‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 272 sur 407 · Portraits de la Maîtresse de Raphaël · texte numérisé non relu

Portraits de la Maîtresse de Raphaël

Sur Pois: He 6 12 ES

A Blenheim, palais du duc de Marlborough, se trouve un portrait de femme, qui, dans le catalogue, est appelée Dorothea, maîtresse de Raphaël. Ce portrait est en buste, tourné à droite, vu de trois quarts. La coiflure, formée d’une étoffe blanche qui couvre seulement le derrière de la tête, laisse à découvert l’ovale du visage encadré de cheveux noirs. La robe, de couleur 4ncarnadine, s’enveloppe d’un manteau cramoisi garni d’une fourrure mouchetée, sur lequel repose la main gauche ; la main droite est appuyée sur un panier rempli de fruits. A travers une fenêtre, qui est à droite dans le fond, on voit un paysage avec des fabriques traitées dans le goût vénitien.

Cette femme, qui n’est plus dans la fleur de l’âge, a quelque chose de trivial et de désagréable dans le caractère, ce qui ne se voit jamais dans les œuvres du grand maitre. Les étoffes sont très-largement traitées, mais les mains, aux doigts longs, sont négligemment exécutées dans la manière de Sébastien del Piombo, auquel nous croyons pouvoir aussi attribuer cette peinture.

Gravé par Thomas Chambras, 1765, sous le titre de : Raphaels Mistress. Ce portrait, qui est connu aussi sous le nom de la Vendgngeuse, fut publié dans la Collection of prints engraved afler the most -capilal paintings in England, by John Boydell, 1796, grand in-fol. — Le buste seul, y compris la main gauche, par P. Pejrolerj, avec cette légende : Rülirali ed onesti sono miei pregi. In-4°.

Cette dernière gravure cependant pourrait avoir été exécutée d’après une répétition de ce tableau, en demi-figure, que possédait feu madame Cavallini-Brenzoni, à Vérone. Haut. 28” 5°”; larg. 22” l’”. Grav. par Jac. Bernardi, 1830, avec cette inscription : Raphaelis amicilià celeberrima La Fornarina, et avec une dédicace à Benedetto Con. Valmarana, patrizio veneto. In-fol. — Lors de notre dernier séjour à Vérone, nous cherchâmes à voir ce portrait, et nous apprimes qu'il avait passé, avec d’autres tableaux, dans des mains inconnues ; mais, selon le témoignage de la feuille artistique de Stuttgart {Stuttgarter Kunstblatt), du 26 janvier

1831, on ne le regardait pas, même au palais Brenzoni, comme un original de Raphaël.

A en juger par la gravure, ce tableau se rapprocherait beaucoup du

style vénitien. Le plus ancien renseignement que nous ayons trouvé sur cette peinture est dans l’ouvrage de Franc. Scanelli di Forli, intitulé : Microcosmo della pittura, etc. (Cesena, 1657). Ou y lit, à la page 169 : « Pure in Verona nello studio del Cortoni vi è un quadro con mezza figura al naturale, che rappresenta santa Dorotea, stimata dalla maggior parte di Rafaello, veramente di suprema bellezza, ed in ordine alla più dilicata verità pare forse all’ altre del maestro superiore ; e per ciù furono alcuni indotti a credere, che sia stata dipinta da Paolo da Verona per gusto d’imitare opera particolare di Rafaello, ma sia come si voglia, vero è, che lopera si conosce di cosi rara bellezza, che si pud stimare al pari dell’ altre, e forse di vantaggio. » Dans la relation du Voyage du grandduc Côme IE, en 4664, publiée par Dom. Moreni en 18928, ce tableau est décrit de la sorte, comme faisant partie alors de la galerie de Vérone : « La pittura perd più riguardevole di tutte & là Dama di Raffaello di sua mano finita con tanta diligenza e cosi ben conservata, che supera di gran lunga tutte le altre. » Voyez 1! Viaggio per l’alta Italia del ser principe di Toscana, poi granduca Cosimo LIT, descritto da Filippo Pizzichi. — Dans Longhena, p. 666, il y a une gravure faite d’après ce tableau, mais elle ne reproduit que la tête du portrait.

Nous devons encore rappeler ici un autre portrait qui paraît devoir représenter aussi la maîtresse de Raphaël. Nous le vimes quand il était dans le cabinet de feu M. Noé de Bruxelles. La forme de la tête (en ayant égard à la différence de l’âge, qui paraît être ici trente ans) et la coiffure rappellent parfaitement le portrait du palais Barberini à Rome. Cette femme, d’une beauté fatiguée, est assise, sortant du bain et ayant seulement jeté sur ses genoux un linge, dont elle se sert pour s’essuyer. De riches bijoux ornent son cou et $on bras gauche. Sur une table placée devant elle, on distingue une cassolette à parfums , un vase et un miroir rond. A droite, à travers la fenêtre du fond, on aperçoit dans la cour une servante occupée à déployer un vêtement d’étoffe rouge. Sur la balustrade de la fenêtre , à côté d’un vase, est un petit singe. Ce tableau, de 3° 5” de haut sur 2’ 9” de large, est composé de plusieurs morceaux rajustés; car, la nudité de cette femme ayant causé scandale, on scia le panneau, afin de ne conserver que la tête. Si nous sommes bien informé, c’est pour le même motif qu’on a recouvert d’une draperie la partie inférieure du corps. L’amateur n’y perd pas grand’chose, car les jambes n’avaient rien de bien attrayant. En somme , la tête seule est bien peinte, quoiqu’elle ne soit point belle d’expression. On prétend que c’est un tableau qui est décrit en ces termes dans un inventaire de la succession de la principessa Rossano, à Rome, en 1682 : &« Un quadro grande di una Donna nuda, in tavola, con una mano alzata e con l’altra al petto, con un velo, che la copre dal mezzo in giù , di mano di Raffaelle d’Urbino, alto palmi quattro

in circa. » Plus tard, dit-on, ce tableau aurait passé dans la collection Lambruschini, à Florence. Selon une autre version, il proviendrait de la galerie Camillio Panfili, à Rome. Aujourd’hui, 1l se trouve dans la galerie impériale de Saint-Pétersbourg. Ce n’est pas un ouvrage original du maître, mais i] paraît avoir été peint par un élève de Raphaël.

Page 1