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La petite Madone de la galerie d'Orléans

Sur bois; h., 11” ; 1, 8°, — Mi-figures.

La Vierge, tournée à droite, presque de profil, est assise sur un banc et tient l’enfant Jésus de la main gauche, en le contemplant avec amour. Celui-ci, qui veut s'élever vers elle, s'attache avec les mains, pour s’aider, au vêtement de sa mère. Il regarde hors du tableau, et son expression est sérieuse. Le fond représente le mur d’une chambre avec un rideau gris rou£e, à gauche, et un petit escabeau sur lequel sont posés de petits vases. Ces derniers accessoires et le rideau gris rouge ont été certainement ajoutés plus tard ; ils sont peints dans la manière de David Teniers, à ce point que tout porte à croire qu’il est réellement l’auteur de ces additions malheureuses. Le coloris du tableau est vif et clair. Sa conservation paraît assez satisfaisante, car c’est seulement sur le bleu du manteau et sur une des jambes de l'enfant, que le nettoyage se fait un peu trop sentir.

Cette peinture est de la seconde manière de Raphaël, nommée manière florentine, et ce doit être la seconde Madone faite pour le duc d'Urbin. Elle passa dans la galerie d'Orléans, après avoir auparavant appartenu au frère de Louis XIV. Dans la vente de cette galerie, qui eut lieu à Londres en 1798, ce tableau fut acheté par M. Hibbert, au prix de 500 livres sterling. — En 1831, cette Madone était en vente chez le marchand de tableaux, Nieuwenhuis fils, de Bruxelles; c’est chez lui que nous la vîimes. En 1835, elle était encore à vendre, à Paris, pour 50,000 francs. Plus tard, elle entra dans la galerie Aguado, et, à la vente de cette galerie, elle fut adjugée à M. Benjamin Delessert pour 24,000 ir.

Gravures : par Du Flos, petit in-fol. ; cette gravure fut retouchée par N. de Larmessin pour le Cabinet Crozat, n° 24 ; — par J -J. Huber, 1790, petit in-fol. pour la Galerie d'Orléans; — par J.-P. Seiter, in-8. — Seulement la Vierge et

l'enfant, par B. Hôfel. — B. Desnoyers del., E. Forster sculp., 1838, petit in-fol, — Landon, n° 146.

AO. Portrait de Guidubaldo, duc d'Urbin.

Ce portrait est ainsi décrit dans Ja lettre de Pietro Bembo, adressée de Rome, le 19 avril 4516, à Bernardino da Bibiena, cardinal de S. Maria in Portico : & Il ritratto di messer Baldassare Castiglione e quello della buona e sempre da me venerata memoria del sig. Duca nostro, a cui Dio

dia beatitudine, parrebbero di mano di un dei garzoni di Raphaello in quanto appartiene alla rassomiglianza in comparazione di quello di Tebaldeo. »

Raphaël peignit, sans aucun doute, le portrait du duc pendant son séjour à Urbin, en 1506, puisque ce prince mourut deux ans plus tard et que Raphaël ne le revit pas dans le cours de ces deux années. A coup sür, on ne saurait supposer qu’il l’eût déjà peint lors de son premier séjour à Urbin, en 1504, puisque, à cette époque, il ne jouissait encore d’aucune réputation. Mais, en tout cas, on ne possède aucun renseignement sur le sort de cette peinture, quoique Baldi, qui écrivait en 1605 (Della Vita e de’ Fatti di Guidobaldo), l'ait encore vue à Urbin; car il décrit ainsi le catafalque de brocard d’or, sur lequel fut exposé après sa mort le duc Guidubaldo : « Le corps du susdit était babillé de hauts-de-chausses roses et d’un habit de damas noir, avec une barrette sur la tête, comme on s’habillait alors et tel qu’il avait été représenté dans son portrait peint de main de maître. »

Volkmann affirme que le portrait du duc d’Urbin par Raphaël se trouvait dans la maison Bovi, à Bologne ; mais il ne dit point si ce portrait représentait le duc Guidubaldo ou son successeur, et il ne donne pas d’autre détail sur cette peinture.

Un portrait qui fait partie de la galerie Lichtenstein, à Vienne, est indiqué dans le catalogue comme étant celui du due Guidubaldo peint par Raphaël; mais ce portrait n'est pas de Raphaël, et ne représente pas le duc Guidubaldo. Il n’existe de portrait authentique du duc que le buste en marbre placé sur son tombeau, et ce buste semble avoir servi de modèle à la gravure qu’on a jointe à l'ouvrage de Baldi, dans l’édition de Milan.

Il nous paraît convenable de parler encore ici de difiérents autres portraits que Raphaël aurait peints, dit-on, dans la maison des ducs d’Urbin.

