CHEZ LE COMTE DE LEICESTER, A HOLKHAM, NORFOIK
512. Un cahier avec des dessins raphaëlesques. — Cet intéressant cahier, de format petit in-folio, était autrefois en la possession de Carle Maratte, à Rome, ce qui est consigné sur une feuille servant de couverture. Il contient trente-cinq feuilles chargées de dessins, parmi lesquelles il y en a dix-huit avec des études d'architecture, et trois représentant divers sujets qui sont tout à fait traités dans la manière de Raphaël. Les quatorze autres feuilles offrent des dessins de Jules Romain et d’autres d'artistes moins habiles. Nous donnons ici une indication détaillée de tous ces dessins dans l’ordre qu’ils occupent. Ceux que nous avons marqués d’une * sont les plus beaux.
* a.) Une feuille avec douze soubassements à colonnes et onze chapiteaux, ioniques en majeure partie, et d’autres richement ornés de feuillages, mais qui n'appartiennent à aucun ordre précis. Le mot anticho se trouve écrit auprès de la plupart de ces chapiteaux. De tous ces sujets rangés sur quatre lignes, la moitié seulement est dessinée à la plume. Feu W. Roscoe a fait graver un fac-simile de cette feuille, afin de l'ajouter au catalogue des manuscrits de la bibliothèque d’Holkham.
* b.) Cinq chapiteaux de colonnes, richement ornés de feuilles, trois bases, et une quatrième richement ornée. Une partie de ces dessins est terminée à la plume. Puis, quelques autres ornements architectoniques, quatre amphores et un plat antiques. Près de chaque objet, on a indiqué que l'original se trouvait à Padoue. Raphaël n’a pas pu les dessiner dans cette ville, où il n’est jamais allé. On peut donc admettre que ce sont des imitations faites d’après les dessins d’un autre artiste ; cette supposition est justifiée en quelque sorte par la place assignée à chaque objet.
o 18 CATALOGUE DES DESSINS DE RAPHAEL
L'écriture, quoique ressemblant beaucoup à celle du maître, n’est pourtant pas absolument identique, ce qui provient peut-être de ce que Raphaël a changé sa manière d'écrire dans les années postérieures, Quant au dessin, il est tout à fait semblable au sien.
c.) Treize corniches antiques richement ornementées, vues de profil et dessinées en perspective. Le mot anticho est écrit auprès de plusieurs. Dessins à la plume.
* d.) Compartiments ornementés di un soffite, formés de grands octogones et de carrés plus petits, au côté gauche de la feuille. Au côté droit, trois vases posés sur des socles, comme pour jets d’eau. Dans le bas encore, quelques ornements architectoniques. Dessins d’abord traités à la pierre noire, puis terminés à la plume. Les dessins de cette feuille ne sont pas exécutés avec le même soin que ceux des trois feuilles précédentes ; mais c’est pourtant une œuvre du même artiste. L'écriture est presque totalement effacée.
) Vingt bases de colonnes, des chapiteaux, des consoles richement ornementées et, pour la plupart, exécutées à moitié. Ensuite, un riche candélabre. Souvent, auprès de chaque objet, le mot anticho. Dessin à la plume,
* f.) Différents ornements antiques ; deux bases de colonnes, un chapiteau et la moitié d’un autel, avec un bas-relief où l’on voit indiqués une femme et un guerrier. Puis un fronton avec un quadrige, une aigle romaine, une figure agenouillée, un vase avec une patène, et, dans le bas, encore une frise avec des génies, des griffons et des vases. Ce dessin n’est pas traité avec le même soin que le précédent. L'écriture est presque effacée.
* g.) Quatre soubassements de colonnes, richement ornementés; de même, trois chapiteaux et deux consoles, ainsi que quelques socles pour des vases. À gauche, une colonne cannelée, Dessin très-soigné, à la plume. L'écriture est presque effacée.
h.) Quatre corniches antiques, richement ornées; en perspective; dessinées avec soin à la plume. Sans inscription.
* à.) Sept corniches antiques, richement ornementées ; en perspective ; soigneusement dessinées avec une grosse plume. Une seule fois, le mot anticho.
* &.) Treize corniches richement ornementées, imitées de l'antique. On y lit plusieurs fois le mot moderno. Dessin très-soigné, à la plume.
* .) Dix corniches différentes et richement oruementées, d’après des édifices antiques et modernes, ce qui est toujours indiqué, Puis une base de colonne. Dessin très-soigné, à la plume.
m.) Une corniche antique, richement ornementée, et l’esquisse d'un ornement de feuillage. Légèrement dessiné à la plume. Les écritures,
presque effacées, commencent souvent avec les mots : sapi questo. Cette feuille a beaucoup souffert, et, dans le bas, il en manque un grand morceau.
