Plans pour différentes Maisons particulières
a.) Le Palais Branconio. Ce palais, construit pour le chambellan du pape Gio. Battista Branconio d’Aquila, fut démoli lors de l'agrandissement de la place Saint-Pierre pour fairé place à la colonnade de Bernini. La facadé principale de ce palais, large de 402 palmes, regardait l’ancienne place et consistait en trois étages. Celui du rez-de-chaussée, souténu par des colonnes doriques engagées dans le mur, avait une porté au milieu avec deux boutiques de chaque côté. Au second étage, dé petites colonnes d'ordre ionique Ornaient les cinq fenêtres à frontons pointus ou arrondis que Raphaël avait introduits dans l'architecture à limitation de l’antiquité romaine. Des niches entre les fenêtres et six médaillons avec des têtes en relief augmentaient encore la richesse architectonique de cette facade. Les armes de Léon X, au-dessus dé la fenêtre ceñtrale, étaient accompagnées de deux aigles, en allusion aü nom de la farüille dell’ Aquila. Au troisième étage, il y avait de plus petites fenêtres avec un encadrement emprunté à l'antique. Le tout était couronné d’une corniche ionique, avec des balustrades dans le goût particulier à Raphaël. Vasari rapporte que Giov. da Udine avait décoré d'ouvrages de stuc la façade. Pungileoni (p. 177) nous apprend qué ce plais avait changé de propriétaire en 1553; ce fait est constaté dans un livre de notes éerites par Giuseppe Branconio à partir de l’année 1559, manuscrit qui se trouve dans les archives du marchese Torres à Aquila. On y hit : CRicordo facemo como el di 3 marzo 1553 Alexandro Branconio vendè lo palazzo di Roma in Burgo dove si dice el palazzo dell Aquila al sig. Baldoino di Monti per scudi cinque mila e cinque cento sicome appare nell offitio di N. Spirandi Notario. »
Quand Bérnini, pour élever la colonnade de la place Saint-Pierre, dut
faire abattre beaucoup de maisons, èe palais ne trouva pas grâce devant le marteau des démolisseurs. Alexandre II l’acheta donc à cet effet, pour 7,163 scudi 34 baj. rom., au prieuré de Malte, ce qui est constaté dans les extraits de livres de comptes de l’administration des bâtiments de Saint- Pierre, manuscrit de la bibliothèque Chigi, t. 11, p. 22. (Voy. Carlo Fea, Notizie, etc., p. 31.) — Pietro Ferrario a donné, dans sa Raccolta di Palazzi moderni (t. ler, pl. 45), un plan de ce palais, mais il a eu le tort de le présenter comme étant celui de Raphaël même, et il est cause que Sandrart a reproduit la même erreur dans son Academia tedesca ‘della architectura, etc., t. III, partie 11e, p. 3.
b.) Le Palais Coltrolini, près de S. Andrea della Valle, à Rome, nommé aujourd'hui Palazzo Vidoni, n’est pas cité par Vasari, il est vrai, mais toutefois 1l a été attribué par des écrivains postérieurs, et cela non sans raison, à Raphaël, puisque, dans son ensemble, 1l est en parfait rapport avec d’autres productions architecturales du grand peintre, et qu’il a été d’ailleurs publié dans la Raccolta di Palazzi moderni del Pietro Ferrerio, pitt. avec cette légende : Palazzo del sig. cav. Coltrolini alla Valle, architettura del amirabile Raffaele Sanctio da Urbino, fabricato l’anno MDXV.— Ce palais, qui est représenté avec neuf fenêtres dans la largeur entre les colonnes accouplées, offre déjà le troisième étage qui fut ajouté plus tard par Niccola Sansimoni. Sandrart aussi, dans son Académie (t. IL, part. £, pl. 1), a reproduit ce palais sous le nom de Palazzo Caffarelli, mais en Jui donnant seulement dans ce plan douze fenêtres de face. Dans Pontani, il est représenté avec les quatorze fenêtres qu'il a aujourd'hui. Ce palais a successivement appartenu aux cardinaux Caffarelli, Stoppani, Acquaviva et Vidoni; ce dernier en est le possesseur actuel.
Le cardinal Francesco Stoppani avait fait poser dans l'escalier cette. inscription :
Has ædes Raphaelis Sanctii Urbinatis Ingenio et arte extruclas, Caroli V Cæsaris hospitio illustres, Joan. Franciscus card. Stuppanius Comparavit, auxit, refecit, ornavit Ann. S. 1767.
Le cardinal Vidoni a remplacé cette inscription par la suivante :
Ædes Raphaelis Sanctii Urbinatis Ingenio et arte extructas, Caroli V Cæsaris hospitio illustres, Petrus S. R. E. card. Vidoni, Maternæ hæreditatis ære,
Ann. Salutis 1825, comparavit et auxit,.