4° Federico da Montefeltro, premier duc d’Urbin. L’inventaire de la succession des ducs d’Urbin, dressé par Bastiano Venturini, en 1654, mentionne un portrait du due Federico, vu de profil, armé en partie, et peint sur toile par Raphaël. Ce portrait, de grandeur naturelle, demifigure, se trouve actuellement au palais Pitti à Florence‘, mais c’est l’œuvre d'un peintre postérieur à Raphaël. Une copie de ce portrait est conservée dans le palais Albani, à Urbin — Pungileoni, dans son Elogio storico di Giovanni Santi (p. 18), et Longhena, dans sa traduction de l’ouvrage de M. Quatremère de Quincy (p. 242), indiquent un petit portrait peint à l'huile, lequel, pour la composition, est tout à fait semblable à celui du palais Pitti, comme étant une copie faite par Raphaël lui-même, d’après

1. Voyez Denuistoun, Memoirs of the Dukes of Urbino (London, 1854, vol. LI, p, 441 et 447).

un original de son père. Le duc est représenté la tête découverte, et portant sur son armure un manteau rouge, fourré d’hermine. Il tient des deux mains un livre posé devant lui sur une table où sont étalés les insignes de l’ordre de la Jarretière. Un rideau vert occupe le fond à droite, et à gauche une fenêtre ouverte laisse apercevoir le château d'Urbin. L’arrangement et l'exécution de ce petit tableau, quoique portant le cachet des peintures du seizième siècle, sont cependant bien différents de la manière de Raphaël. Le chevalier Crivelli, de Milan, l'avait acheté de la succession de feu le peintre Agostino Comerio. Ce portrait a été gravé pour l'ouvrage de Girolamo Mutio Giustinopolitano : Historia de’ fatti di Federico dù Montefeltro, duca d’'Urbino (Venetia, 1605, in-4°), mais sans indication de nom de peintre.

2° Elisabetta Feltria Gonzaga, femme du duc Guidubaldo. 11 paraît ressortir d’un passage de l’Elogj de’ Castiglione, par Antonio Beffa Negrini, dans le recueil des Œuvres du comte Baldassare Castiglione (Padova, 1733, p. 329), que Raphaël fit le portrait de la duchesse. Ce passage est ainsi conçu : « Un ritratto di bellissima e principalissima signora di mano di Raffael Sanzio da Urbino con due sonetti di Baldassare scritti di suo pugno nel 1517 trovati dietro un grande specchio della contessa Catterina Mondella di lui suora. »

Le sort de ce tableau nous est inconnu.

Ricci rapporte (Memorie storiche della Marca di Ancona, 1834, t. IL, P. 37) qu'il existe, dans la bibliothèque S. Salvatore, à Bologne, un poëme manuscrit qui fut composé à l’occasion de la fondation d’un mont de piété à Fabiano, en 1509, et dans lequel l’auteur se nomme le Pupille (4 Pupillo). Ce poëme, qui est dédié au cardinal Antonio del Monte et à la duchesse Elisabetta Gonzaga, est orné des portraits en miniature de ces deux personnages; la duchesse est représentée en costume de cour. Ne serait-ce point là une imitation du portrait original de Raphaël ?

Ce poëme commence ainsi

O Gonzaga madonna humile, et pia 0 Duce clementissima d'Urbino L'intento solo a te il Pupillo invia.

Et plus bas :

Dato ha principio gia la Duce mia Elisabeth d’Urbin nobil Gonzaga C'ogni sua terra il Monte forma et sia, etc.

3° Francesco Maria della Rovere, héritier présomptif du duché d’Urbin, né en 4491, mort en 4539. — Différents portraits sont présentés comme étant ceux de ce personnage, sans que la moindre preuve soit fournie à l'appui de cette assertion. Le prince Eszterhazy de Galantha en possède un, dans sa galerie, à Vienne. Ce portrait représente un jeune bomme, vu de

trois quarts et tourné à gauche. Il a une barrette rouge sur la tête, avec un Jjustaucorps de même couleur. Son pourpoint est brun. Il pose les mains sur une balustrade, et, de la droite, il tient un papier plié. Au fond, un paysage. Le nez est très-fin de forme, ainsi que la bouche, et l’expression de la physionomie est aimable. Ce portrait a quelque ressemblance avec le personnage qui représente ce prince dans l'Ecole d'Athènes, seulement il paraît un peu plus jeune. Ce tableau a souffert, dans les mains surtout, qui ont été repeintes; mais il en reste encore assez de parties intactes pour qu’on puisse considérer cette peinture comme un ouvrage de la jeunesse de Raphaël. En 1847, nous avons vu un second portrait, que lon dit être celui de Francesco Maria della Rovere, à l’âge d'environ quatorze ans, dans la maison Gaetano Susanni, à Mantoue. C’est un jeune homme vu à mi-corps et vêtu de gris. Un manteau de damas noir est jeté sur son épaule gauche. Il porte une barrette noire sur ses longs cheveux blonds. De la main droite, il tient le pommeau de son épée. Les yeux sont d’un brun clair Le fond du tableau est vert.

