Madone de la Maison Tempi
Sur bois; h., 28”; 1., 197.
Marie, debout, tournée à droite, un peu plus que mi-figure, presse de la main droite contre elle-même et soutient de la main gauche l’enfant Jésus, qu’elle veut embrasser. Un paysage avec une ville dans le fond. Ce précieux (ableau, rempli d’un ravissant sentiment, nous apparaît comme l'expression pure de l’âme de Raphaël. Les mains de la madone sont pourtant dessinées avec négligence, trop fortes peut-être, et celle de gauche estmême manquée dans son raccourci. L’exécution de l’ensemble est si libre, si spirituelle, que ces défauts échappent facilement à la vue. Le paysage, largement traité, est bleuâtre de ton.
Ce tableau bien conservé était, dit-on, couvert de poussière et comme ignoré dans une chambre de la maison Tempi à Florence, où il se trouvait déjà en 1677, selon Gio. Cinelli (Bellezze di Firenze, p.282), lorsqu'il fut découvert en quelque sorte par le médecin de cette maison. Celui-ci le cousidéra plus attentivement, reconnut le trésor et, rempli de joie, fit part de sa découverte au marquis Tempi. On se rappela en effet que le tableau avait été autrefois exposé, à l’occasion d'une cérémouie religieuse, dans cette même chambre abandonnée depuis. Un an après, il fut acquis par le roi Louis de Bavière pour la somme de 16,000 scudi, et il devint un nouvel ornement de la riche Pinacothèque de Munich t.
Le carton original se trouve au musée Fabre, à Montpellier. Voy. le Catalogue des Dessins.
Une ancienne et bonne copie, mais avec un fond gris au lieu de paysage, se trouvait, en 1839, chez le peintre M. van Hauselaer à Gand.
GRAVURES : par Antonio Morghen, petit in-fol. ; — par A.-B. Desnoyers, 1821 ; petit in-fol , pour l'ouvrage : Recueil d’estampes gravées d’après les peintures à fresque italiennes, etc., par Boucher Desnoyers, d’après ses dessins faits en Italie, dans les années 1818 et 1819; — par Samuel Jesi, dis. et incid., in-fol. ; — par Samuel Amsler, petit in-fol. 1837; — par Wagner, 1632; petit in-fol. ; — par Théophile Kisling. — Lith. par F. Piloty, in-fol. — De même, par F. Wolf, petit in-fol, — Landon, n° 426.
1. N° 614 du catalogue, IL partie, Cabinet XXI. {Note de l'éditeur.)
38 PEINTURES DE RAPHAEL 33. Sainte Famille au Palmier.
Tableau peint sur bois et transporté sur toile. Rond ; de 3° 4” de diamètre.
La Vierge, assise à droite sur un banc, près d’un palmier, tient sur ses genoux l'enfant Jésus, qu’elle a entouré d’un bout de son voile. A gauche, saint Joseph à genoux présente des fleurs à l'enfant, et celui-ci les reçoit en regardant sou père d'adoption avec un charme d'expression ineffable. Le premier plan est parsemé de plantes et de fleurs, dans le goût de Léonard de Vinci. Le lointain, d’un ton modéré, représente une vallée plantée d'arbres. Le profil de la Vierge est de la plus grande finesse; la tête de saint Joseph, très-chaude de couleur, fait contraste avec celle de l’enfant. Quoique cette Vierge ait encore des similitudes avec celles du Pérugin, elle est cependant, sans aucun doute, postérieure à la Vierge dans la Prairie ; elle révèle déjà décidément l'originalité de Raphaël à son époque florentine. Nous supposons que ce précieux tableau est le second de deux qu’il fit pour Taddeo Taddei. 11 passa de la collection Tamboneau dans celle du duc d'Orléans, et fut acquis à la vente de Londres pour 1,200 livres st. par le duc de Bridgewater.
Actuellement, il est dans la possession de lord Ellesmere, à Londrest.1l a été transporté de son vieux panneau sur une toile grossière, dont les fils en diagonale donnent un assez vilain aspect au tableau, d’ailleurs bien conservé. Lorsque le roi Louis-Philippe revit ce tableau à Londres, il raconta au possesseur d'alors, le marquis de Stafford, que ce tableau était autrefois tombé en héritage à deux vieilles filles, lesquelles, ne pouvant s'entendre sur le fait de sa possession, le firent couper en deux, afin que chacune en eût sa part. Plus tard les deux moitiés, étant revenues à une seule personne, furent rejointes avec soin. On ne voit aujourd’hui aucune trace de cette mutilation, et toute l’histoire du tableau coupé en deux morceaux pourrait bien n’être qu’un conte.
GRAVURES : par Egidius Rousselet, 1656, avec cette inscription : Flores aparverunt in lerr4 nostrà, grand in-4; — par Jean Raymond, en contre-partie, n° 23 du Cabinet Crozat, où Recueil d’estampes d’après les plus beaux tableaux de France ; Paris, 1729; — par R.-U. Massard, pour la Galerie d'Orléans, petit in-4; — par D. Huber, au pointillé, petit in-4; — par Fr. Jobn, au pointillé, d'après un tableau appartenant au comte J. de Czernichew, et attribué à fra Bartolomeo ; petit in-4, — par Félix Massard, dans un carré, petit in-fol. ; — par Ach. Martinet del. et sculp., 1844, grand in-fol. — Landon, n° 327.
L'esquisse pour la Vierge avec l’Enfant et la tête de saint Joseph, dessinée à la pointe d’argent, passa de la succession Lawrence dans la collection du roi Guillaume II, à La Haye, et fut achetée à la vente de cêtte col-
2. N° 35 du catalogue de Bridgewater Gallery (London, 1856), où il est dit que ce tableau, avant d’avoir passé dans la galerie d'Orléans, avait appartenu au marquis d’Aumont, qui l'avait vendu à M, Delanoue. — La Vierge au Palmier se trouve aussi gravée dans la Stafford Gallery. (Note de l'éditeur.)
lection pour le musée du Louvre, au prix de 690 florins. — Landon, ne 299.