Ce palais, étant souvent nommé Palazzo Caflarelli, a quelquefois été
confondu avec le palais Bernardino Caffarelli, qui fut bâti d’après le plan de Lorenzetto. Voy. Vasari, dans la Vie de Lorenzetto, t. VI, p. 95.
c.) La maison du chirurgien Jacobo da Brescia. En 1515, le pape Léon X fit vendre pour mille ducats un terrain situé à l'angle de la rue Sixtina et Alexandrina in Vaticano, à Giacomo da Bartolomeo da Brescia, lequel y fit bâtir la maison qu’on voit encore aujourd’hui, afin de loger, en sa qualité de médecin du pape, plus près du Vatican !. Nous avons vu encore, sur un mur latéral de cette maison, linscription suivante : LEONIS X. PONT. MAX. LIBERALITATE IACOBVS BRIXIANVS CHIRVRGVS AEDIFI- CAVIT. Cette inscription fut enlevée en 1845, lorsque cette maison eut à subir des réparations générales qui ne lui furent point favorables. On Pa pourtant conservée dans ses principales parties, et elle porte encore le caractère du style architectonique de Raphaël. Cette maison, qui consiste en trois étages, est bâtie en briques ; les encadrements des portes et des fenêtres, ainsi que les corniches, sont en pierres de Peperino. Au rez-dechaussée, la porte au milieu est accompagnée de deux portes plus larges sur les côtés, pour des boutiques; il y a, en outre, des fenêtres plus petites au-dessus des portes. Les cinq fenêtres du premier étage ont des frontons alternativement triangulares et cintrés. Les pilastres doriques de ces fenêtres s’harmonisent parfaitement avec la disposition un peu massive de l'édifice. Le troisième étage, au-dessus de la corniche d'ordre dorique, qui est fortement saillante, a plus de simplicité. Les indications que nous avons données plus haut, aussi bien que l’ancienne inscription qu’on voyait sur la maison même, contredisent suflisamment l’opinion de ceux qui veulent que ce soit la maison de Jacopo Sadoleto. Aussi peu fondée est l'opinion suivant laquelle Jules Romain aurait fait le plan de cette maison, puisque, en 1515, cet artiste ne pouvait aider Raphaël dans ses travaux d'architecture, qu’en faisant les épures de ses dessins. Sandrart donne, à la planche XXXX de son Academia tedesca, une bonne gravure de cette maison, laqueile, à cette époque, appartenait à un sieur Joseph Costa; mais on la regardait alors comme une œuvre de Baldassare Peruzzi.
d.) Les Écuries d’Agostino Chigi. Le plan de ces écuries est attribué à Raphaël par Vasari. Si elles se trouvaient à côté de la maison appelée aujourd'hui la Farnesine, on pense qu’elles ont été détruites, et même, selon Gaspare Celio, dans ses Memorie de’ nomi degli artefici delle pitture, etc., di Roma (Napoli, 1638), elles n’auraient jamais été achevées. Ce dernier écrivain, à l'opinion duquel s’est rangé Pontani, croit aussi que la petite maison du jardin, près du Tibre, à été bâtie d’après le plan de Raphaël. Toutefois, ce petit bâtiment, qui est d’une belle architecture
4, Voy. Pontani, Opere archilelltoniche di Raffaello Sanzio, etc., p. 15.
toscane, nous semble plutôt porter le cachet de Baldassäre Peruzzi, qui, comme On sait, a bâti le palais de la Farnesine. Pontani va encore plus Join que Celio ; il veut que Raphaël ait fait aussi le plan de l'édifice principal, c’est-à-dire de là Farnesine, quoique Vasari attribue positivement ce palais à Baldassare Peruzzi, qui le bâtit pendant les anhées 1509-1510, et qui, de plus, décora de peintures à fresque le plafond de la grande salle, en 1511. Ce fut en 1512 que Sébastien del Piombo peignit à fresque les lunettes de la même salle. Raphaël y peignit plus tard aussi sa célèbre Galatée et, plus tard encore, les sujets de la fable dé l'Amour ét Psyché sur la voûte du vestibule: Du reste, l’architecture de la Farnesine, si belle d’ailleurs, est très-différente de celle de Räphaël, et très-analogüe, au contraire, à celle de Peruzzi.
