DANS LA COLLECTION DE M. FRÉDÉRIC REISET , A PARIS
Cet amateur distingué, dont le zèle pour les beaux-arts égale le goût exquis et l’expérience consommée, a le: bonheur d’avoir pu former une des plus belles collections de dessins d'anciens maîtres, qu’un particulier ait jamais réunie. Il en a publié, en 1850, un catalogue savant qui contient la description de 381 dessins, parmi lesquels on en compte sept de Raphaël. Depuis, M. Reiset a acquis encore deux cartons du maître , desquels il a eu la bonté de nous envoyer des photographies pour nous convaincre de leur authenticité.
353. Jeune moine. — Il tient à deux mains un livre, dans lequel il lit attentivement. Demi-figure aux deux tiers de la grandeur naturelle. Très-bele étude d’après nature, à la pierre noire. Les contours en sont piqués pour le calque sur le mur ou sur le bois. La pose de cette figure a quelque ressemblance avec le saint Nicolas de Bari, dans le tableau du château de Blenheim ; or ce tableau a été peint en 1505, et cette époque correspond justement aussi à la manière dont est exécuté ce carton. Toutefois, le caractère de la tête et l'habiHement diffèrent tout à fait de la figure de saint Nicolas, et paraissent plutôt convenir à un saint Antoine de Padoue. H. 0,145 mill.; 1. 6,365 mill. Coilection Denon, n° 301. Catalogue Reiset, n° 42.
354. La Sainte Famille de la maison Canigiani. — De l’année 1506; actuellement à Munich. C’est le groupe entier des cinq figures, dessinées à la plume, d’après nature. Ce dessin diffère de l'exécution en ce que le saint Joseph est tourné vers la droite, vu presque de dos, tandis qu'il est vu de face dans la peinture ; en outre, il est un peu trop grand comparativement aux autres figures, qui toutes sont sans vêtements. — Au verso, deux figures également nues et dessinées à la plume, d’après nature, savoir : un homme assis, qui se tourne vers la droite et semble tenir un instrument de musique ; l’autre n’est. que la partie supérieure d’une figure d'homme portant un fardeau. C’est une étude pour la Mise au tombeau, du palais Borghèse. H. 0,370 mill.; 1. 0,245 mill. Collections Timoteo Viti, Crozat, Revil, n° 206. Catalogue Reiset, n° 43.
335. Ange voltigeant. — Ners le côté gauche et déroulant une banderole de parchemin. Étude pour la fresque des Sibylles, dans l’église della Pace, à Rome. Figure nue. A côté, le corps et les jambes du même ange, drapés. Dans le bas, l'étude du bras et de l'épaule, d’après nature. Superbe dessin à la sanguine. D’Argenville l'avait acheté à Rome pour 150 livres.
Il provient de la collection Barni. H. 0,255 mill.; 1. 0,400 mill. Catalogue Reiset, n° 46. Un dessin semblable, mais qui doit être une copie fabriquée par un faussaire, se trouve dans la collection Albertine , à Vienne, et faisait partie de la collection du prince de Ligne.
356. Esquisse pour la Dispute du Saint-Sacrement. — Première pensée de la partie inférieure de la composition. Ce sont vingt figures représentant les docteurs et les Pères de l’Église. L’ordonnance est bien différente de l’exécution à fresque ; il y a neuf figures du côté gauche et onze du côté droit. Dessin spirituellement esquissé à la plume , lavé au bistre et rehaussé de blanc. H. 220 mill.; 1. 410 mill. Ce dessin, de la collection Crozat, n° 560 , a été gravé par le comte de Caylus, lorsqu'il se trouvait dans le cabinet Mariette, sous le n° 688, mais d’une manière peu satisfaisante. H a paru depuis dans la vente Randon de Roïisset, en 1777, sous le n° 278, et, en dernier lieu, dans celle du baron Roger, en 1841, n° 48. Catalogue Reiset , n° 45. La collection du Louvre en conserve une copie dans le volume quatrième des Dessins de l’École romaine. Une esquisse de la partie supérieure de la composition se trouve actuellement dans la collection d'Oxford.