Philippe de Champaigne fut chargé d’en faire une copie pour l’abbaye de Port-Royal, et nous en avons vu une pareille en 4847 chez M. Letestu, à Paris.
34. Portraits d'Angelo Doni et de Maddalena Strozzi, sa femme.
Angelo Doni, âgé d’environ trente ans, est assis près d’une balustrade sur laquelle il appuie son bras gauche, tandis que sa main droite repose sur ses genoux. Il est vu de trois quarts et tourné à droite. Un surtout noir à agrales d’or couvre son habit rouge à larges manches: sa tête est recouverte d’une barette noire. La figure se détache sur le fond lumineux du ciel et sur un paysage à collines, parsemé de quelques petits arbres vigoureux de ton. La couleur des chairs, en général, est d’une teinte rougeâtre avec des ombres brunes grises et de vives lumières. Le dessin n’en est pas partout correct, il lui manque encore la pureté que nous trouverons dans les œuvres suivantes du maître. L'expression roide et guindée de ce portrait est celle qu’ont ordinairement les personnes qui posent devant un peintre.
Maddalena Doni, née Strozzi, femme d’Angelo, est vue presque de face, un peu tournée à gauche, assise dans un fauteuil, une main posée sur lâutre main. Son corsage rouge à larges manches en damas bleu est bordé d’une bande de velours bleu foncé. Ses longs cheveux, qui tombent derrière ses épaules, sont enveloppés d’un filet. Elle a pour collier un simple fil d’or, auquel est suspendu un joyau de trois pierres avec une grosse perle en forme de poire. Des collines et un seul petit arbre occupent le fond. La couleur de ce portrait est molle, claire, et du même faire que le portrait d’Angelo; les cheveux isolés qui s'écartent de la masse sur le fond de ciel sont de même peints un à un. Quoique le dessin soit mieux soigné et plus finement senti dans ce portrait-ci que dans Pautre, on n’y reconnaît cependant pas encore un artiste exercé en ce genre de peinture, et tout y accuse la timidité de son pinceau. Néanmoins, cette peinture a un charme extraordinaire, et elle est faite avec beaucoup d’amour. Les deux portraits sont peints sur des panneaux qui avaient déjà servi à un peintre, car sur leur revers on voit des figures mythologiques tracées en noir sur un fond clair.
Giuseppe Montani n’a pas fait connaître les documents qui l'ont autorisé à dire que Raphaël avait reçu. 700 scudi pour ces deux portraits. Le fait nous paraît d'autant moins vraisemblable que, selon le témoignage de Vasari, Angelo Doni n’avait pas la réputation de payer les artistes très-généreusement, Et puis Raphaël, qui alors était à peine âgé de 22 ans, ne pouvait
prétendre à un prix si considérable que, même à l’époque de sa plus grande renommée, il n’aurait pas osé l'exiger d’une personne appartenant à la classe bourgeoise. | Jusqu'en 1758, ces portraits restèrent dans la maison Doni, à Florence; mais, après la mort de Pietro Buono di Francesco Doni, ils allèrent comme héritage aux descendants de son frère Gio. Battista, et ensuite à la marquise de Villeneuve à Avignon. En 1893, le fils aîné de cette dame les reporta à Florence, et là, il essaya inutilement de les vendre, pendant trois années ; Car ni la commission académique de Florence, ni le professeur Wagner, désigné par le roi de Bavière, ne voulurent reconnaître leur authenticité. Mais le restaurateur de tableaux, Johann Metzger, qui s'était donné beaucoup de mouvement dans cette affaire, ne se tint pas pour battu. Il publia sous sa propre responsabilité un mémoire dans lequel il garantissait l’originalité des tableaux, leur provenance et leur bonne conservation; ce mémoire devait être envoyé aux cours étrangères. Lorsque le grand-duc Léopold IL, actuellement régnant, eut connaissance dudit mémoire, ce prince fit faire une nouvelle expertise par le peintre français Fabre, et, d’après les conclusions de ce peintre, il acquit Jes tableaux, en 1826, au prix de 5,000 scudi. Il est vrai de dire que ces tahleaux avaient beaucoup perdu de leur éclat primitif, par suite des nombreuses craquelures du vieux vernis. Ils avaient donc besoin d’un nettoyage, lequel fut confié au restaurateur de tableaux Domenico del Potestà. Celui-ci, les ayant humectés trop vivement avec de l’acqua di rasa, vit bientôt avec effroi que la peinture commençait à se dissoudre en même temps que Le vernis. Il n’y avait plus à songer à un nettoyage ; mais que faire? 11 courut chez Metzger et lui conta son embarras. Celui-ci lui donna le simple conseil (nous l’enregistrons ici pour l'instruction de ceux qui pourraient se trouver en pareil cas) de faire sécher la dissolution en plein air, et d'opérer ensuite avec plus de prudence. De la sorte furent heureusement sauvés ces deux portraits , qui ne sont pas la peinture la moins intéressante de l’incomparable galerie du palais Pitti. Les deux portraits ont été gravés au trait par Giuseppe Rossi, en 1898, pour la traduction italienne de l’ouvrage de M. Quatremère de Quincy, par Longhena, et pour la Storia della Pittura italiana de Rosini, vol. IV, p. 53. Angelo Doni, lith. en contre-partie, par Franco Pieraccini, in-fol. Maddalena Doni, lith. en contre-partie, par Francesco Pierucci, in-fol. — Gravé par Zignani, in-fol.