Façade pour l'église S. Lorenzo, A FLORENCE
On a déjà vu, dans l’histoire de Raphaël, que, sur l'ordre de Léon X, il s'était rendu à Florence dans l'hiver de 1543 à 1516, afin de s’entendre avec le pape au sujet de la façade qui manquait à l’église S. Lorenzo érigée par ses ancêtres; on se souviendra aussi que Raphaël proposa son plan concurremment avec Michel-Ange, Jules de San Gallo, Baccio d’Agnolo et Andrea et Jacopo Sansovino, et que Michel-Ange sut amener le pape à lui abandonner en entier l’exécution de cette façade. Tel est, du moins, le récit de Condivi. Vasari, au contraire, attribue uniquement l'élimination des autres concurrents à l’obstination de Michel-Ange, qui ne voulait admettre la coopération d’aucun autre artiste. C’est ce que dit aussi Baccio Bandinelli dans sa lettre du 7 décembre 1347 au duc de Toscane, laquelle est imprimée dans les Lettere pittoriche, t. Ier, n° 27, p. 71. On y lit : « Je me rappelle que, lorsque j'étais chez le pape Léon, à Florence, Sa Sainteté manda Raphaël d'Urbin et Je Bonarroto, pour s'expliquer avec eux au sujet de la façade de S. Lorenzo. Il fut décidé que Michel-Ange ferait des modèles en terre, de la grandeur de l'exécution en marbre, pour les statues et les bas-reliefs, modèles qui seraient ensuite exécutés par de jeunes artistes sous sa surveillance. Et que Votre Excellence sache donc que si Michel-Ange n’exécuta jamais ces modèles, c’est qu’il ne voulait jamais accepter l’ordre de qui que ce soit, afin de ne former aucun élève et pour que la gloire de ses œuvres ne rejaillîit pas sur votre maison. Le pape Clément, de bienheureuse mémoire, me dit aussi qu'il ne put jamais obtenir de lui l’exécution de ces grands modèles. » Il ne faut pourtant point oublier ici que Baccio Bandinelli était un adversaire passionné de Michel-Ange, car il fut même accusé d’avoir détruit, pendant les troubles de Florence, le magnifique carton des Baigneurs, qui passait pour le chefd'œuvre de ce maître.
Le plan de Michel-Ange pour la facade est conservé dans sa famille, qui existe encore à Florence. Voici les dispositions principales de ce plan : devant la grande nef est un vestibule ouvert, porté par quatre colonnes sur de bauts piédestaux. À chacun des côtés, des portes, surmontées de bas-reliefs, conduisent aux nefs latérales. Deux étages à colonnes superposées règnent des deux côtés. Sur la grande corniche qui couronne le tout, il y a quelques statues. C’est, en somme, un plan grandiose, mais qui manque de liaison.
On ne saurait plus aujourd’hui préciser quel était le plan de Raphaël pour cet édifice ; toutefois, trois plans différents ont été donnés comme étant le plan original. Le comte Algarotti (Opere, t. VI, p. 219, éd. de Livourne) dit que le baron de Stosch, à Florence, possédait un dessin de Raphaël pour la façade de S. Lorenzo, dessin dont il lui avait envoyé une copie. Nous n'avons pu savoir ce qu'était devenu, soit le dessin, soit la copie. Au reste, À. F. Gori dit, dans ses notes à la Vie de Michel-Ange, par Condivi (p. 132), que le dessin appartenant au baron de Stosch n’était point semblable au plan qui est conservé dans la bibliothèque Laurenziana à Florence, plan attribué tantôt à Raphaël, tantôt à Michel-Ange. Mais, à la vérité, ce plan n’est digne ni de l’un ni de l’autre, car il est désagréable et mesquin dans sa disposition générale; il manque de beauté et d’harmonie dans les détails, et, tout compliqué qu’il soit, il est maigre d’effet. On n’y découvre pas la moindre trace du génie de Raphaël. Quoi qu'il en soit, cependant, ce plan est un ouvrage du temps, et, selon toute apparence, un de ceux qui ont figuré au concours.
On pourrait avec plus de probabilité chercher le plan que Raphaël fit pour S. Lorenzo dans un dessin à la plume, de sa main, qui représente la façade d’une église avec trois grands ares et deux tours. Ce dessin passa du cabinet Crozat dans la collection Albertine, à Vienne. Le comte de Caylus en a fait une eau-forte. Afin de prévenir toute confusion, nous devons dire que l’estampe représentant une facade d'église, que Comoli a vue dans la Raccolta Corsiana, t. IE, est celle qui a été gravée par Caylus; c'est donc par mégarde qu'il a donné le nom de Le Comte au graveur de cette estampe.