e.) Le plan de la villa du cardinal Giulio de’ Medici, appelée aüjourd’hui Villa Madama, est de l'invention de Raphaël, comme noûüs l'avons déjà dit dans la Vie du maître, et quoique Jules Romain l'ait exécuté seulement après la mort de ce grand artistes Ce fait n’est pas seulement mentionné deux fois dans l'ouvrage de Vasari, mais il est encore prouvé par une lettre du comte Baldassare Castiglione, du 13 août 1522, dont l'original se trouve chez les Olivetans, à Pesaro. Cette lettre, adressée à Francesco Maïia, duc d'Urbin, fut publiée pour la première fois par Pungileoni; elle renferme le passage suivant : « Illustrissimo et Exellentissimo signore e Patrone mio : 1f questo punto ho ricevüto uña di V. Exza dei 3 del presente nella quale la mi ricerca ch’ i6 voglia scrivergli qualche cosà di novo, e mañdarli la lettera di Rafaello, bona mem. doté egli descrive la cäsa, che fa edilicare Monsignore Rmo de Medici : questa io non la mando perchè non ho copia älcüha qui, perchè mi resto a Mantova con molte altre cose mie : ma a questi di si è partito di quà D: Jéronimo fratello cugino del prefato Rafaello : il quale stimo che abbia copia di essa lettera. E V. Exza potrà da lui essére satisfatto; perchè è partito per venire a Urbino.»
Sébastiën Serlio atssi, dans soh oüvrage intitulé : Cinque Libri d’architettura (Venise, 1551), dit de cette villa ce qui suit : « Fuori di Roma, poco discosto del monte Mario, à un bellissimo sito, con tutte quelle parti, ché äd un luogo di piacere si ricerca; le quali parti singulari io tacerd piutosto che dirne poco. Ma solamente io trattérd e dimostrerd una Loggiä con la sua facciä ordinata dal divino Räffaello d'Urbino, ben che egli lece altri appartamenti et dette principio grande ad altre cose.
Le plan de cet édifice, situé sur le penchaht d’une montagne, forme presque un carré, dont la face du nord-est est ornée d’un vestibule à trois grandes arcades. Ce vestibüle, entouré d’une spacieuse terrasse à jets d’eau, présente un aspect grandiose, qui n’est pas sans analogie avec celui du temple de là Paix sur le Forum Romanüm. En outré, on admire,
sous cés trois arcades du vestibule, les belles peintures et les beaux ornements dé stuc; exécutés par Jules Romain et Giovanni da Udine..La face sud-est de l’édifice est percée de grandes fenêtres d’où l’on jouit d’une vue superbe qui embrasse la ville, le fleuve et les montagnes. Le côté sudouest de la villa devait, à l'instar d’un théâtre antique, former un dericercle entouré de colonnes; mais cette partie des constructions ne fut point achevée, et elle est aujourd'hui à moitié tombée en ruine. Cette villa devint, après la tort de Cléent VII là propriété du chapitre de Sant Eustachio , qui s’en dessaisit en la cédant à madame Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme et de Plaisance, gouvernante des Pays-Bast, et, par suite du dernier mariage dé cette princesse avec un membre de la famille Farnese, la villa, qui a retenu le nom de Madaña, passa par héritage au roi de Naples.
Il existe plusieurs gravures de la Villa Madama, entre aütres dans la Roma moderna de Venuti Ridolfino (Roma, 1766), pl. 2, p. 520.
Parmi les belles petites fresques dû vestibule, il s’en trouve üñe d’après une composition de Raphaël, laquelle est empruntée à la description que. Philostrate fait d’une peinture antique nommée les Amours. Dans cette fresque, Vénus est entourée d’une foule de petits Amours. 1l existe, de cette composition, une gravure sur bois au clair-obscur, de forme ovale comme le tableau. Elle est de Hugo da Carpi. Voy. Bartsch, t. XIT, p. 107, n° 3. — Une première esquisse de Raphaël, pour les Amours de cette fresqué, se trouve dans la collection de Dusseldorf.
f.) Plan du Palais Pandolfini dans la rue San Gallo à Florence, appañtenant aujourd’hüi à la comtesse Nencini. L’extérieur du bâtiment principal a déjà été décrit en détail dans notre histoire dé Raphaël ; il nous resté seulement à indiquer ici que Raphaël sut, en maître expérimenté, rendre invisible à l'œil l’irrégularité du terrain, quoique la maison forme un anglé vers la rue S. Salvestrina. L’estalier aussi est avantageusement placé et les appartements sont bien distribués. La chapelle, qui occupe le rez-dechaussée, a une entrée dans la ruë principale. La porte cochère, dans lé genre rustique, est placée à côté du corps de logis prificipal et au centre des bâtiments, car les remises se trouvent cachées derrière üñ mur pourvu de fenêtres analogues à celles du rez-de-chaussée. Le jardin est orné de statues antiques et la cour d’une belle fontaine. Dans la frise de la corniche principale est cette inscription gravée en grandes lettres : IANNOCTIVS. PANDOLFINIVS. EPS. TROIANVS. LEONIS. X. ET. CLEMENTIS. VII: PONTI. MAX. BENEFICIHS. AVCTVS.
