L'Enfant mort porté par un Dauphin
Groupe en marbre de grandeur naturelle.
D’après le passage de la lettre du comte Castiglione, que nous avons publié dans l'Histoire de Raphaël , il n’est pas permis de douter que Raphaël se soit essayé dans l’art de tailler le marbre et qu’il ait exécuté lui-même une figure d’enfant en ronde-bosse. Cavaceppi (Raccolta d’antiche statue, Roma, 1768, t. Ier, pl. 44) nous donne la gravure d’un enfant blessé à mort, couché sur le dos d’un dauphin, qui le porte à travers les flots. La notice suivante est ajoutée à la gravure : « Delfino che riconduce al Hdo il fanciullo da lui involontariamente uceiso con una delle sue spine nel condurlo a solazzo per mare. Opera di Raffaello, eseguita da Lorenzetto, e presentemente posseduta da Sua Ecc. il sig. Bali de Breteuil, Ambasc. della sacra religione Gerosolimitana presso la Santa Sede. » Le moulage de ce groupe se trouve parmi les plâtres de Mengs, à Dresde (ne 82), et, d’après cette épreuve, nous pouvons constater que c’est bien la statue d’enfant citée dans la lettre du comte Castiglione. Dans l’inventaire descriptif des plâtres qui furent acquis des héritiers de R. Mengs pour le musée de Dresde, ce groupe est décrit de la sorte : Putto morto di S. A. R. di Parma. D’après cet inventaire, le groupe original devrait se trouver à Naples, où nous ne l’avons pas rencontré. On a dit aussi sans aucun fondement qu'il était à Turin. On doit supposer que cette statue fut le premier essai de Raphaël dans la sculpture, car toutes les parties de la figure ne sont point d’une exécution égale, entre autres les extrémités; dans quelques endroits aussi, le ciseau, mal dirigé, a enlevé trop de marbre, comme à la poitrine de l’enfant, très-bien modelée d’ailleurs, mais dont le côté droit est devenu plus petit que le gauche. Il est douteux que le dauphin, qui est d’un mouvement exagéré, ait été exécuté exactement d’après le dessin de Raphaël; celui-ci aurait abandonné cette partie accessoire à Lorenzetto, qui la traita suivant sa fantaisie, mais non pas selon le goût si pur et si élevé du grand maître. Une autre circonstance semble encore confirmer cette supposition, c’est que l’exécution du dauphin est égale dans toutes ses parties, tandis que chez l'enfant, comme nous l’avons dit, les extrémités sont très-négligées. Il est possible que Lorenzetto n'ait pas osé mettre la main aux portions de l'œuvre qui avaient été taillées par Raphaël.
Une répétition en marbre de ce groupe fut acquise par le feu comte de Bristol, évêque de Derry, qui l’avait fait placer dans sa collection de Down Hill, en Irlande. Le Penny Magazine en a publié la gravure avec le nom de Raphaël. Mais ce groupe ayant figuré à l’exhibition de Manchester en 1857, où l’avait envoyé son propriétaire actuel, Sir Henry Bruce, M. le professeur Hetner, conservateur des plâtres de Mengs , à Dresde, à prouvé que ce n’était qu'une copie. Non-seulement le marbre n'offre pas les parties endommagées qui existent dans l'original , comme on le voit dans le plâtre qui est à Dresde, mais encore ce dernier est d’une dimension plus grande que le marbre que nous avons vu à Manchester !.