‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 49 sur 407 · La Belle Jardinière · texte numérisé non relu

La Belle Jardinière

Sur DOIBs h: 10077 000102? {PE Figures entières,

Le tableau est désigné sous ce nom assez singulier, parce que la Vierge est assise sur une pierre dans une prairie richement couverte de plantes et de fleurs. Elle regarde avec une grâce inexprimable l'enfant Jésus, qui, debout devant elle, pose un bras sur les genoux de sa mère et lève vers elle ses regards remplis d'amour. Le petit saint Jean, agenouillé à droite et s'appuyant sur sa croix, contemple son divin compagnon, avec une

1, N° 248 du Cat. 1857,

tendre admiration. Le fond est un paysage dans lequel serpente une rivière , avec des montagnes et une ville à droite dans le lointain. Ce tableau est cintré dans le haut.

Ce magnifique ouvrage, traité avec l'esprit le plus élevé, et dont les têtes surtout sont remplies d'âme et d'expression, présente pourtant quelques parties paraissant non terminées, comme les mains’et les pieds qui ne sont qu'indiqués. Il sy trouve aussi quelques négligences de dessin ; néanmoins cette Madone est une des plus belles que le génie de Raphaël ait créées.

Selon Lépicié et Mariette, ce tableau serait celui que Raphaël peignit pour un gentilhomme de Sienne, et qu'il laissa inachevé, quand il fut appelé à Rome; en sorte que son ami Ridolfo Ghirlandajo fut chargé par lui-même de terminer le manteau bleu de la Vierge.

Lépicié cite aussi, dans son Catalogue raisonné des tableaux du Roi, un dessin qui était chez Mariette, dessin offrant d’un côté une esquisse pour cette Madone et de l’autre côté une esquisse pour la Mise au tombeau, qui est au palais Borghèse. Par le rapprochement de ces deux esquisses, on peut constater exactement la date de l'invention de la Belle Jardinière. Ce tableau fut acheté plus tard par François Ier, du gentilhomme siennois, qui l'avait commandé au peintre, et qui, selon la dernière édition florentine de Vasari, était messer Filippo Sergardi, clerc di Camera de Léon X.

Si nous examinons maintenant le manteau bleu de la Vierge auquel on prétend que le Ghirlandajo a travaillé, nous reconnaissons tout d’abord qu’il n’est pas traité dans la manière de Raphaël, et qu’il rappelle, en effet, le manteau bleu dans le Couronnement de la Vierge, de Ridolfo Ghirlandajo, qui est aussi au musée du Louvre. Le tableau est signé dans la bordure du bas de la robe : RAPHAELLO. VRB. La date se trouve plus haut dans un autre endroit de la même bordure. Ce doit être MDVIH, et-non MDVII, comme on l’a avancé; car, à la suite du millésime MDVII, il y à encore un chiffre presque effacé et assez difficile à distinguer ; c’est seulement après ce dernier trait qu’a été placé le point, qui est très-visible. Ainsi donc, l’assertion de Mariette se trouve pleinement confirmée 1.

Ce tableau est encore d’une bonne conservation, mais il a plusieurs retouches qui font tache, surtout dans le corps de l'enfant Jésus.

Gravures : E. Rousselet, du côté opposé, in-fol. ; — copie de la gravure de Rousselet, par N. Poilly, in-fol.— Jacques Chereau, du çôté opposé, pour le Cabinet Crozat, n° 6, in-fol. — Raphaël d’Urbin pinx., Sandrart excudit, du côté opposé ; faible gravure, petit in-fol.; — par un anonyme, à Paris, chez Mariette, avec la légende : Maria Virgo et S. Joannes, petit in-fol.; — Bernard Strauss aurifaber sculp.; très-dure ; in-fol.; — A.-B. Desnoyers, in-fol.; — P. Audouin, 1803, pour

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le Musée Napoléon ; — Robillard, in-fol.; — R.-U. Massard, pour la Galerie Filhol, in-8. — G. À. Sasso, Milano, 1816, au pointillé, in-fol.; — Nic. Aurelio, 1822, grand in-fol,; — Couché, eau-forte, in-8.; — Lith. par Marin Lavigne, 1841, infol.; — Gravé par Girard, 1845, petit in-fol.; — par J.-N. Laugier, grand in-fol.: — Gust. Levy, in-fol.; — gravé par Joseph Bal, 1857, gr. in-fol.; — Weuss fecit Monacy, in-8 (Tauriscus, p. 170). — Landon, n° 106. — La même composition, avec saint Joseph assis en prière à droite, chez Vallet. Faible estampe, in-4. — La tête de la Vierge, seule dans un rond, presque de grandeur naturelle, par Lalouette.