* n.) Base d’un édifice, un caisson de rosettes et quelques ornements de feuillages dans des frises. Rapidement esquissés à la pierre noire et terminés à la plume. Cette feuille aussi a souffert, et l'écriture est presque effacée.
* o.) Plusieurs corniches richement ornementées, et autres détails architectoniques, ainsi qu’une base de colonne. Légèrement esquissés à la plume. Feuille endommagée. L'écriture est effacée.
* p.) Base de colonne et chapiteau d'ordre composite, puis quelques détails de quatre corniches. Esquissés à la pierre noire et terminés à la plume. L'écriture est presque effacée.
q.) Profil d'une corniche corinthienne, avec l'indication de la mesure, qui est indiquée par un fil à plomb qui pend du rebord supérieur. On lit auprès : Questa cornichie enter la dello archio di chamiglano canata di marmo. Légèrement dessiné à la plume. À gauche, sur la feuille, il y a encore le dessin des deux jambes d’un enfant, à la pierre noire, et, plus bas, une tête de femme; mais ces dessins ne se rapportent pas à la manière de Raphaël.
* r.) Six corniches antiques, avec l'indication de la mesure. Esquisse à la plume.
s.) Quatre corniches aux profils de mauvais goût. Faible dessin à la sanguine.
* t.) Trois corniches antiques, puissamment dessinées avec une plume un peu large. On y lit deux fois : anticho. Exécutées de la même main que les quinze feuilles désignées ci-dessus par une étoile.
* u.) Cortége de Bacchus, sur grande feuille in-folio en largeur, d’après un relief antique; dessiné en deux parties superposées. En tête du cortége est une femme couchée sur un char, semblable à une Ariane. L'Amour est agenouillé derrière elle. Un homme conduit les tigres attelés au char. Silène s’appuie sur un satyre. Un faune accompagne et protége Ariane, tandis que deux bacchantes, avec des tambourins et des trompettes, mêlent leurs danses à celle d’un satyre. A la fin du cortége, Bacchus assis sur un bige traîné par deux centaures, dont l’un joue de la lyré. Sur le revers, il y a une esquisse d’après un pied de candélabre à trois faces, orné de têtes de béliers dans le haut, et de sirènes dans le bas. Le relief, sur la surface, montre une espèce de campagnard qui porte un cochon de lait dans sa main droite, et, sur son épaule gauche, un lièvre attaché à un bâton avec deux coqs. Ces deux légères esquisses à la plume sont tout à fait traitées dans la manière de Raphaël.
v.) Deux bases de colonnes richement ornementées. Dessin très-beau
et très-soigné, à la sanguine, d’après des modèles antiques. Au verso se trouve la cuirasse d’un chef romain, esquissée à la plume, dans la manière de Raphaël. Sur la même feuille, on a collé une autre esquisse au trait, d’après une armure antique.
æ.) Petit édifice antique ayant la forme d’un carré long, avec une porte et des fenêtres. Très-péniblement dessiné à la plume, si bien que chaque brique y est indiquée. Petit in-folio.
y.) Porte de ville, avec deux tours d’une architecture singulière.
z.) Quatre aigles en différentes positions; un panier avec des fruits, et quelques ornements. Sur le revers, encore quelques ornements de feuillages. Bon dessin à la plume. Grande feuille in-folio.
aa.) Vue du temple de la Sibylle à Tivoli, avec les substructions. Sur le verso, une vue de Tivoli avec la chute d’eau de l’Anio tombant dans la grotte de Neptune. Dessin à la plume , dans la manière de Raphaël.
* bb.) Les groupes de droite et de gauche, de la composition du Serpent d’airain de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. Très-beau et trèsvigoureux dessin à la plume, qui est certainement de la main de Raphaël, car On y remarque son goût dominant pour la beauté des formes, dans le dessin du nu, et sa touche légère et spirituelle. Ce précieux dessin a un peu souffert. Petit in-folio en largeur.
W. Roscoe en a fait graver un fac-simile.
cc.) Deux Amours assis sur des monstres marins. Légère esquisse à la plume. Petit in-folio.
dd.) Huit monstres marins et deux figures d'hommes à queues de poisson, dans la manière fantastique de Jules Romain. Esquisse à la plume. Grand in-folio. Sur le revers, il y a trois dessins collés sur la feuille, représentant des aigles et un tombeau, qui accusent une autre main assez faible.
ee.) Douze monstres marins. Sur le dos de ces monstres sont assis de petits génies. Au verso, il y à encore deux monstres marins, chassés par un homme moitié poisson. Belles esquisses à la plume, dans la manière de Jules Romain.
ff.) Monstres marins et génies. Faible imitation du dessin précédent. Petite feuille.
