défunt roi avait beaucoup admiré ce tableau lors de son séjour à Naples; mais, ne pouvant l'obtenir alors, il avait vivement recommandé à son fils, le roi actuel, de ne point le laisser échapper si jamais la famille Terranuova consentait à s’en dessaisir.
+ Gravé par Jérôme Scotto, 4823, grand in-fol. — M. Ed. Schæfer, à Francfort-sur-Mein, en a fait un dessin qu’il grave en ce moment.
Une étude qui semble avoir servi pour l'enfant Jésus se trouve dans la
collection de Florence.
4 N° 247% du catalogue, où M. Waagen indique 1505 comme date probable du tableau. (Note de l'éditeur.)
2. Cette lettre nous parait être l’initiale du nom de Marie. Rien n’était plus usité, à cette époque, que les initiales d’un nom propre brodées sur des habits d'homme ou de femme. — M. Waagen, qui, dans son catalogue du musée de Berlin, donne soigneusement les signatures et
marques des tableaux, ne signale point cette lettre M. (Nole de l'éditeur.)
26 PEINTURES DE RAPHAEL 23. Petite Madone de lord Cowper.
Sur boiss;th., 24”: 1., 17”,
La Vierge (demi-figure), assise près d’un mur, penche sa tête, vue de face, un peu à droite, et tient de la main gauche l'enfant Jésus, qui l’enlace de ses bras en se soulevant vers elle. Il pose un pied dans la main de sa mère, que celle-ci tient ouverte sur ses genoux, et il tourne la tête du côté gauche en regardant vers le bas. Une draperie violette, recouverte d’un voile transparent, enveloppe la tête de Marie. Pour fond, un paysage, dans lequel on voit à droite une église à coupole sur une colline.
La composition de cet ouvrage est évidemment de l’époque où Raphaël, en quittant la manière du Pérugin, se rapprochait de celle de Florence, c’est-à-dire vers 1503. L’exécution en est très-facile, rapide, légère; les mains, et surtout celles de la Vierge, sont d’un dessin élégant, presque coquet, ce qui ne se rencontre pas souvent dans les œuvres de Raphaël. Les draperies sont fortement glacées ; le premier plan du paysage offre un ton brun-verdâtre, et le fond est d’un bleu clair.
Il nous paraît douteux que ce tableau soit entièrement de la main de Raphaël. Sa conservation, d’ailleurs, est parfaite.
Il se trouvait autrefois à Urbin!, si nous sommes bien informé, et il fut acheté par lord Cowper, ambassadeur d'Angleterre à Florence, pour la belle galerie qu’il a formée à Pansanger près Hertford, résidence de sa famille?,
Un tableau tout à fait semblable, qui cependant ne nous est connu que par un dessin, a dû passer de la succession du duc d’Urbir chez un intendant grand-ducal, nommé Peruzzi, demeurant à Florence. On dit cette peinture très-achevée, mais elle aurait souffert du nettoyage. En 1847, un peintre de Florence avait été chargé de la restaurer.
Une étude pour la tête de l’enfant Jésus, à la pointe d’argent sur papier préparé gris, est conservée dans la collection de l’Institut de Stædel, à Francfort-sur-Mein.
24. Portrait d'un jeune homme de la maison Riccio. Sur bois; h., 19” 6; 1., 45.
Ce portrait en buste représente un jeune homme d'environ 20 ans, tourné à gauche, vu de trois quarts et regardant hors du cadre. Ses cheveux plats et tombants sont coupés droit; sa tête est couverte d’une petite
1. Michele Dolce, dans ses notes manuscrites, réunies vers 1775, et intitulées : Ragguaglio delle pilture che si trovano in Urbino, parle (p. 60) de deux Madones peintes par Raphaël, qui se trouvaient dans les familles Bonaventura et Palma; ces tableaux ont actuellement disparu, Peut-être l’un d’eux est-il celui que lord Cowper acheta à Florence. En tous cas, Dolce n’était point un connaisseur qu’il faille croire sur parole. (Voy. Pungileoni, p. 8.)
2. 11 a été exposé à Manchester, n° 138. Voir Trésors d’arl, etc., par W. Burger, p. 56. (Note de l'éditeur.)
DE SON ÉPOQUE FLORENTINE. 27 barette noire ; de la main droite il tient son pourpoint. Sur les deux agrafes du vêtement qu’il porte en dessous et qui laisse sortir sa chemise, on lit: RAPHAELLO VRBINAS FEC. Deux colonnes de marbre coloré ornent le fond, de chaque côté, entre lesquelles on aperçoit au loin une prairie entourée d’un bois où un cerf, guetté par un loup-cervier, vient paître sous des arbres.