La manière de faire de cet ouvrage à bien quelque chose, en effet, de celle de Raphaël dans sa première jeunesse. Mais elle n’est cependant pas assez intelligente pour être de lui, et même les mains sont très-roides de dessin. Si nous sommes bien informé, ce tableau a été vendu depuis en Angleterre.

Enfin, nous ne devons pas oublier que la Biblioteca italiana (mai 4829, p. 281) a fait connaître encore, par une description et une gravure, un beau portrait, qui était alors dans la possession du comte Suardi à Bersame. On croit reconnaître dans ce portrait le prince héritier d’Urbin, peint de la main de Raphaël. C’est un noble jeune homme, qui, tourné à gauche et presque vu de dos, regarde le spectateur, en inclinant la tête du côté de l'épaule gauche. Il tient de la main gauche le pommeau de son épée, et un manteau noir, garni de tresses d’argent, couvre en partie sa large manche rouge. Ce portrait a un fond de ciel. C’est une précieuse peinture, qui passait autrefois, daus la maison Suardi, pour une œuvre du Giorgione, mais nous la croyons de Palma 1l vecchio. Le portrait est probablement celui d’un des ancêtres du comte Suardi, car il n’a pas la moindre ressemblance avec Francesco Maria della Rovere, ainsi que le prouve le portrait de ce prince dans l'Ecole d'Athènes. Dans ses portraits postérieurs à celui-ci, Francesco Maria della Rovere a le nez fort et un peu courbé; tandis que le personnage, peint dans ce tableau, à le nez petit et quelque peu retroussé.

Il est à déplorer que ce superbe tableau ait été fortement nettoyé.

Al. Portrait de Raphaël, peint par lui-même.

A l’âge de 23 ans. Buste sans mains. — Sur bois ; h., 18° ; 1., 12°? 6°”.

Il est tourné à droite et vu de trois quarts. La tête, un peu renversée

DE SON ÉPOQUE FLORENTINE. 49 en arrière, est couverte d’une barrette noire; le cou, entièrement nu, est d’une belle et élégante forme. Ses amples cheveux châtains tombent légèrement bouclés sur la nuque. Le bord de la chemise sort du vêtement noir presque collant. Le peintre regarde le spectateur avec la douce mélancolie d’une noble et jeune âme ; sa bouche est d’une expression ravissante. La couleur de la tête a de la pâleur; les yeux sont bruns; le nez est fin, légèrement courbé, le menton rond et un peu allongé. Le fond du tableau est d’un ton gris vert.

Il est à croire que Raphaël fit ce portrait, en 1506, pour le laisser comme souvenir à ses parents dans sa ville natale, Au moins est-il resté à Urbin, jusqu’à l’époque où il fut transféré dans l’Académie de Saint-Luc à Rome, fondée en 1588, par Federico Zuccheri. sous Sixte-Quint ‘. L’Académie vendit ce portrait avec d'autres tableaux au cardinal Léopold de Médicis, moyennant une somme assez importante, qui servit à faire bâtir la façade de l’église S. Martina et S. Luca, sur les plans de Pietro di Cortona. Depuis cette époque, il figure dans la collection des portraits des peintres, tous peints par eux-mêmes, à la galerie de Florence.

Ce portrait, peint d’une pâte très-légère, ayant été trop nettoyé depuis, est devenu si transparent qu’en beaucoup d’endroits on peut suivre les contours du dessin sur le panneau. Il y a aussi malheureusement des repeints.

Malgré tout cependant, on ne saurait dire, comme l'a fait M. von Rumobhr dans son ouvrage sur l’Italie, que ce tableau a été remis à neuf; que les cheveux autrefois blonds sont devenus bruns aujourd’hui ; que les yeux, qui sont noirs maintenant, aient été bleus. M. von Rumobr, en disant cela, s’est fait l'écho de l’opinion erronée qui veut que le portrait, conservé anciennement dans la maison Altoviti, soit celui de Raphaël luimême. Du reste, il existe plusieurs copies anciennes du portrait de la galerie de Florence, et ces copies ne permettent pas de doutes sur la couleur primitive, et des yeux et des cheveux. Une de ces copies, attribuée à Timoteo Viti, est à Rome, dans la galerie Borghèse ; une autre, au palais Albani à Urbin.

