L’Adoration des Bergers
Raphaël, dans sa lettre adressée à Francesco Francia, à Bologne, du 5 septembre 1508, lui écrivit : «Je vous envoie un autre dessin de la Crèche (presepc), et très-différent, comme vous le verrez, du premier, auquel vous vous êtes plu à prodiguer tant de louanges. »
Malvasia, dans sa Felsina Pittrice (Vie du Francia, p. 44), rappelle une célèbre Adoration des Bergers, par Raphaël, laquelle, selon Baldi, se trouvait à Bologne, chez Giovanni Bentivoglio, avant son bannissement, en 1506.
On n’a aucun renseignement sur le sort de ce tableau‘; mais nous supposons que ce pourrait bien être le petit tableau que madame de Humboldt a vu dans l’appartement de linfante Marie, à S. Idefonso, en Espagne ?, et qu’elle a décrit de la sorte : « La Madone est assise sur une marche peu élevée, ayant devant elle l'enfant Jésus, que saint Jean embrasse. Sainte Élisa- Peth, un fuseau à la main, se tient derrière la Vierge. Un jeune berger
1. Malyasia (Felsina Piltrice, vol. 11, p. 18) cite un petit tableau de la Crèche par Raphaël, qui était chez Carlo Fantuzzi, à Bologne, mais sans rien ajouter de plus; ce qui fait qu'on ne sait pas si c’est le même qui se trouvait précédemment chez Bentivoglio, ou bien s’il s'agit seulement d’un dessin.
2. Durant notre voyage en Espagne, nous avons fait des recherches, mais sans résultat satisfaisant, pour découvrir ce que ce tableau était devenu. Le directeur même des collections royales n’en avait aucune connaissance. Il est donc à présumer que ce tableau a été enlevé lors de l’invasion des Français sous le règne de Napoléon 1°".
accourt, apportant deux pigeons dans un petit panier. Saint Joseph est un peu en arrière, entre la Vierge et le berger; on voit au fond un homme qui entre dans l’étable avec un taureau et un âne. La Vierge est vêtue de bleu et de rouge; saint Joseph, de vert, et sainte Élisabeth, de bleu foncé. La draperie du berger est d’une couleur qui varie entre le bleu et le vert; l’homme qui entre dans l’étable à un vêtement jaune ombré de rouge. Après avoir décroché le tableau et après l'avoir examiné trèsattentivement, il me parut hors de doute que c'était un ouvrage de Ra phaël, fait dans sa première manière, lorsqu'il accusait ses contours avec une sorte de dureté, et que son pinceau avait encore de la sécheresse. D'ailleurs, quel autre que lui aurait pu créer ces admirables types, ces draperies si simples et cette touchante composition. Ce tableau me sembla être un vrai trésor. » (Voy. Programm zur Jenaer Literaturzeitung, 1809, Di 95; 95)
Dans son ouvrage sur l'Italie, M. C.-F. von Rumobhr a exprimé l’opinion que le charmant tableau de l’Adoration des Mages, qui figure à la galerie de Dresde, sous le n° 5, serait une libre imitation du Francia, d’après le Presepe de Raphaël. C’est là une supposition gratuite que nous ne discuterons point, mais nous rappellerons seulement que le péndant du tableau en question est un Baptême du Christ, d’une égale beauté de composition et d'exécution, que nous avons eu l’occasion de voir, en 1831, chez les frères Woodburn, marchands d’objets d’art, à Londres.
Nous ajouterons encore le renseignement suivant, relatif à une Adoraration des Bergers, qui a été vue à Urbin, par un marchand de tableaux expérimenté et qu’il croit incontestablement de Raphaël. Ce tableau, en largeur, a environ 3 pieds de long. Les bergers arrivent du côté gauche : Marie, l’enfant Jésus et saint Joseph sont à droite; et, derrière eux, on aperçoit deux anges qui semblent avoir conduit les bergers. Ce tableau passa plus tard en d’autres mains et disparut sans qu’on ait pu retrouver sa trace.