Le carton original, dessiné à la pierre noire et rehaussé de blanc, se trouve à Holkham, résidence du comte Leicester, en Angleterre. Il a malheureusement souffert et est imprégné d’huile. H. 3 4” ; 1. 2 2”.

Une esquisse, un peu différente pour la composition, passa de la succes-

, sion de Sir Th, Lawrence dans le cabinet du feu roi de Hollande et de là

dans le cabinet de M. de Vos, à Amsterdam.

Cette esquisse a été gravée par C. Metz, 1798, et par Ad. Bartsch, du côté opposé. — De même, par J. Keller.

Une esquisse pour l’enfant Jésus, provenant du cabimet de M. Bæhm, à Vienne, fut achetée par M. Chambers Hall, à Londres, et léguée par lui à la collection d'Oxford.

Anciennes copies du tableau.

a.) Une copie, que l’on dit venir de la collection du cardinal Mazarin, voyage alternativement, depuis des années, en France et en Angleterre. On la donne toujours comme une œuvre originale. Hacquin la transporta du panneau sur toile, en 4767. En 1797, John Trumbull vendit ce tableau pour 890 livres sterling à M. West (Buchanan). En 1829, ce même tableau fut de nouveau transporté sur une toile neuve, par M. Landry, à Paris. Nous l'avons revu en 4831, à Londres, dans les mains d’un Américain , nommé William.

Le paysage et les plantes du premier plan de ce tableau diffèrent beaucoup de l'original et trahissent le pinceau néerlandais de la première moitié du seizième siècle. Les ombres des chairs sont d’un gris de plomb. C’est sans doute une estimable copie, mais qui est bien loin de l'œuvre du maître, quel que soit l’éloge que l’on en ait fait dans la Gazette de France du 6 mars 1828.

b.) Dans la galerie de Dresde, il y a une copie par Carl van Mander.

c.) Dans la galerie de l’Ambrosina, à Milan.

d.) Dans l’ancienne galerie du cardinal Fesch, il y avait une autre copie qui peut être qualifiée d'excellente.

e,) Dans la galerie du duc de Marlborough, à Blenheim, copie qui est également très-belle, quoique les ombres des chairs soient un peu grises.

f.) Dans la galerie du prince de Lichtenstein à Vienne. Copie sur toile.

g.) Au palais Gaetano Cambiaso, à Gênes. C’est une ancienne et belle

copie, que cite Ratti (Zs{ruzzioni, p. 270) comme étant un original, sans toutefois indiquer d’une manière précise quelle en est la composition.

h.) Au musée d'Avignon.

î.) Dans les appartements royaux de l'Escurial. C'est une bonne copie sur toile,

54, La Vierge au Baldaquin.

Sur bois; h. 10°; 1. 6.

La Vierge, assise sur un trône élevé, tient avec sa main droite sur sa poitrine le bras de l'enfant Jésus et l’enlace de son bras gauche. Celui-ci, assis sur les genoux de sa mère, tourne la tête à droite. À gauche, saint Augustin et l’apôtre saint Jacques; à droite, saint Pierre et un saint Camaldule (saint Bruno ?). Devant les degrés du trône, deux petits anges chantent, tenant dans leurs mains une banderole de parchemin; dans le haut, deux anges soulèvent le rideau du baldaquin , qui est suspendu dans une niche portée par des colonnes, au-dessus du trône.

Raphaël peignit ce tableau d’autel pour la chapelle de la famille florenini Dei, dans l’église Santo Spirito, à Florence, mais il n’en fit guère que l'ébauche, car pendant l'exécution de cette peinture il fut mandé par le pape à Rome, ct il ne trouva plus le temps de terminer son œuvre, qui resta sans doute dans son atelier.