L’ordonnance générale de ce plan ayant déjà été décrite en détail dans notre Histoire de Raphaël, nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur ; mais nous ajouterons encore ici les remarques suivantes : le groupement des différentes parties de l'édifice révèle, d’une part, l'étude de l'antiquité romaine, et, d'autre part, l'influence de l'architecture toscane. Par contre, la disposition des deux tours sur les côtés est empruntée à la manière de bâtir du Moyen-âge, comme on en voit tant d'exemples, surtout en France et en Allemagne, mais rarement en Italie, puisque les églises de ce derhier pays ont pour la plupart une seule tour, et quelquefois cette tour n’est
pas même adhérente à l’église. Mais déjà le Bramante, dans son plan pour l'église Saint-Pierre, avait adopté l’ordonnance si imposante des deux tours placées aux deux côtés de la façade, et Raphaël, après lui, conserva aussi les deux tours. La forme pyramidale de ces tours, flanquées de quatre tours plus petites, rappelle la manière de bâtir du treizième siècle, mais le caractère organique de l’architecture gothique ne s’y retrouve point. Néanmoins, la façade projetée dans cette esquisse aurait produit un bel effet, surtout à cause de ses trois grands arcs ; on est frappé de son aspect grandiose et harmonieux qui excite l’admiration , comme tous les ouvrages créés par le génie de Raphaël. La facade projetée par Michel- Ange, portant l'empreinte de l'antiquité romaine, est plus simple et d’un aspect plus majestueux. Mais, comparativement, celle de Raphaël, malgré Vabsence d’un style fondamental, offre cependant plus de liaison dans toutes ses parties, plus de goût dans ses détails et plus d'originalité dans sa conception. Quoi qu’il en soit, si l’un ou l’autre de ces deux projets avait pu être exécuté, l’église S. Lorenzo n’attendrait pas encore une facade et la ville de Florence aurait un ornement de plus.
4. Plan pour l'église S. Giovanni Battista dei Fiorentini, A ROME. k
Lorsque le pape Léon X chargea le consul des Florentins, à Rome, Lodovico Capponi, de construire une église en l’honneur du patron de Florence , dans la rue Giulia, si l’on en croit Vasari (dans la Vie de Jacopo Sansovino }, Raphaël présenta aussi un plan pour cette église, en concurrence avec Antonio di San Gallo, Baldassare Peruzzi et Jacopo Sansovino (c’est sans aucune preuve que Missirini ajoute à ces noms celui de Michel- Ange). Le pape donna la préférence au plan de Jacopo Sansovino, Nous n'avons pas le moindre renseignement sur le plan proposé par Raphaël; quant au plan de Jacopo Sansovino, il a été publié par Sébastien Serlio, dans le second Livre de Architecture. On sait, au sujet de la construction de cette église, que les fondations, qui reposaient sur un terrain fangeux, s’écroulèrent, et que l'architecte, maître Jacopo, se trouvant alors malade à Florence, ce fut Antonio da San Gallo qui répara le dommage en son absence. La mort de Léon X interrompit les travaux, et, lorsqu'on les reprit sous Clément VII, le sac de Rome, en 1527, les fit de nouveau abandonner. C’est beaucoup plus tard que l’église fut terminée par Jacopo della Porta. Mais on doit rappeler les ouvrages d'architecture hydraulique, exécutés par Jacopo Sansovino, pour les besoins de cette construction, comme en fait foi une lettre de Pietro Aretino, adressée à cet architecte, le 20 novembre 1537. Voici un passage de cette lettre où Raphaël est nommé : « Ma si dee perdonargli le spronate, che per ciù vi danno, sendovoi atto a restaurargli i Tempi, le statue e i palazzi di già ; essi non veg-
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gon’ mai la chiesa dei Fiorentini, che fondaste in sul Tevere con istupor’ di Raphaello da Urbino, d’Antonio da San Gallo, e da Baldassare da Siena. »
9. Plan pour la restauration de l'église S. Maria in Domenica, NOMMÉE AUSSI DELLA NAVICELLA.
Cette église, située sur le monte Celio, a été, selon Filippo Titi (4mmaestramento utile e curioso di pittura, scultura et architettura, etc. Roma, 1686, p. 184), restaurée d’après les dessins de Raphaël. Selon le même auteur, la frise peinte dans cette église serait de Jules Romain et de Perino del Vaga. Mais cette frise est si détériorée qu’on ne saurait affirmer ce qu’elle était dans son état primitif. Par contre, le petit vestibule à cinq arcades, à pilastres toscans-doriques, représente tout à fait la belle architecture du commencement du seizième siècle, dans les manières de Baldassare Peruzzi. Il n’est donc guère probable que le plan de restauration ait été fait par Raphaël, car non-seulement il n’existe point de documents à ce sujet, mais, comme le dit Melchiorri dans son Guida metodica di Roma (1834, p. 294), la construction de ce vestibule n’a pu être faite que vers l’année 1500 , et par conséquent avant l’arrivée de Raphaël à Rome (1508). En tout cas, la restauration d’une partie de l’église est d’une époque antérieure au pontificat de Léon X; car la frise, sous le fronton, porte cette inscription : DIVAE VIRGINI TEMPLVM IN DOMI- NICA DIRVTVM 10. MEDICES CARD. INSTAVRAVIT. — Cependant il est à remarquer que Les clefs des voûtes du vestibule sont ornées de têtes de lions, ce qui semble être une allusion au nom du pape Léon X.