‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 257 sur 407 · Saint Luc faisant le portrait de la Vierge · texte numérisé non relu

Saint Luc faisant le portrait de la Vierge

Sur bois. Figures de grandeur naturelle.

L’apôtre saint Luc, le genou droit plié sur un tabouret devant un chevalet de peintre , fait le portrait de la Vierge qui lui apparaît au milieu des nuages avec lenfant Jésus. Raphaël, âgé d'environ trente ans, sans barbe,

se tient derrière lui à droite, et suit des yeux attentivement le travail du saint patron des peintres. On aperçoit la tête et le poitrail du bœuf qui est le symbole de ce saint. Pour peu que l’on examine ce tableau, on reconnaît sur-le-champ qu'il a été exécuté par plusieurs mains ; la tête du saint, notamment, est peinte si magistralement, elle est d’un ton si chaud et d’une expression tellement remplie d’âme, qu’on peut la croire réellement sortie du pinceau de Raphaël; toutes les autres parties du tableau sont loin de la perfection de cette tête ; les extrémités, à la vérité, sont dessinées d'une manière savante et ferme, mais elles sont froides de ton. Il en est de même de la draperie, traitée dans la manière de Francesco Penni. Le portrait de Raphaël est chaudement coloré, mais la madone et l'enfant Jésus ne sont qu’ébauchés et très-lourds de formes. 1l est vraisemblable que Raphaël, après avoir légèrement esquissé ce tableau, aura seulement peint la tête et le bras du saint. Mais il est diflicile de croire qu’il ait lui-même introduit son portrait dans cette composition, car, modeste comme 1l l'était, il ne se fût certainement pas permis d’exprimer, par sa présence dans le tableau, tout ce qu’il semble dire avec orgueil : « J'ai vu comment la Vierge est apparue à saint Luc, afin (comme le rapporte la légende) qu’il pût faire son portrait ; voilà pourquoi je suis seul capable, comme saint Luc, de faire de si belles Madones. » Mais on peut bien admettre qu’un de ses élèves ait eu cette même pensée et qu'il ait voulu, après la mort de Raphaël, le représenter lui-même dans son propre ouvrage. Le tableau a, du reste, beaucoup souffert dans plusieurs parties et il est fortement repeint. Pierre de Cortone en fit don à l’église S. Martino, à Rome, nouvellement rebâtie d’après ses plans. Sixte-Quint avait déjà, en 1588, donné cette église à l’Académie des peintres et des architectes de Saint-Luc, en la consacrant au saint patron de cette académie. Actuellement le tableau se trouve dans la collection de l'Académie, à Rome, et, sur l’autel de l’église de Saint-Luc, où il était autrefois, on a mis à sa place une copie peinte par Antiveduto Grammatica, qui l’exécuta lorsqu'il se trouvait président de cette académie, pour vendre l'original, ce qui amena sa destitution.

Gravures : J. Langlois, Romæ, gallice Academie alumnus. Avec une dédicace à J.-B. Colbert, in fol. — Cornelius Bloemert, in-fol. — Matth. Piccioni. En contrepartie, et au bas une dédicace au cardinal Franc. Barberini, H. 9” 1”; 1. 6° 9°”. — Par un anonyme, mauvaise eau-forte. En contre-partie, avec une dédicace à Matthæus Piccionus Anconitanus. Pet. in-fol. — Giov. Rossi, mauvaise planche in-fol! — Landon, n° 132.

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