1. Marguerite était fille naturelle de l’empereur Charles V et de Jehanne van der Gheenst; (Voy. le Messager des sciences et des arts de la Belgique. Gand, 1836, p. 417.) Elle fut tiiäriée en premières nocés au duc Alexandre de Médicis, et puis à Ottavio Farnese, duc de
Parme,
Dans l’ouvrage intitulé : Scelta d’architettura de Ferdinando Ruggieri (t. Il, pl. 73 à 75), on a reproduit les fenêtres, les colonnes et d’autres détails de ce palais, qui est également gravé, avec les mêmes plans et élévations, dans l'Architecture toscane de Grandjean de Montigny et A. Famin (Paris, 4815), savoir :
PI. 33. Plan et élévation.
— 34. Façade du côté de la rue San Gallo.
— 35. Façade latérale sur cour et jardin.
— 36. Détails des fenêtres et des corniches.
g.) Plan et modèle pour la maison Uguccioni sur la place du Vieux-Palais à Florence. Nous avons déjà donné, dans l'Histoire de Raphaël, la description de ce bel édifice. Nous ignorons si le modèle figuré, cité dans les Bellezze di Firenze de Giovanni Cinelli (1677), existe encore, mais nous pouvons dire avec certitude que ce palais n’est pas de Michel-Ange, ainsi que Francesco Bocchi l’a prétendu le premier, et pas davantage de Palladio, comme le supposent MM. Grandjean et Famin ; bien plus, cet édifice porte en toutes ses parties le cachet incontestable du style architectural de Raphaël, style surtout analogue à celui qu’on remarque au palais Coltrolini à Rome.
Dans l’ouvrage de MM. Grandjean de Montigny et A. Famin (Architecture toscane, 1815), la pl. 46 donne l'élévation de la façade, et la pl. 47 des détails d'architecture, comme chapiteaux et piédestaux, frontons de fenétres, balustres, etc.
h.) Dessin d’une Villa. Cette esquisse se trouve sur une feuille qui passa de la collection Fries à Vienne dans celle d'Oxford. La façade consiste en un corps de logis central de peu de largeur, avec deux ailes plus élevées et à frontons. Le vestibule, qui règne sur toute la largeur de cette façade, est composé de trois arcades reposant sur deux colonnes. Deux corps de logis moins élevés touchent aux deux côtés des ailes. Au centre du premier étage est une grande fenêtre divisée par deux pilastres et surmontée d’un grand cintre. Les ailes offrent, au-dessus de chaque fenêtre, une autre fenêtre plus grande divisée par deux pilastres. L’ordonnance de tout l’édifice est d’un effet très-pittoresque.
Pontani émet la supposition (p. 35-36 de son ouvrage) qu’outre les maisons citées jusqu'ici à Rome comme ayant été construites d’après les plans de Raphaël, il y en aurait encore deux autres exécutées aussi d’après ses plans. Ce seraient le Palazzo sur le monte Vecchio et la Loggia du palais delle Convertende. Mais Pontani n’appuie cette opinion sur aucun document; du reste, ces bâtiments ne répondent nullement aux dispositions caractéristiques de l’architecture de Raphaël; ils ont même quelques détails qui ne se trouvent jamais dans les édifices qu’il a fait élever; c’est pourquoi on ne s'explique pas comment on a pu les lui attribuer.
OUVRAGES D'ARCHITECTURE. 397 On sait, d’ailleurs, que le dernier palais susnommé a été bâti par Baccio Pintelli pour le pape Sixte IV ; il servit de demeure à la reine Caroline de Chypre. Quant à la Loggia, c’est un accessoire ajouté postérieurement au palais delle Convertende. Selon une tradition locale, Raphaël aurait peint la Transfiguration dans la chambre qui fait l’angle de ce palais, et ce serait là qu’en présence de son tableau inachevé ses restes mortels auraient été exposés.
Nous dirons, en terminant, que l'architecture de Raphaël, celle surtout dont le Palais Pandolfini est le spécimen le plus complet, n’a pas été sans influence sur les constructions des architectes florentins, notamment sur celles de Baccio d’Agnolo , et nous citerons, à l’appui de cette opinion, la mäison Giacomini, dans la rue Tornabuoni, et la maison Bartolini, près de S. Trinità, bâtie en 1520. On retrouve dans ces deux maisons maints détails qui ont été évidemment imités de Raphaël; on y reconnaît ces amples profils d'architecture qu’il affectionnait, mais on leur a donné un relief qui n’est plus en proportion avec le reste de l'édifice. C’est que les imitateurs de Raphaël n'avaient pas, au même degré que lui, le goût du beau et le sentiment de l'harmonie.
CATALOGUE