Ce tableau, très-bien conservé, est encore quelque peu dans la manière du Pérugin. 1] provient de la maison Riccio de Florence, où il était encore quand Ignatius Hugford déclara par écrit que cette peinture avait à ses yeux une originalité incontestable. Raphaël Mengs confirma depuis lopinion de Hugford en ces termes: « lo sottoscrito ho veduto e considerato il « sopra accennato quadro, il quale giudico opera di mano di Raffaele da « Urbino , come sopra. Fatto a Firenze oggi 17 Gennajo 1774. RAFFAELÉ «€ MExGs. » L’attestation d’Ignatius Hugford, dans laquelle il dit par erreur que le portrait repréente Raphaël lui-même à l’âge de 21 ans, a été collée derrière le panneau. Ce tableau passa ensuite dans la coll. du comte Firman, au château de Leopoldskron près Salzbourg, et plus tard dans celle du banquier Trautmann , qui le vendit au roi Louis de Bavière pour la pinacothèque de Munich .
Gravé par P. Ant. Pazzi, pet. in-fol. — Lithogr. par Lorenz Quaglio, de la grandeur de loriginal, pour le cinquième cahier des /mitations de Zelter, d’après les meilleures peintures originales (Munich, 1822). — Ce portrait, dans ces deux reproductions, est donné comme celui de Raphaël.
95. Tableau d'autel pour le monastère de Saint-Antoine de Padoue, à Pérouse.
Raphaël peignit un tableau avec un tympan (/unetta) et un gradin d’autel (predella) à cinq sujets, pour les religieuses de ce couvent. Il-avait entrepris déjà ces ouvrages en 1504, avant son voyage d’Urbin, mais il ne les termina qu’à son retour à Pérouse, comme nous le démontrerons plus loin ?.
Tableau principal.
Sur bois; presque carré. Figures deux tiers de nature.
La Vierge, assise sur un trône richement orné et élevé de quelques marches, tient l’enfant Jésus sur son genou droit; celui-ci porte un vêtement blanc, à ornements verts et rouges, avec un manteau violet. De la main droite il bénit le petit saint Jean qui s'approche en adoration. Près du trône se tiennent debout sainte Catherine à gauche, vue de profil, et sainte Dorothée à droite, toutes deux ayant en main des palmes, symbole de
1. N° 587, Il° partie, du catalogue du musée de Munich, qui suppose que ce portrait pourrait être celui du duc d’Urbin. (Note de l’édileur.) 2. Voir aussi t. 1, p. 71 et suivantes,
leur martyre. Sur le devant se trouvent, d’un côté saint Pierre, et saint Paul de l'autre. On entrevoit un paysage qui forme le fond, de chaque côté du trône. Le ton de cette peinture est puissant, et souvent brun dans les ombres; la carnation des femmes et des enfants est cependant très= claire. La tête du saint Pierre rappelle celle du même apôtre dans le tableau du Couronnement de la Vierge; celle de saint Paul est très-colorée, et brune dans les ombres. Le manteau bleu foncé de la Vierge est parsemé de points d’or dans le goût antique. En général, les bordures des vêtements sont très-richement ornementées à l’instar du Pinturicchio. La Vierge et l'Enfant, tous deux ravissants de douceur dans -lexpression, tiennent encore à la première manière de Raphaël, tandis que les deux saintes trahissent déjà l'influence florentine, autant par la forme des têtes que par le mouvement des mains. Le ciel et le paysage sont d’un ton un peu noir, mais tempéré. à Le tympan.
Il représente le Père Éternel vu à mi-corps, ayant le globe terrestre dans la main gauche, avec deux anges à ses côtés, et au-dessus, dans le firmament, deux têtes de chérubins. Ce tableau, qui rentre bien plus dans la manière du Pérugin, est moins brun de ton que le tableau principal, ayant lequel il a dû être terminé.
En 1678, les religieuses vendirent ces deux peintures au comte Gio. Antonio Bigazzini, à Rome, moyennant deux mille scudi, et reçurent en outre une copie de l’un et l’autre tableau pour leur maître-autel. (Voy. Annibale Mariotti : Lettere pittoriche Peruginei, etc. Perugia, 1778, in-8. p. 126. Il à tiré ces renseignements des archives de Pérouse.) Plus tard, ces tableaux entrèrent dans la galerie Colonna, et, à la fin du siècle dernier, ils dévinrent la propriété du roi de Naples. Ils sont bien conservés, à cela près cependant que le tableau principal est fendu dans toute sa largeur, et qu’une des deux fentes traverse les trois têtes de femmes.
Une gravure au trait de ces deux tableaux se trouve dans l'Histoire de l'art par les monuments, de Seroux d’Agincourt, t. II. — Lithogr. par Deluise, in-fol., et par Ludwig Ritter, in-fol.
L'étude pour Dieu le Père, dessinée à la plume, d’après le modèle vivant, se trouve dans la collection Wicar, à Lille.
Peintures du gradin.
Il y avait cinq sujets, que les religieuses vendirent, antérieurement, à la reine Christine de Suède, en 1663, au prix de 601 éeus romains. (Voyez Mariotti, Lettere pitt. perug., p.125.) Ils passèrent de la galerie Bracciano dans celle du duc d'Orléans, et, quand cette dernière fut en majeure partie vendue à Londres, en 1798, ces tableaux se trouvèrent divisés entre plusieurs amateurs anglais. ;