Après la mort du maître, le président de la Chancellerie, Baldassare Turini, acheta ce tableau pour l’église de Pescia, sa vilie natale. En 1697, le prince Ferdinand, fils aîné du grand-duc Cosme II, l’acquit, moyennant un très-haut prix, de la famille Bonvicini, de Pescia, à laquelle il appartenait par droit de patronage, et le nouvel acquéreur fit mettre,en outre, à la place de l'original, dans l’église de Pescia, une copie du tableau exécutée par Carlo Sacconi. Le tableau, enlevé de l’aute]l pendant la nuit, avait été : expédié à Florence sous la surveillance du peintre de la cour, Gabbiani, car on craignait que les habitants de Pescia ne s’ameutassent pour s’opposer à l'enlèvement de leur trésor {.

Ce tableau, restauré avec beaucoup de soin par le peintre Gio. Agostino Cassana ou Niccold Cassana?, fut agrandi d’un pouce de chaque côté. Il n'avait pas été repeint et achevé par une autre main que celle de Raphaël, ainsi que le dit dans une note l’éditeur du Riposo de Borghini (Firenze, 1730, p. 316), car il est bien encore dans son état primitif d'ébauche, mais il a été fortement restauré.

Apporté en France, sous le règne de Napoléon Ier, il fut envoyé au mu-

4. Voyez, à ce sujet, les communications de M. Reumont dans le Kumnstblalt, 1847, p. 181, et les Memorie di Belle Arti, publicati dal Gualandi, p. 126.

2, Voyez la note ajoutée à Väsari, édition de Sienne, vol. V, p. 326, et la traduction de l'ouvrage de M. Quatremère de Quincy, par Longhena, p. 442.

DE SON ÉPOQUE FLORENTINE. 71 sée de Bruxelles; mais il retourna au palais Pitti après le traité de paix de 1815.

Raphaël, comme nous l'avons dit ailleurs, avait tellement adopté, dans cette peinture, la manière de fra Bartolomeo, qu’en la voyant au palais Pitti à côté des meilleurs ouvrages de ce dernier, on peut être trompé, au premier coup d'œil, par la ressemblance de ce tableau avec ceux de fra Bartolomeo. Cette ressemblance, toutefois, consiste plutôt dans la large manière du faire et la belle ordonnance des draperies, que dans l'expression des têtes, où le sentiment de Raphaël n’est pas méconnaissable.

GRAVURES : F.-Ant. Lorenzini, grand in-fol., pour la Raccolta de’ quadri dei Granduchi di Toscana. — B.-A. Nicolet, 1802, en sens contraire, petit in-fol., pour la

Galerie de Florence, de Wicar. — G. Morghen sculp., avec la légende : Per te Regina clemens, in-fol. — Morghen sculp. Flor., petit in-fol. Faible planche, —

Landon, n° 110. — La Madone et l'enfant seuls, dans un rond, jusqu'aux genoux ;

par Vincenzo Biondi, en sens contraire, avec ce titre : Alma redemptoris Mater, petit in-fol. — Landon, n° 826.

Études.

a.) Esquisse pour la tête d’un des saints. Collection Wicar, à Lille. b.) Etude pour deux saints, figures nues, et une jambe. Ancien cabinet Crozat, Gravée par Caylus.

TABLEAUX D'ANCIENS MAITRES dans lesquels on s’est servi du motif de la Vierge au Baldaquin.

a.) La Vierge , l'enfant Jésus et saint Joseph. Jusqu’aux genoux. Galerie de Munich. Ce tableau est attribué, dans le catalogue de 1825, à fra Bartolomeo, sous le n° 716. — Lithographié par Strixner. In-folio.

b.) La Vierge et l’enfant Jésus. Chez le comte Topor Morawitzky, à Munich. — Gravé à la manière noire, par Sintzenich, 1804. Petit format.

c.) De même, un tableau dans la collection Lamberg, à l’Académie de Vienne.

d.) De même, un tableau qui se trouvait autrefois chez Nocchi à Florence. Dans l’ouvrage de M. de Rumobr, t. IT, p. 61, il est attribué à Raphaël lui-même.

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