‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 402 sur 407 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Après avoir rendu compte des opérations mécaniques employées avec tant de succès à la première partie de la restauration du tableau de Raphaël, il nous reste à vous entretenir de la seconde : la restauration pittoresque. Cette partie n’est pas moins intéressante que la première; c’est à elle que nous devons la réparation des ravagies du temps et de l’ignorance des hommes, qui, par leur impéritie, avaient encore ajouté à Ja détérioration de ce chef-d'œuvre.

Cette partie essentielle de la restauration des ouvrages de peinture demande, dans ceux qui en sont chargés, une grande délicatesse d’œil pour savoir accorder les teintes nouvelles avec les anciennes, une connaissance approfondie des procédés employés par les maîtres, et une longue expérience pour prévoir, dans le choix et l'emploi des couleurs, ce que le temps peut apporter de changements dians ces teintes nouvelles, et, par conséquent, prévenir la discordance qui serait le résultat de ces changements.

L'art de la restauration pittoresque exige encore le plus grand scrupule à ne recouvrir seulement que les parties endommagées, et une adresse extraordinaire pour accorder le travail de la restauration avec celui du maitre, et, pour ainsi dire, restituer la pâte première dans toute son intégrité, et faire disparaître à tel point le travail, que l’œil, même exercé, ne puisse distinguer ce qui est de la main de l'artiste restaurateur d’avec ce qui est de celle du maître.

C’est surtout dans un ouvrage de l'importance de celui dont nous parlons qu’on a droit d'exiger, pour sa restauration, tous les soins de Ja prudence et l’habileté des premiers talents. C’est avec une véritable satisfaction que nous vous rendons compte de l’heureux résultat de la prévoyante sagesse de l’administration du Musée central des arts, qui, après avoir dirigé et surveillé la première partie de la restauration, a employé à la seconde (celle que nous appelons pittoresque) le citoyen Roeser, dont les talents en ce genre lui étaient connus depuis longtemps, et dont les succès multipliés ont motivé la confiance.

Après vous avoir assuré que nous regardons la partie pittoresque de la restauration du tableau de Raphaël comme aussi pure qu'il était possible de le désirer, la tâche que vous nous avez imposée semblerait remplie; mais nous avons pensé que quelques détails relatifs à ce chef-d'œuvre ne vous paraîtraient pas déplacés ici et pourraient vous intéresser.

Au premier aspect, toutes les parties de cet admirable ouvrage semblent actuellement être sorties de la main de Raphaël ; cependant, en le considérant attentivement, on pourrait être surpris de voir que la portion de Ja draperie bleue qui couvre le genou gauche de la Vierge ne soit point en parfait accord de ton avec les autres parties de la même draperie. Nous sommes portés à croire que quelque glacis qui lui donnait plus de force de ton en aura été enlevé; cependant nous n’oserions l’affirmer. Quoi qu’il en soit, le tableau nous ayant offert la même discordance avant qu'il eût été soumis à aucune des opérations de la restauration, on ne peut en accuser les artistes qui y ont été employés.

Une remarque d’une plus grande importance, et que nous ne vous présentons qu’avec la plus grande défiance de nous-mêmes, est celle-ci :

La tête du saint Francois offre à l'œil un trait, une qualité de teinte et une pâte qui diffèrent d’une manière sensible de toutes les autres parties de l’ouvrage, à tel point que nous oserions presque douter que cette tête soit entièrement de Ja main de Raphaël. Nous avons cru n’y pas retrouver la simplicité grande et le faire moelleux et vrai qui brillent si éminemment dans l’ensemble et les détails de ce bel ouvrage.

Nous n’osons pas nous permettre de tirer des conséquences absolues de ces remarques ; mais nous avons cru devoir vous les présenter pour préveuir les doutes qui pourraient naître dans l’esprit des observateurs, et qui pourraient leur donner à penser que la restauration aurait en quelque manière altéré l’ouvrage de Raphaël. Toute espèce de doute à ce sujet doit être détruite par l’éuoncé des faits suivants. Cette tête était telle que nous la voyons actuellement, au moment où nous vimes, pour la première fois, le tableau lorsqu'il fut arrivé d'Italie. Nous fîmes alors les mêmes remarques dont nous venons de vous faire part.

Nous devons ajouter, comme chose fort singulière et qui semble même devoir détruire tous nos soupçons sur l'originalité de cette tête, que lorsque, par la première opération (celle de l’enlevage), l'évauche et même le trait de Raphaël furent à découvert, nous remarquâmes que le trait de cette même tête, qui était dessinée sur la première impression à la colle, était véritablement d’un caractère de dessin très-diflérent de celui des autres parties, également au trait, et conforme, au moins pour la masse, au caractère de la même tête terminée,

Il résulte de ces observations que, malgré la dissemblance entre cette partie de l'ouvrage et les autres qui en forment l’ensemble, on ne saurait, sans témérité, affirmer que cette tête n’est pas de la main de Raphaël.

1l en résulte encore que tout soupçon désavantageux à l'administration du Musée central et aux artistes qu’elle a employés dans cette restauration n’aurait aucun fondement.

Nous terminons notre rapport en nous félicitant d’avoir enfin vu ce chef-d'œuvre de l’immortel Raphaël rendu à la vie, brillant de tout son éclat, et par des moyens tels, qu’il ne doit plus rester aucune crainte sur le retour des accidents dont les ravages menaçaient de l'enlever pour toujours à l'admiration générale.

L'administration du Musée central des arts, qui par ses lumières à perfectionné l’art de la restauration, ne négligera, sans doute, rien pour conserver l’art réparateur dans toute son intégrité; et, malgré des succès réitérés, elle ne permettra l'application de cet art qu’aux objets tellement dégradés, qu’il y a plus d'avantages à leur faire courir quelques hasards inséparables d'opérations délicates et multipliées, que de les abandonner à la destruction qui les menace.

L'invitation que l'administration du Musée a faite à l’Institut national de suivre les procédés de la restauration du tableau de Raphaël nous est un sûr garant que les hommes éclairés qui la composent ont senti qu'ils doivent compte de leur vigilance à toute l’Europe éclairée,

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