GRAVURES : par G.-M. Preisler, 1741, petit in-fol. pour le Museo Fiorentino, t. 1, pl. 49 ; — par Jac. Frey, petit in-fol. ; — par Antonio Morghen, petit in-fol. ; — par S. Coiny, in-8; — par F. Muller, d’après un dessin de Steinla, in-8 ; — par V. Biondi, 1816, in-8; — par F. Forster, 1836, d'après un dessin de Desnoyers, in-fol.; — Puis, dans l’Almanach de Rome pour les artistes, par Sickler et Reinhard, 1810, in-8. — Pour feuille de titre, dans l'ouvrage de M. Quatremère de Quincy, par Coiny, 1824. — Calamatta del.; lith. par Gsell, 1840, in-fol. — Lith. par A. Angelini, 1845, in-fol. — Par P. Coiny, dans

1. Voyez M. Missirini, Memorie dell’ Accademia di S. Luca. (Roma, 1823, p. 8.) In

“antico foglio esistente negli archivi dell’ Acc. vengono iudicati i ritratti esistenti nell’Acc. di

Raffaello, di Bramante, etc. »

0 PEINTURES DE RAPHAEL l'Appendice à Quatremère de Quincy, par Desnoyers, 2: édit. Paris, 1853. —. Ludw. Gruner, pour l'édition allemande de notre ouvrage, pl. Y.

Nous donnerons encore ici, à titre de renseignement, l'indication d’un portrait que Raphaël aurait peint d’après lui-même sur un mur, portrait qui, au dire de Luigi Crespi, devrait se trouver au palais Albani à Urbin. Cet artiste écrivait de Bologne à Gio. Bottari, sous la date du 28 juin 1760 :

« J'ai vu dans la maison Albani le portrait de Raphaël peint par luimême ; en réalité, c’est une œuvre extraordinaire, et c’est le seul portrait du Sanzio qui soit encore à Urbin. »

Puis, Gio. Bottari ayant demandé de plus amples détails à ce re Crespi lui répondit, le 16 juillet de la même année : ÿ

« Le portrait de Raphaël, dans la maison Albani, peint sur le mur, est recouvert d’une glace et fermé avec un cadre que l’on peut ouvrir. » (Voy. Lettere pittoriche, n° CLXXXIL, p. 429 et n° CLXXXIV.)

Aucun des amateurs qui depuis sont allés à Urbin, n’ont rien pu apprendre à l'égard de ce portrait signalé par Crespi. Pungileoni (p. 251) paraît douter de la véracité de l'indicateur. Toutefois, il ajoute laconiquement que ce portrait a été la proie des étrangers et qu’on ne sait pas ce qu’il est devenu. Le vieux gardien du palais, que nous avons interrogé nous-même, en 1835, ne se souvenait pas qu’il y eût jamais eu au palais Albani un autre portrait de Raphaël que la copie dont nous avons parlé plus haut.

Il semble ressortir de ces faits contradictoires, que Crespi se sera

trompé, en prenant le portrait à l'huile qui est sous verre dans le palais Albani pour une peinture faite sur la muraille. Ce portrait est probablement le même aussi qui est cité dans le Distinto Ragguaglio delle pitture che st trovano in Urbino, de Michel Dolci.

Les Trois Grâces.

Sur bois; de 7” en carré.

Elles sont groupées à la manière antique. Celle du milieu, vue de dos, pose sa main gauche sur l'épaule de celle qui-est à gauche, et tourne la tête vers une pomme d’or qu'elle tient de la main droite. Les deux autres Grâces, vues de faces, tiennent également une pomme d’or à la main, tandis qu’elles posent l’autre main sur chaque épaule de leur compagne, placée entre elles. Des chaines de corail ornent les cheveux des deux figures de droite et de gauche; celle du milieu a de plus un collier de corail. Pour fond, un paysage avec des collines.

Les parties nues de ces figures sont d’un ample et beau dessin; l’exécution est en rapport avec la manière du maître en 1506. Cette date, fixée par analogie, nous conduit à croire que Raphaël fit ce tableau des Trois Grâces pour un de ses amis, à Urbin, sur un dessin qu’il avait fait d’après le groupe antique qui est daris la libreria de la cathédrale de Sienne,

dessin qui se trouve aujourd'hui dans la collection de l’Académie de Venise. Ce petit tableau, après avoir fait partie de la galerie Borghèse, fut vendu à un certain M. Reboul. Par l'entremise des frères Woodburn, il fut acheté par Sir Thomas Lawrence, et de la succession de ce dernier il passa dans la galerie de feu lord Dudley. Actuellement, il est chez lord Ward à Londres.

Gravé au pointillé par J.-K. Shérwin, de la grandeur de l'original, in-4. — De même, par F. Forster, à Paris, 1841, in-4.

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