Fresque à San Severo
Raphaël exécuta cette peinture murale dans une ancienne chapelle latérale de l’église des Camaldules, à Pérouse, au retour de son premier voyage à Florence. Il ne termina que la partie supérieure, fermée par une ogive et remit à un autre temps l'exécution de la partie inférieure. Dans cet intervalle, ayant été appelé à Rome, il fut dans l’impossibilité de tenir sa promesse. Les moines cependant ne renoncèrent à l'espérance de voir Raphaël achever lui-même son ouvrage, qu’en recevant la nouvelle de sa mort, et alors seulement, en 1521, ils chargèrent le Pérugin de finir la fresque commencée par son élève.
Le sujet représenté par Raphaël est une réunion céleste de saints Camaldules, autour de la Sainte Trinité. Dieu le Père, tenant un livre où. sont les deux lettres mystérieuses A et Q, s'élève, avec le Saint Esprit, au-dessus de son divin Fils ; ce groupe est semblable de disposition à la partie supérieure de la fresque surnommée la Disputa, qu’on voit au Vatican. Deux petits anges accompagnent Dieu le Père, et deux autres anges vêtus, un peu maniérés, se tiennent debout en adoration auprès du Sauveur. Celui-ci élève les bras pour bénir. À gauche, un peu plus bas, on voit, assis sur des nuages, trois saints Camaldules, à savoir : S. Maurus, S. Placidus, martyr, et S. Benedictus. A droite, sur la même ligne : S. Romualdus, S. Benedictus, martyr, et S. Johannes, martyr.
Cette peinture a malheureusement beaucoup souffert : la figure presque entière du Père Éternel n’existe plus ; la tête et l’aile de l'ange placé du côté droit, ainsi que la tête de saint Jean, ont aussi à peu près disparu. De notre temps, on a cherché à prévenir la ruine imminente de cette peinture, et le professeur Giuseppe Carattoli a mis la plus grande sollicitude
1, Le Catalogue du musée de Munich, n° 541, Il° partie, intitule ce tableau: « Buste de
saint Jean l'Évangéliste. » (Note de l'éditeur.)
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à restaurer et à sauver cette fresque, sans toutefois s’arroger le droit de refaire les parties détruites. Le monde artistique lui doit une vive reconnaissance, ainsi qu'aux moines, qui ont fait ériger un échafaudage, afin de faciliter la vue de cette admirable peinture, qui est aujourd’hui étroitement enclavée dans des constructions nouvelles.
Nous avons déjà fait remarquer (voy. tome I, p. 73) que l’ordonnance de cette fresque est imitée des anciennes peintures représentant le Jugement dernier, par Orcagna, fra Angelico da Fiesole et fra Bartolomeo, mais que cette imitation a été faite librement et d’une façon originale. Dans la composition de la Dispute du saint Sacrement, Raphaël sut se servir plus richement encore de ces mêmes motifs, en les appropriant à un sujet tout à fait différent. Quant à l'exécution, nous avons fait remarquer aussi que, guidé par les études qu’il avait faites des ouvrages de M:saccio et servi par la nature même de la peinture à fresque, il déploya plus de grandeur dans les draperies, plus de largeur dans le faire en général, et révéla dans les caractères des têtes une beauté et une profondeur qu'il ne devait qu’à son propre génie.
ll est probable que ce n’a été qu'après l'achèvement de la partie inférieure de cette fresque, c’est-à-dire après 1521, que l'inscription suivante fut ajoutée à la peinture : Raphael de Urbino Domino Octaviano Stephano Volaterrano Priore Sanctam Trinitatem Angelos astantes Sanctosque pinæit. A. D, MDP.
Les six saints debout, peints par le Pérugin (S*: Scolastica, S. Hieronymus, S. Giovanni, evangelista, S. Grégoire, S. Bonifazio et S Maria V. M.), ont reçu l'inscription qui suit: Petrus de Castro Plebis Perusinus tempore Domini Silvestri Stephani Volaterrani a dexteris et sinistris Divae Cristiferae Sanctos Sanctasque pinail. A. D, MDXXI.
Un dessin au trait, d’après la fresque entière, gravé par Achille Cali, a été publié dans l’Ape Italiana, cinquième année du recueil. — La partie supérieure de la composition a été gravée seule par J. Keller, in-fol. en largeur. On a restitué, d’après la Dispute du saint Sacrement, la figure de Dieu le Père et la tête du saint Jean. — Lith. par Milde, in-fol., en largeur, sans les figures qui sont endommagées dans la fresque. — Les figures séparées du Christ et de saint Maurus ont été gravées par Ant. Krüger, 1836, in-8.
On à cru reconnaître une esquisse pour la tête de saint Benedictus, sur une feuille dessinée à la mine d’argent, qui se trouve dans la collection d'Oxford, et qui offre aussi une esquisse du Combat des Cavaliers, d’après le carton de Léonard de Vinci. (Voy. le Catal. des Dessins, n° 143.)