* gg.) Cintre, avec deux esquisses de grotesques, dont chacune occupe une moitié de la feuille. A gauche, on voit la partie supérieure d'un enfant qui est terminé en oiseau; cette singulière créature tient une guirlande de fleurs sur laquelle se balance un perroquet. L’autre esquisse offre un sphinx femelle et deux enfants sur un encadrement de feuillages.
hh.) Onze casques fantastiques, dans le goût du seizième siècle. A la pierre noire et à la plume. Petit in-folio.
ii.) Trois casques, dans un meilleur goût du seizième siècle ; esquisses
à la plume, un peu lavées. Une feuille à part, collée sur celle-ci, contient une tête de femme, dessinée à la plume, dans la manière du Parmesan.
kk.) Figure de femme assise, d’après une statue antique, dont la tête manque ; elle a la jambe gauche croisée sur la droite, avec une draperie sur les genoux. Dans le haut, on lit : In Roma, à droite : Antficho, et à gauche : Questa femina sta inchiusa in queste chamere dirimpetto Messer Lello della Valle. En outre, la feuille contient dans le haut, à droite, l’esquisse d’un pied de candélabre à trois faces, au bas duquel on lit : Desidero moderno. Ces mêmes mots se trouvent près d’une aile déployée, d’assez mauvaise forme. Dans le bas, on lit la note qui suit : « Anchora si trova due figure grandissime di marmo, che quanto più le guardi, più ti pajon vive. E v’è una che è 14 braccia. Sono ad jaciere. Sono intere, sechondo la testa sono chosi, laltra à un pocho minore, ma pichola chosa. Trovasi molti palazi grandissimi istoriati, dinanzi e dirieto e dal lato. p. tutto di buone chose, e in chasa Messer Lello della Valle due Fauni 8 braccia l uno, interi e saldi, fantacciatissimi, hanno un ciestone di frutta per uno in chapo. Anchora si trova moltissime chose grandissime e degnie, chessele chontasse un santo quasi nogli sarebbe chreduto, tante son chose mirabile e trovasene tante, e poi anche e poi più, in modo ch’io chello vedute, et toche, e misurate di mia mano mi pajono chose da nollo dire, tante son chose grandissime. Non si potrebe chontarle se l’uno no’l l andassi a vedere, e a ognora m’era detto ch’io non aveva veduto nulla apetto a quello poterd vedere, s’io vi stava. Anche pensa quel che vi è. »
Ni le dessin ni l’écriture n’ont rien qui permette de les attribuer à Raphaël, ce qui se trouve confirmé d’ailleurs par la note transcrite cidessus, dont l’auteur rapporte qu’on lui a dit que, s’il voulait séjourner plus longtemps à Rome, il pourrait encore voir beaucoup d’autres sculptures antiques. W. Roscoe a fait graver le fac-simile de cette feuille.
Au verso, est une esquisse de la même main, d’après un relief antique, représentant un cavalier cuirassé et des piétons, un guerrier romain à gauche, et la figure d’une Victoire derrière eux. Dans le haut, on lit : Fundatores quietis, et à gauche : Questa istoria si e allorche ditrast sono sotto uno archo sono dirimpetto all uno all altro. — Anticho. Sur la feuille, à gauche, se trouvent encore deux rapides esquisses, d’après la statue de bronze du Tireur d’épine, qui est au Capitole, avec ces mots : Questo e longnudo dello grecho, che ista in Chanpidoglio, et près de la figure, vue de dos : Chosi questo. Ensuite, à droite, est dessiné à la plume et lavé à l’encre de Chine un torse de femme d’après une statue antique, avec ces mots : Questa femina sta in chasa..…. L'écriture est coupée au bord. Enfin, notre artiste touriste dessina encore, à la plume, sur la même feuille, une amazone assise sur un cheval abattu à terre, également d’après l'antique, avec ces mots : Questa chanolle sta in casa de Santa Chrocie.
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Il.) Plan et élévation pour la restauration de l’Arc de triomphe de Titus à Rome. L’élévation est dessinée en perspective, selon l’usage du temps, et lavée à la sépia. Les figures de ce dessin sont mal dessinées, ce qui laisse supposer que c’est l’ouvrage d’un architecte. Dans la plaque du haut est reproduite au crayon l'inscription :