357. Les trois figures des Heures. — Jetant des fleurs. Pour le Festin des Dieux, au plafond de la Farnesine. Étude à la sanguine, d’après nature. Il paraît que la maîtresse de Raphaël lui a servi iei de modèle; du moins plusieurs études de ce maître, qu’il a faites pour d’autres parties de cette fresque, ainsi que pour la Vierge de la Grande Sainte Famille de Paris, sont-elles d’après cette même femme, qu’on appelle ordinairement la Fornarina. H. 195 mill.; 1. 350 mill. Ce superbe dessin provient de la collection de M. de Cedron, et fut conservé jusqu’en 1846 par ses héritiers dans la petite ville du Beausset, entre Marseille et Toulon. Catalogue Reiset, n° 48.
358. Femme agenouillée. — Les mains jointes, la tête tournée vers le ciel. À gauche, la tête et les épaules d’un homme penché en avant. Trèslégèrement exécuté à la plume. H. 165”; 1. 115”. Collections Timoteo Viti, Crozat, Mariette (qui a cru y voir une étude pour un Saint Étienne martyr), et Revil (1845, cat., n° 45). Catalogue Reiset, n° 44.
359. Quatre figures d'hommes nus. — En diverses attitudes. L’un est vu de dos, l’autre de face, debout derrière lui ; un troisième, à gauche, est agenouillé en tenant son talon dans sa main gauche. Derrière lui, on voit la partie supérieure d’un homme qui marche vers le côté droit. Dessin à la plume, de la plus belle époque du maître. H. 230 mill. ; 1. 170 mill. Collections marquis de Lagoy et Barni. Acheté en 1836. Catalogue Reiset, n° 47. ;
360. Jeux d'enfants. — Deux fragments d’un carton, dans lequel on voit deux enfants montés sur des sangliers, l’un à gauche, l'autre à droite,
et joutant l’un contre l’autre avec des bâtons. Ils sont accompagnés par d’autres enfants, trois de chaque côté. Au milieu de la composition se trouve l'indication d’un trépied ou d’une borne. Des pieds d'enfant, placés sur un entablement, dans la partie supérieure du morceau de droite, font penser que l’ensemble devait être en hauteur. Ces cartons sont dessinés à la pierre noire, sur papier gris-brun, et ont été piqués pour l’exécution. Malheureusement, ils ont beaucoup souffert. Forme irrégulière. H. 0,550 mill., L. 0,540; et h. 0,561 mill. , 1. 0,670 mill. Collection Vallardi, de Milan.
M. Reiset possède, en outre, trois fragments d’un carton colorié pour la tapisserie du Christ donnant les clefs à saint Pierre, dont l'original est à Hampton Court. Ce sont huit grosses têtes d'apôtres, trois têtes sur les deux premières feuilles, deux têtes sur la troisième. Elles ont été exécutées d’abord à la pierre noire, puis lavées à l’aquärelle et à la gouache. De nombreuses retouches à la plume y ont été faites en dernier lieu. Ces têtes sont d’une extrême beauté et bien supérieures à d’autres fragments du même genre conservés dans les collections du Louvre, de Christ Church College , à Oxford , etc. Le comte de Fries, à Vienne, les avait achetées d’un sieur Poggi, moyennant une rente viagère de cinq cents florins. Plus tard , ils tombèrent dans les mains d’un marchand, qui les vendit à bas prix au graveur en médailles de la cour, M. Bæœhm, et celui-ci les céda, en 1846, à M. Herz de Londres. Catalogue Reiset, n° 49.
Plusieurs dessins à la plume, de Timoteo Viti d'Urbin, qui sont dans cette même collection, ont un intérêt tout particulier en ce que ce sont des copies faites d’après des originaux de Raphaël, et ces copies conlirment l’assertion de Vasari, qui assure que cet ami,du grand maitre à imité d’une manière trompeuse beaucoup de ses dessins. Citons-en trois de cette espèce, qui se trouvent chez M. Reiset :
a.) Esquisse de la Belle Jardinière, du Louvre. — L’esquisse originale de Raphaël, qui à fait partie des collections Crozat, Mariette, Revil, etc., est allée en Angleterre.
b.) Un ange. — Cet ange répand des fleurs sur un vieillard assis et plongé dans une méditation profonde.
c.) Deux personnages debout et drapés. — Vus de dos.
Les originaux de ces deux derniers dessins sont conservés à l’Académie de Venise, et faisaient originairement partie d’un livre d’esquisses .de Raphaël.