La Vierge dans la Prairie
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La Vierge, assise dans une campagne, se penche vers l’enfant Jésus qu’elle tient devant elle, et tournant un peu la tête à gauche, regarde le petit saint Jean. Ce dernier, à genoux, présente une petite croix à son divin compagnon qui la saisit de la main droite, eu le considérant avec une expression à la fois douce et sérieuse. Le fond offre un joli paysage, où l’on voit une ville au bord d’un fleuve. Le gazon le plus rapproché des figures est émaillé de fleurs et de plantes, dans le genre de Léonard de Vinci, ce qui fait que Christian de Mechel a caractérisé cette Madone en lui donnant le nom de Vierge dans la Prairie, « die Jungfrau im Grünen. » De tous les tableaux de Raphaël, c’est celui qui se rapproche le plus de la manière de Léonard de Vinci, autant par lexpression des têtes et la pose des deux enfants, que par le jet des plis de vêtements et le ton brun du paysage. Quant à la couleur toutefois, elle est complétement analogue à ceile de Giovanni Santi et du Pérugin. Ce genre de coloris, que Raphaël conserva sauf quelques modifications jusqu’à la fin de sa vie, affecte des tons gris brun dans les ombres, rougeâtres pour les transitions, et blanchâtres dans les lumières. La robe rouge de la Vierge est fortement glacée, mais
le hleu de son manteau s’étant un peu affaibli, il en résulte que cette partie et ses ombres surtout manquent de vigueur. Sur la bordure du vêtement de la Vierge, on distingue au milieu des ornements le millésime MDV@lI, qui peut indiquer aussi bien l’année 1505 que l’année 1506. Raphaël voulut vraisemblablement constater par là qu'il avait commencé son travail en 4505 et qu’il avait terminé l’année suivante: En tous cas, cette supposition est parfaitement d'accord avec la manière de cette peinture. La conservation de ce tableau est bonne, à l'exception de quelques endroits qui ont été un peu trop nettoyés et tachés.
Nous savons, par Baldinuect (Notizie de’ Professori del disegno, etc., Firenze, 1681-88), que de son temps ce tableau se trouvait encore à Florence chez les héritiers de Taddeo Taddei, pour lequel, comme Vasari nous l’apprend , le jeune peintre d’Urbin peignit par reconnaissance deux Madones, qui toutes deux, quoique témoignant des progrès que Raphaël avait faits dans cette ville, rappelaient encore les Vierges du Pérugin. Baldinucei remarque encore, plus loin, que les héritiers du sénateur Giovanni Taddei vendirent ce tableau moyennant une somme considérable à l’archidue Ferdinand Charles du Tyrol. Ce fut probablement en 1661, lorsque ce prince, accompagné de l’archiduchesse Anne, sa femme, fille du grand-duc Cosme II, séjournait à Florence, où il resta jusqu’au 2 février 4662. Après la mort de l’archiduc, laquelle arriva bientôt après (le 31 décembre 1662), le tableau entra dans la remarquable collection d’armures et d'objets d’art fondée par son grand-oncle au vieux château d’Ambras, car il est parfai-
tement décrit sous ie n° 135 de cette collection. En 1773, il fut transporté avec d’autres ouvrages d'art dans la galerie impériale de peinture à Vienne, laquelle à cette époque était encore dans le Stallburg. Mais, depuis 4777, il est au château de plaisance!, nommé le Belvédère?.
GRAvURES : par Pietro Anderloni da Brescia, 1810, in-fol. ; — par Carlo Agricola, 1812, in-fol. ; —par C. Kotterba, pour les Galeries de Haas, vol. IV; — par Weiss, avec un autre paysage, in-8; faible; — par M. Vogler, petit in-4, — par Steinmuüller, d'après un dessin de Theer, à Vienne, grand in-fol. ; — par J. Hahn, pour l'ouvrage de J.-R. de Perger : Die Kunstschætze, Wien, 1854, in-fol.
Il y a des esquisses pour ce tableau, dessinées à la plume, dans la collection Albertine, à Vienne; elles ont été gravées par Paccini en 4770. Un dessin à la sanguine passa des collections Ten Kate et Rutgers dans celle de M. C. Ploos van Amstel, à Amsterdam, et fut vendu en 1800 pour 9 florins. Ce doit être le dessin qui a fait partie de la collection de Samuel Rogers à Londres. Il est maintenant dans la possession de M. T. Rirchall. Gravé à l'envers par B. Picart pour les Zmpostures innocentes, n° 5. —
1. Voyez, quant à ces dernières indications, la Revue autrichienne, pour les renseignements historiques, et les Archives d’Élat du 2 mai 1835.
2. Cette collection du château de Belvédère est le « musée de Vienne.» La Vierge dans la Prairie y est cataloguee sous le n° 55 de la troisième salle. (Note de l'éditeur.)
DE SON ÉPOQUE FLORENTINE. ‘57 Lith. par Schnaitmann à Vienne, in-4°. — Gravé par Balzer, in-4°; — par Günther dans un ovale "pet. in-8°. — Landon, n° 144. — Dans la coll. d'Oxford il s’en trouve un autre dessin à la pointe d’argent, mais fortement remis à l’effet, au bistre, par une main étrangère. Les anciennes copies d’après ce tableau sont rares. Il en est cependant une sur toile, fort bonne, dans la sacristie de l’église S. Tommaso Cantauriense à Vérone. On attribue ce tableau à F. Carotto ou à B. Garofolo.