Portrait de deux moines
Bustes sans mains, un peu moins grands que nature; peints à la détrempe sur bois,
Ils sont tous deux représentés de profil, les yeux fixés vers le haut.
Nous avons déjà dit dans la Vie de Raphaël qu’on a tout lieu de croire qu’il peignit ces deux moines au monastère de Vallombrosa, lors de son voyage d'Urbin à Florence, et qu’il les aura sans doute peints à la détrempe, faute d’avoir trouvé au couvent l'huile convenable pour apprêter ses couleurs. jé
La position des têtes fait présumer que ces portraits ont été faits pour être suspendus de chaque côté d’un tableau de dévotion, afin que les regards des deux personnages se dirigeassent sur l’image du Christ.
Le chef de l’ordre, don Blasio, est un moine d’une santé florissante, déjà avancé en âge, et dont la physionomie annonce un bon, mais insignifiant caractère. De rares cheveux couvrent son crâne. La couleur du tableau, qui a quelque chose de tendre, est dans le système ordinaire de Raphaël, c’est-à-dire brune grise dans les ombres, rougeâtre dans les demi-teintes et blanchâtre dans les parties lumineuses. Le vêtement qui encadre le cou est gris avec une teinte violette. Le fond est d’un ton vigoureux, et sur le bord du portrait on lit cette inscription : BLASIO. GEN. SERVO. TVO. SVCCVRRE.
Don Baltasar, tourné à gauche, est un homme dans la vigueur de l’âge, un peu maigre, et brun de peau. L'expression vive et spirituelle de sa physionomie accuse un homme aux pensées profondes. L'inscription peinte en longueur dans le fond, comme celle de l’autre portrait, est brisée à l’angle et ainsi conçue : D. BALTASAR. MONACO. S. TVO SVCCVRRE.
Ces deux portraits sont d’une vérité extrême et d’un caractère saisissant ; le dessin en est sévère, le modelé d’une grande finesse, et l'exécution à hachures de la plus grande intelligence. Déjà l’on reconnaît dans ces portraits le maître de la Dispute du saint Sacrement, car ils ont une analogie frappante avec la manière de faire de cette fresque célèbre.
Ces deux portraits passèrent du monastère Vallombrosa dans la collection de l’Académie de Florence, où, selon Bottari, ils furent attribués au Pérugin. Mais le dessin et le modelé y trahissent un sentiment de la na-
ture, que n'eut jamais le Pérugin, et les oreilles surtout, entre autres détails, sont d’une beauté de formes, qu’il ne sut jamais rendre. C’est pourquoi nous nous rangeons complétement à l'opinion de MM. Wicar et von Rumobr, qui furent les premiers à reconnaître la main de Raphaël dans ces peintures.